Au cœur de la poudrière moyen-orientale

«Le chef des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, a notamment déclaré que l’Iran avait la capacité d’annihiler Israël», souligne l'auteur.
Photo: Atta Kenare Agence France-Presse «Le chef des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, a notamment déclaré que l’Iran avait la capacité d’annihiler Israël», souligne l'auteur.

Il ne fait aucun doute aux yeux des gouvernements américain, anglais, français et allemand que l’Iran a été derrière l’attaque des installations pétrolières saoudiennes en date du 14 septembre. Les Houtis du Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la planète, ont déclaré être derrière l’envoi de missiles Scud et de drones au coeur de l’Arabie saoudite. Nous sommes témoins d’un impérialisme iranien — auquel se heurte l’expansionnisme « ottoman » du président turc Erdogan — dans un Moyen-Orient déstabilisé.

Le printemps arabe a été un cri de coeur de citoyens qui se sont élevés contre les régimes autoritaires pour demander plus de dignité, d’égalité et de justice sociale. Mais cette révolte a sombré dans la violence en Libye et en Syrie et dans la réaction encore plus autoritaire en Égypte. Seule la Tunisie semble avoir réussi son tournant démocratique. En outre, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont en conflit avec la mouvance des Frères musulmans soutenue par la Turquie et le Qatar, mouvance qui avait essayé de récupérer à son profit le printemps arabe.

Pour les pays arabes, le problème palestinien n’est plus prioritaire : le danger iranien est perçu comme étant crucial. La guerre contre les Houtis au Yémen piétine avec des conséquences désastreuses sur la population civile. L’Arabie et les pays du Golfe misent sur la protection américaine et sont ouverts à la collaboration avec Israël pour pallier le danger iranien.

Israël fait face au Hamas à Gaza, au Hezbollah au Liban et aux milices iraniennes en Syrie. Une tension constante existe quant à l’existence de plus de 120 000 missiles dont le Hezbollah dispose au Liban, car ce dernier se rapporte à l’Iran et non au gouvernement libanais.

Advenant un conflit, ces missiles ne pourraient être éliminés qu’au prix de lourdes pertes en Israël, et il en résulterait une destruction majeure au Liban.

L’Iran saucissonné

En Iran même, les Gardiens de la révolution iraniens se conduisent comme un État dans l’État. Leur dernier congrès a plus ressemblé à celui d’un parti politique qu’à celui d’une milice. Le message à peine voilé du chef d’état-major de l’armée iranienne, Mouhamad Baqeri, est que si les Gardiens de la révolution étaient responsables du pays, l’Iran aurait trouvé la panacée à ses problèmes socio-économiques.

Le chef des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, a quant à lui déclaré : « l’Iran a la capacité d’annihiler » Israël, et il devrait être « rayé du monde ». « La deuxième étape de la révolution est celle qui réorganise la constellation du pouvoir en faveur de la révolution… Dans un troisième temps, nous penserons à la mobilisation mondiale de l’islam. »

Il faut se demander si les Gardiens de la révolution, dont la puissance économique et militaire permet d’avoir une influence déterminante sur les politiciens iraniens, ne cherchent pas à prendre en main la prochaine présidence. Cette nouvelle réalité laisse penser qu’il y a peu de chance de trouver des voies de compromis ou de modification de la politique iranienne, peu importe l’intérêt et les besoins du peuple iranien.

Une nouvelle donne

Le président turc cultive chauvinisme et islamisme de la mouvance des Frères musulmans, éloignant de plus en plus son pays de la démocratie. L’isolationnisme déclaré du président Trump a constitué une brèche pour son incursion militaire récente dans le territoire kurde en Syrie. En effet, la Turquie est obsédée par la question kurde et occupe des territoires dans le nord de la Syrie pour contrer l’émergence d’une entité kurde autonome.

La Turquie doit en principe tenir compte de la sympathie occidentale envers les Kurdes, du bon vouloir de la Russie — qui a une base militaire en Syrie —, alors même que la Russie protège le dictateur syrien honni par le pouvoir turc et que l’Iran considère la Syrie comme son protectorat.

Au-delà du mélange explosif d’islamisme et de dérive autoritaire de la Turquie, une autre donne inquiète les analystes. Comme l’Iran, le président turc a « milicisé » la Syrie en faisant de la Turquie la porte dérobée pour Daech, puis en armant des milices syriennes antigouvernementales.

Or, la rivalité séculaire de la Turquie et de l’Iran (anciennement Empire ottoman et Perse) a augmenté d’un cran. Un mur long de 144 kilomètres a été construit le long de la frontière turco-iranienne. Le président turc Erdogan a réitéré son intention d’acquérir la bombe atomique. Son intention serait-elle de contrer l’Iran, qui a pris une longueur d’avance dans ce domaine ?

Préparerait-il sa sortie de l’OTAN ? La Russie, qui tient à augmenter ses ventes d’armes pour compenser la baisse de ses revenus pétroliers et qui joue un rôle de plus en plus prononcé dans la région, va sûrement faire pression pour ce faire.

Au Moyen-Orient, la poudre explosive continue de poudroyer…

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2 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 3 novembre 2019 09 h 17

    De l'aveuglement

    J'ai rarement vu autant d'aveuglement dans un commentaire du journal Le Devoir. Si l'on devait en croire l'auteur, l'Iran serait la cause de tous les problèmes du Proche et du Moyen-Orient, Pas un mot sur l'assistance militaire inconditionnelle des États-Unis à Israel, ni sur le Pacte du Quincy, renouvelé par George W. Bush, qui garantit l'appui américain à ce régime féodal et sanguinaire de l'Arabie saoudite, en échange de pétrole bon marché et de ventes massives d'armement. Pas un mot non plus du fait que l'armée israélienne détient la bombe atomique, ce qui est un secret de polichinelle. S'il est un pays qui menace régulièrement ses voisins, c'est bien Israël : guerre au Liban, massacre de Chabra et Chatila, bombardements répétés de la bande de Gaza (l'équivalent d'un camp de réfugiés), sans parler de l'occupation illégale des territoires occupés...

    Je suppose que, pour M. Benssoussan, l'appui militaire américain à Saddam Hussein pour attaquer l'Iran était une bonne affaire, que l'invasion de l'Irak en 2003 était aussi justifiée, que les bombardements actuels du Yémen sont la meilleure façon de faire entendre raison à ces dangereux iraniens. Ce n'est pas de la myopie, c'est de l'aveuglement.

    Enfin, si les Russes sont de plus en plus présents dans cette région du monde, c'est peut-être parce qu'ils y pratiquent une politique plus habile que les Américains.

  • Marc Lévesque - Abonné 3 novembre 2019 09 h 43

    Quand les puissants escalade la violence

    Il y a aussi les problèmes en Iraq, les violences extrèmes de l'Arabie Saudite au Yémen, la politique de l'escalade Américaine envers l'Iran, au lieu du respect de traité sur le nucléaire, et contre l'opinion de la quasi totalité de leurs alliés, et beaucoup d'autres événement qui ont contribué et qui contribuent aux cris des citoyens.