Une vision apocalyptique qui exacerbe les mécanismes de défense

Les discours publics, chiffres implacables à l’appui, s’élèvent plus que jamais pour décrier, dénoncer et exercer une pression politique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les discours publics, chiffres implacables à l’appui, s’élèvent plus que jamais pour décrier, dénoncer et exercer une pression politique.

L’article « Faut-il instaurer une dictature environnementale ? », publié dans Le Devoir du 26 octobre dernier, s’ajoute à une longue série d’articles, tous médias confondus, rapportant un discours alarmiste au sujet des changements climatiques.

Certes, la menace climatique est réelle, n’en déplaise aux détracteurs d’une réalité défendue par une majorité écrasante de la communauté scientifique. Les discours publics, chiffres implacables à l’appui, s’élèvent plus que jamais pour décrier, dénoncer, exercer une pression politique, recourant le plus souvent à une rhétorique de guerre (Luttons ! Combattons !) et à une symbolique apocalyptique qui marque l’imaginaire, comme en témoigne la récente analogie que l’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, a faite entre la menace climatique et le fascisme hitlérien de la Seconde Guerre mondiale.

Or, si cette rhétorique trouve un certain écho, essentiellement chez ceux-là qui portent déjà en eux la flamme environnementale, elle se bute le plus souvent à une porte close chez les autres dont on cherche à éveiller les consciences et à pousser à l’action, et exacerbe les mécanismes de défense propres à l’humain qui se sent menacé et impuissant.

Si les appels à la menace et à la peur peuvent motiver des changements individuels dans certains domaines d’intervention sociale, cette stratégie est plutôt contre-productive pour motiver des comportements écoresponsables, notamment parce que les mécanismes que ces comportements mobilisent sous-tendent une dimension collective importante.

Pour plusieurs, il est utopique de croire au pouvoir de ses actions individuelles au regard du problème global et planétaire que représentent les changements climatiques, particulièrement face au constat de l’emprise d’une élite politique et économique, dont c’est la moindre des priorités.

De récentes études en communication et en psychologie environnementale montrent que l’espoir et l’optimisme seraient davantage porteurs de changement et d’action que la rhétorique hégémonique actuelle. Ces stratégies positives inhiberaient les réactions défensives, procureraient un sentiment de contrôle individuel et augmenteraient la perception d’avoir un effet collectif concret en additionnant ses actions individuelles à celles des autres.

D’autres études se sont penchées sur les normes sociales positives en montrant qu’elles ont non seulement le pouvoir d’induire des comportements écoresponsables, mais aussi — ultimement — d’instaurer tout un changement de culture. Ainsi, en recadrant une partie des messages sur les changements climatiques de manière positive, en montrant notamment ce que font les autres pour diminuer leur empreinte carbone, et en reconnaissant une réalité qui dépasse toute forme de partisanerie idéologique, le changement de culture qui s’impose pourrait survenir plus rapidement.

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8 commentaires
  • Benoit Genest - Abonné 31 octobre 2019 05 h 28

    Non merci, nous n'avons pas besoin de mentir pour faire avancer les choses

    Nous aurions apprécié que les auteures se rendent au bout de leur raisonnement et avouent que leur proposition consiste à mentir aux gens en leur demandant d'adopter les stratégies du «sugar coating» et des «fruits à portée de main». La première stratégie, issue des facultés de communication, nous dit qu'il faut s'abstenir de communiquer des réalités déplaisantes, en s'assurant de toujours faire passer le message en le saupoudrant préalablement de formules creuses et optimistes. La seconde tactique consiste à privilégier des actions superficielles, à faible impact, mais à portée de tous. Ainsi, nous pouvons facilement inciter nos voisins à composter leurs pelures de pommes, mais nous passons à côté des «gros fruits». Ex: Guy Laliberté qui s’envoie en espace, visite ses iles privées en jet privé. Outre son efficacité marginale, le problème de cette tactique est que le fardeau retombe entre une fois sur les petites gens, ce qui pose le problème de la justice sociale et environnementale.

