Patrimoine et aménagement, les défis du prochain gouvernement

«Dans la région métropolitaine de Montréal, le gouvernement fédéral detient des sites et des bâtiments importants au plan du patrimoine, comme le Silo 5», rappellent les auteurs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Dans la région métropolitaine de Montréal, le gouvernement fédéral detient des sites et des bâtiments importants au plan du patrimoine, comme le Silo 5», rappellent les auteurs.

Le patrimoine et le territoire montréalais servent plus souvent à illustrer les documents des partis fédéraux qu’à définir leurs engagements. Pourtant, les membres du prochain parlement et du gouvernement formé à la suite de l’élection du 21 octobre devront y prêter une attention sérieuse. En particulier les parlementaires de Montréal et de la région métropolitaine qui ont été souvent indifférents à leur sort.

La campagne électorale a été marquée par une mobilisation remarquable sur les enjeux de climat avec, notamment, la grande marche à Montréal qui a pris le site patrimonial du mont Royal comme point de départ. Rappelons qu’en 2018, le Comité permanent des Communes de l’environnement et du développement durable ainsi que le gouvernement fédéral ont reconnu l’intérêt de la protection des bâtiments patrimoniaux dans la réduction des émissions de carbone au Canada.

Ce constat n’est pas nouveau mais, faute d’actions, il se répète. Il est grand temps d’aller au-delà du cas par cas actuel et de doter le Canada de mesures efficaces à grande échelle ; par exemple, une véritable fiscalité incitative pour soutenir les propriétaires dans la rénovation et l’entretien des bâtiments patrimoniaux, et ce, tant pour des raisons culturelles que pour atteindre des objectifs de développement durable et de lutte contre les changements climatiques. Après tout, le bâtiment le plus vert est celui qui existe déjà !

Par ailleurs, des polémiques entourant l’emploi de pierres américaines pour restaurer la citadelle de Québec, inscrite au patrimoine mondial ou, cet été, l’agrandissement projeté du Château Laurier à Ottawa face au parlement et au canal Rideau, autre site du patrimoine mondial, ont mis en évidence l’incohérence du régime de protection du patrimoine au Canada. Alors que le Québec et Montréal, malgré d’importants défis, font figure de modèle exemplaire, le Canada reste le seul pays du G7 dépourvu de loi sur le patrimoine. Son ministre du patrimoine ne s’en occupe même pas. Une telle situation doit être corrigée en reconnaissant les compétences des provinces et des municipalités, la participation des populations et nos obligations internationales.

Dans la région métropolitaine de Montréal, le gouvernement fédéral et ses organismes détiennent des sites et des bâtiments importants au plan du patrimoine et de l’aménagement du territoire. Pensons au Vieux-Port dont le plan directeur n’est toujours pas adopté, au Silo 5, au canal de Lachine et autres sites de Parcs Canada, à certaines casernes, au vieux pénitencier de Saint-Vincent de Paul à Laval, désaffecté depuis 1989, ou encore au siège de l’Office national du film qui sera bientôt vacant. L’avenir de plusieurs de ces propriétés est incertain. Leur valeur patrimoniale ou l’intérêt qu’elles présentent face aux besoins actuels et futurs de la métropole et de ses quartiers, exigent qu’on aille au-delà des procédures administratives ordinaires qui, en 1999, menèrent à la vente controversée d’une propriété fédérale sur le mont Royal à un promoteur immobilier. Il faut une politique claire et des processus transparents de planification en concertation avec les villes et la société civile pour réaliser des projets exemplaires et d’intérêt public.

Enfin, le prochain gouvernement fédéral et les parlementaires de Montréal et de la région métropolitaine devront résoudre diligemment les problèmes suivants, grevant des ensembles patrimoniaux majeurs :

1. Le plan directeur du Vieux-Port n’est toujours pas adopté à la suite des consultations de 2017. Il doit être finalisé et mis en oeuvre afin, notamment, d’éliminer le bric-à-brac gênant face au marché Bonsecours et rétablir tout au long de la rue de la Commune, un aménagement respectueux du Vieux-Montréal ;

2. Le patrimoine d’Expo 67, en particulier la Biosphère, la Place des Nations et l’ancien pavillon du Canada, doit bénéficier d’un engagement substantiel du gouvernement fédéral — leur commanditaire original pour leurs projets de restauration et de réaffectation découlant des consultations publiques sur le parc Jean-Drapeau ;

3. L’ensemble civique et institutionnel du mont Royal (parc, campus universitaires, anciens hôpitaux, cimetières, Oratoire) doit être inclus sur la liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada. Le fédéral doit reconnaître et participer, avec le Québec, Montréal, Westmount, les institutions et la population, à la mise en valeur de ce site qui illustre, de manière exceptionnelle et universelle, l’engagement collectif et démocratique des sociétés dans la construction d’institutions publiques et scientifiques autant que dans la préservation de lieux naturels comme emblèmes culturels.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.