La campagne libérale a ouvert la porte au retour du Bloc

Les Québécois ont préféré appuyer un parti qui se consacre à la protection des intérêts du Québec.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les Québécois ont préféré appuyer un parti qui se consacre à la protection des intérêts du Québec.

Au début de la campagne, les stratèges libéraux croyaient pouvoir compter sur le Québec. Après tout, leur victoire de 2015 s’appuyait en partie sur les 40 sièges gagnés dans la province. Au déclenchement des élections, les sondages donnaient les libéraux en tête dans la province, 15 points devant leur concurrent le plus proche. On prédisait alors que le Parti libéral pourrait remporter 50 sièges au Québec. Lundi, ces prédictions ont été contredites par le retour triomphant du Bloc québécois. Le Bloc a réussi à égaliser l’appui aux libéraux dans la province. Les deux partis ont gagné un nombre similaire de sièges. Comment peut-on expliquer ce soudain revirement de situation ?

Trois facteurs

Un facteur important permettant d’expliquer ce changement est lié à la préoccupation libérale envers la politique provinciale. La campagne libérale a tenté d’éloigner les électeurs du Parti conservateur en concentrant ses attaques sur les premiers ministres provinciaux conservateurs. Les remarques fréquentes de M. Trudeau au sujet de Doug Ford et Jason Kenney constituent l’un des exemples les plus évidents de cette stratégie. Toutefois, celle-ci n’a pas fonctionné au Québec. En 2018, les Québécois ont élu un gouvernement situé à la droite du spectre idéologique qui maintient un haut niveau d’appui dans la province. Une analyse datant de juin 2019 montrait que le premier ministre Legault était le second premier ministre provincial le plus populaire au Canada. La même étude classait Doug Ford avant-dernier au pays. La stratégie libérale pouvait fonctionner en Ontario, mais était peu propice au climat québécois.

Un second facteur touche aux enjeux principaux de la plateforme libérale. Ceux-ci reproduisent des programmes qui existent déjà au Québec. Par exemple, la taxe sur le carbone proposée par les libéraux ne s’applique pas aux provinces qui ont un plan environnemental équivalent, ce qui inclut le Québec. L’assurance médicaments, proposée par les libéraux et le NPD lors de la campagne, existe aussi déjà au Québec. Ces promesses ont donc échoué à générer de l’enthousiasme puisqu’elles ne font que dupliquer des programmes déjà en place. Elles ont aussi permis au Bloc québécois d’accuser les libéraux de s’ingérer dans un champ de compétence provinciale, générant de l’appui pour ce parti.

Finalement, la réponse de Justin Trudeau aux demandes formulées par le premier ministre du Québec durant la campagne fut en deçà des attentes. Ces demandes incluaient plus de pouvoirs en immigration, laisser la loi 21 intacte, assujettir les entreprises fédérales au Québec à la loi 101, et une déclaration de revenus unique gérée par Québec. En réponse, M. Trudeau s’est montré évasif. Il a finalement admis être prêt à éventuellement intervenir au sujet de la loi 21. Bien qu’il ne se soit pas prononcé sur la question de la déclaration de revenus unique durant la campagne, il s’y est opposé en février 2019. Il a annoncé qu’il collaborerait avec Québec en matière d’immigration, mais s’est montré avare de détails. Finalement, la plateforme libérale ne contenait aucune promesse liée à la loi 101 et aux entreprises à charte fédérale.

En résumé, la campagne libérale portait sur les premiers ministres conservateurs des autres provinces, offrait aux Québécois des programmes qui existent déjà dans la province et refusait d’accéder aux demandes du Québec formulées par François Legault. Devant un tel constat, les Québécois ont déserté le Parti libéral et ont préféré appuyer un parti qui se consacre à protéger les intérêts du Québec.

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