    Les auteures font aussi reposer leur raisonnement sur un postulat bancal. Elles semblent nous dire que la cause environnementale progressera lorsqu’un changement de culture se produira. Étonnant raisonnement. Les luttes sociales, au même titre que les révolutions, ont presque toujours été menées par minorités qui n’étaient pas à la remorque de la culture ambiante, mais plutôt à l’avant-garde. Il en est ainsi pour les mouvements féministes, lgbt ou syndicaux qui ont construit des institutions solides (CPE, CSN, etc.). Finalement, une dernière remarque concernant la peur. Ce ne sont pas les discours enrobés de sucre qui font bouger les gouvernements et les entreprises. Bien souvent, il s’agit de la peur concrète de perdre une ressource inestimable: la légitimité. Au Québec, c’est exactement ce qui s’est produit avec les industries de l’amiante, du tabac ou des gaz de schiste. Nous n’avons pas eu besoin d’un «changement de culture». Seuls quelques groupes, bien organisés, ont suffi.

    • Cyril Dionne - Abonné 31 octobre 2019 10 h 52

      Ce n’est pas quelques groupes, aussi bien organisés que vous voulez, qui changera la nature humaine parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous portons en nous les gènes autodestructeurs et ils semblent qu’ils ont pris une certaine avance au 21e siècle. Et si au moins, ces groupes d’écoterroristes qui alimentent l’anxiété chez les écoanxieux feraient de la simplicité volontaire une façon de vivre, on croirait beaucoup plus à leur cause. Avoir 350 000 personnes un certain 27 septembre 2019 à Montréal qui se prennent en « selfie » n’aidera aucune cause environnementale. En fait, c’est leur téléphone qu’ils devraient se départir puisque c’est une des plus grandes causes des émissions de GES et de pollution atmosphérique dans le monde.

      Tous les Pactes et les conférences sur le climat n’y changeront rien. Les voitures électriques non plus tout comme pour les éoliennes et les panneaux solaires qui sont une production d’électricité aléatoire des riches, par les riches et pour les riches. Pas plus pour les pailles en papier et le recyclage puisque les bacs vont tous ensembles au même dépotoir de toute façon.

      Si le réchauffement climatique est causé par les activités humaines, ce n’est pas en ajoutant 94 millions d’individus à chaque année que nous allons résorber ce problème à solution ouverte. Et ce n’est pas la faute aux méchants capitalistes, aux néolibéralistes qu’il y a trop d’humains sur la planète non plus.

      Quel commentaire déprimant. C’est assez pour me prendre une vacance prolongée sur un bateau de croisière, vous savez ces villes flottantes qui polluent à la vitesse grand V et que toutes les villes et les mairesses, comme celle de Montréal, se réjouissent de les voir accoster à leur port. $$$ Misère.

    • Marc Lévesque - Abonné 31 octobre 2019 15 h 58

      M. Genest,

      "Non merci, nous n'avons pas besoin de mentir pour faire avancer les choses"

      L'article ne dit pa ça. En bref, il dit seulement que pour promouvoir un changement il est souvent beaucoup plus productifs de parler des choses positives qui découlent de ce changement que de parler d'aspects negatifs si on ne fait rien.

  • Louis Gilbert - Abonné 31 octobre 2019 09 h 13

    Vos références

    Sujet on ne peut plus pertinent dans la situation actuelle. Nous sommes tentés de vous suivre dans ce raisonnement à l'effet que la peur, trop de peur, est l'ennemie de l'action. Pourtant nous ne constatons pas les bienfaits de la communication de gestes positifs tels la fin de l'utilisation des pailles platiques ou des sacs jetables...ce sont des actions de périférie sans effets réels sur l'environnement. L'urgence devant la catastrophe est bien une diminution drastique, très rapide de la consommation d'énergies fossiles; de ce côté, les scientifiques nous disent qu'il n'y pas de pays en faisant suffisamment, que nous sommes devant un mur d'inactions.

