Augmenter les tarifs d’électricité n’aide pas l’environnement

«Bien des ménages à faible revenu vivent dans des logements mal isolés. Leur facture d’électricité est très élevée parce qu’ils chauffent l’extérieur», estime l'auteur.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «Bien des ménages à faible revenu vivent dans des logements mal isolés. Leur facture d’électricité est très élevée parce qu’ils chauffent l’extérieur», estime l'auteur.

Récemment, une large coalition s’est formée pour contester le projet de loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité (loi 34). En réponse aux arguments avancés par cette coalition, le premier ministre François Legault a dit : « Je trouve ça assez spécial que le Parti libéral, qui supposément est pro-environnement, demande de baisser les tarifs d’électricité, donc de donner des incitatifs pour gaspiller l’énergie. » Mettre en opposition une baisse de tarif et la protection de l’environnement témoigne d’une consternante méconnaissance de la réalité du Québec. De plus, prétendre que les Québécois gaspillent l’énergie est insultant pour l’ensemble des ménages du Québec.

Affirmer que des baisses de tarifs nuiraient à l’environnement, comme l’a fait le premier ministre, c’est sous-entendre que si l’électricité était plus chère, on en consommerait moins. Permettez-nous d’en douter sérieusement ! L’électricité présente une élasticité-prix très faible. Ainsi, une variation du prix de l’électricité n’est pas suivie d’une variation de la quantité d’électricité consommée. À preuve, les hausses de tarifs d’Hydro-Québec des dix dernières années n’ont pas entraîné une diminution de la consommation. L’électricité est un besoin essentiel. La majorité des gens ne peuvent pas réduire leur consommation de base (éclairage, chauffage, eau chaude, appareils électroménagers, etc.). D’ailleurs, on peut imaginer qu’après dix ans de hausses tarifaires, ceux et celles qui pouvaient réduire leur consommation l’ont déjà fait.

Les Québécois consomment peut-être beaucoup d’énergie, mais sur quoi se base-t-on pour dire qu’ils en gaspillent ? À l’heure actuelle, à notre connaissance, aucune étude sérieuse n’a encore établi ce que serait une consommation de base normale ou acceptable. Sans de telles données, comment peut-on dire que les Québécois gaspillent l’énergie ? L’électricité est essentielle pour se chauffer, manger, se laver, être en santé, travailler et étudier. Les conditions climatiques (de plus en plus extrêmes) au Québec expliquent en grande partie notre importante consommation d’énergie. En effet, selon les données d’Hydro-Québec, 54 % de la facture est consacrée au chauffage et à la climatisation. D’ailleurs, malgré des tarifs relativement bas au Québec, la consommation d’énergie des Québécois est plus basse que la moyenne canadienne.

Bien des ménages à faible revenu vivent dans des logements mal isolés. Leur facture d’électricité est très élevée parce qu’ils chauffent l’extérieur. Ont-ils le pouvoir de changer cette « habitude » ? Devraient-ils être punis pour le fait que leur propriétaire n’entretient pas leur logement ? À l’été 2018, à Montréal, 66 personnes sont mortes en raison de la chaleur. À cela s’ajoutent toutes les personnes qui ont souffert d’inconforts liés à la chaleur (maux de tête, problèmes de sommeil, absences au travail). Ces personnes parmi les plus vulnérables vivent dans des îlots de chaleur, dans les secteurs les moins climatisés et les plus défavorisés. Alors, quand on dit que des baisses de tarifs enverraient le signal qu’on peut gaspiller l’énergie, de qui parle-t-on exactement ?

Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les plus pauvres qui n’arrivent pas à payer la facture. En effet, selon le dernier rapport du vérificateur général du Québec, les ménages à faible revenu étaient responsables de seulement 42 % des créances à recevoir échues. Cela veut donc dire que 58 % des créances à recevoir échues étaient le fait des autres clients résidentiels. Augmenter les tarifs d’électricité en prétextant une fausse mesure environnementale, c’est s’attaquer directement aux personnes les plus vulnérables de notre société. Mais aussi, de plus en plus, à la classe moyenne.

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2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 15 octobre 2019 08 h 28

    Bien d’accord avec vous M. Lauzon

    Augmenter les tarifs d’électricité ne changera absolument rien en ce qui concerne les changements climatiques au Québec. Rien. Tout ce que vous allez faire, c’est d’augmenter les inégalités dans la société et ajouter un autre souci pour les pauvres. Personne ne gaspille de l’électricité, spécialement les plus démunis.

    Alors pour tous nos « bobos du plateau » qui veulent augmenter les tarifs, allez vous faire voir ailleurs. Les écoanxieux qui veulent augmenter le prix de l’énergie ne font que punir les pauvres. Pardieu, ils peinent à payer 7 cents du kWh alors qu’au Danemark, ils paient 50 cents du kWh, l’énergie qui est produite surtout par l’éolien et le solaire. Nous ne sommes pas au Danemark, mais au pays de l’or bleu et de l’énergie produite par la gravité naturelle de l’eau.

    Cette lutte aux changements climatiques veut se faire sur le dos de ceux qui pratiquent la simplicité volontaire, de façon involontaire. Non merci. Sinon, vous allez vous apparaître des gilets jaunes au Québec très rapidement. Chauffer sa maison n’est pas un luxe.

  • J-F Garneau - Abonné 16 octobre 2019 04 h 23

    Peu de faits, beaucoup d'opinion

    Le texte de M. Lauzon est une opinion moyennement articulée mais pas vraiment supportée par des faits. Beaucoup de demi-vérités, alors que plusieurs de ses arguments sont objectivement faux.
    La valeur rééelle autant que perçue d'une commodité est importante. La dévaluer et la vendre à bas prix ne fait qu'augemnter la perception que celle-ci n'a pas de grande valeur.

    "les hausses de tarifs d’Hydro-Québec des dix dernières années n’ont pas entraîné une diminution de la consommation": s'il n'a a pas de relation de cause à effet, des appareils plus performants on permi, en fait, de diminuer la consommation per capita au quebec. Aussi, une modification des habitudes s'est effectuée, et le parc immobilier se renouvelle avec des bâtiments plus performants.

    "aucune étude sérieuse n’a encore établi ce que serait une consommation de base normale ou acceptable": tout à fait faux. C'est parfaitement et objectivement évaluable, particulièrement en tenant compte de tous les facteurs variables.

    "La majorité des gens ne peuvent pas réduire leur consommation de base (éclairage, chauffage, eau chaude, appareils électroménagers, etc.)": encore faux. Allez là où l'électricité est 3 à 4 fois plus chère qu'au Québec et vous verrez toutes sortes de moyens d'économiser. Par exemple certains pays européens exigent des electro ménagers de classe A (faible consommation) des manufacturiers. Des détecteurs de mouvement pour l'éclairage partout, accpeter que son logis n'est pas allumé comme un arbre de noel 24/7, stratégies et normes pour les nouveaux bâtiments... etc.

    "Devraient-ils être punis pour le fait que leur propriétaire n’entretient pas leur logement ?" Non. Mais c'est une autre discussion. Ne mélangeons pas les pommes avec les carottes.