    Ne vous semble-t-il pas que l'urgence, les millions de morts annoncés, la destruction actuelle documentée, justifient les cris d'alarme? Ne faut-il pas réveiller ceux qui dorment encore dans la maison en feu autrement que par des mots doux?? Avons-nous le temps d'une approche par l'exemple positif?

    Il demeure que la recherche d'un maximum d'eficacité du message est primordiale. Aussi vous est-il possible de nous transmettre quelques référeces les plus pertinentes sur le sujet de votre texte? 2 ou 3 devraient suffirent à nous sensibiliser.

    Merci beaucoup.

  • Paul Gagnon - Inscrit 31 octobre 2019 09 h 58

    Une bonne vieille dictature

    à la bolchévique, voila la solution de Monsieur <Benoit Genest - Abonné 31 octobre 2019 05 h 28>!

    Remarquez que cela ne me surprend pas une seconde de la part de nos gaucho-islamo-écoistes...

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 octobre 2019 10 h 59

    Les bonbons à l'eau de rose

    Entre cet appel à l'effort individuel, demeurant au final lilliputien vis-à-vis de la tâche à accomplir, et la nécessaire prise de conscience de l'immensité de la corvée collective, il y a place pour un peu plus de réalisme, aussi difficile soit-il à accepter . Pour ma part, je suis enclin à adopter la posture d'un Nicolas Hulot admirablement exprimée lors de cette conférence donnée à l'association Zoin en septembre dernier.

    https://www.youtube.com/watch?v=uTLdpi0XKIs

    Mais je suis conscient qu'il faille préparer l'après, celui des ruptures qui se profilent dans un horizon pas si lointain. Pas des crises, car d'une crise l'on peut en revenir, mais vraiment de ruptures qu'elles soient planifiées ou subies. L'idée de croissance et d'un progrès conjugué au futur est si ancré dans cette société dopée à l'énergie fossile qu'il devient difficile de sortir de son emprise... quasiment comme dans le film "Matrix".

    Aussi, les auteures ne font pas œuvre utile en réduisant le fardeau qu'à mettre un peu plus de vert dans les habitudes de vie de tout un chacun...

  • Jean Richard - Abonné 31 octobre 2019 11 h 37

    L'Halloween tous les jours

    Le discours environnementaliste n'est pas nouveau et il a connu de meilleurs jours. Ce discours a connu une telle dérive qu'on pourrait le qualifier d'halloween permanente. Le peuple a-t-il besoin de monstres, de vampires et de sorcières comme les enfants le 31 octobre ? Si oui, c'est assez désolant car même les enfants savent que ces monstres, vampires et sorcières viennent de chez Dollarama, sont faits de plastique à usage unique et se retrouveront dans l'océan, tôt ou tard. Ça n'empêche pas les enfants d'en demander encore et encore. Et tiens, si on demandait à Greta ce qu'elle pense de l'halloween...
    En cette année 2019, l'halloween prend des allures encore plus grotesque. On a reporté la fête pour des raisons... météo. Il faudra attendre demain pour fêter car ce soir, c'est la fin du monde. À l'heure où les enfants auraient dû passer de porte en porte pour se gaver de sucreries artificielles, on prévoit une vingtaine de millimètres de pluie et des vents... légers. Oui, vingt millimètres de pluie, on n'a jamais connu ça... surtout accompagnés de vents de 20 km/h. Le plus gros des précipitations tombera après 20 heures et les vents forts, c'est pour vendredi. Ces vents pourraient faucher sur leur passages quelques dizaines ou centaines de monstres en plastique à usage unique non recyclable.
    Bref, l'halloween a été reportée pour causes de changements climatiques diront certains.
    L'halloween reportée ? Mais non, c'est l'halloween à l'année, avec ses monstres issus de l'industrie du pétrole (mais oui, le plastique vient du pétrole, mais qu'on se rassure, les monstres du Dollarama viennent de la Chine et leur contenu en carbone ne sera pas comptabilisé dans le bilan québécois des GES).
    Bref, ne serait-il pas temps que les adultes redeviennent adultes et qu'on cesse d'alimenter le discours environnementaliste de monstres, de sorcières et de peurs ? Crier au loup comporte des risques.