Qu’est-ce qu’un vote québécois à l’élection fédérale?

«Lorsque nous avons appuyé le Bloc Québécois une première fois, cela a ouvert la seule période où nous avons eu, au sein du Parlement canadien, un vrai jeu de cartes dans les mains», soulignent les auteurs.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Lorsque nous avons appuyé le Bloc Québécois une première fois, cela a ouvert la seule période où nous avons eu, au sein du Parlement canadien, un vrai jeu de cartes dans les mains», soulignent les auteurs.

Les Québécois auraient intérêt, à l’élection fédérale du 21 octobre, à voter en se guidant sur l’essentiel et à éviter les stratégies opportunistes à courte vue. Celles-ci sont la maladie des sociétés non véritablement libres, mais qui croient qu’elles réussiront toujours à tirer leur épingle du jeu. Même si le jeu obéit à des règles qui ont été précisément établies à leur encontre.

Quel est le fondement essentiel du Québec ? Par-delà son statut juridique ou constitutionnel, il se révèle, face à l’ensemble de l’humanité, comme une entité particulière, non réductible à une autre identité que la sienne, singulièrement pas la canadienne. Il préexiste à cette dernière de quasiment deux siècles. Seul un télescopage sémantique a entretenu l’ambiguïté et la confusion avec elle. Peut-on vraiment en fait sérieusement confondre les deux nations en cause ?

Que peut faire ce Québec fondamentalement distinct dans cette galère (où il rame, enchaîné sur un banc secondaire) que constitue pour lui une élection fédérale en 2019 ?

Le Québec porte sur les épaules le poids de sa destinée spécifique ainsi que sa part des problèmes d’ensemble de la communauté humaine. Être confiné dans le Canada alors qu’il faut maîtriser ces deux dossiers constitue un des pires handicaps possible. Pour l’instant, il faut faire avec, comme on dit. L’important est de faire aussi au mieux.

En ce qui concerne ses difficultés propres, le Québec n’a absolument aucun allié réel et consistant au Canada. Et quant à sa part de responsabilité dans les problèmes de la marche générale du monde, il aurait évidemment tout intérêt à s’exprimer par lui-même plutôt que de se trouver remplacé par un voisin pas plus amical et respectueux qu’il ne faut.

Voter dans cette optique pour un parti canadien, c’est d’une part lourdement se revendiquer comme minoritaire. C’est d’autre part légitimer gracieusement ce mandat de nous représenter que s’est attribué celui qui nous planifie un avenir où le point final a été tapé au départ en bout de paragraphe.

C’est la voie que le Canada nous a imposée à sa création en 1841. Nous avons souvent regimbé, mais il a continué à nous traîner de force, y compris après notre refus de signer la dernière Constitution (1982). Qui nous fut enfoncée dans la gorge comme les deux précédentes sans aucune forme d’approbation populaire.

Allons-nous jouer une fois de plus la partie grotesque des petits enjeux conjoncturels où même sur ce plan nous nous réveillons, à chaque occasion, plus perdants que gagnants ?

Adversaire résolu et féroce.

Il ne faut pas oublier que, des deux seuls partis jamais portés au pouvoir par les Canadiens depuis la deuxième Constitution (1867), l’un, le Parti libéral du Canada, s’est toujours comporté en adversaire absolu et implacable de la nation québécoise, l’autre, le conservateur, est tellement replié sur la protection d’intérêts étroits qu’il ne montre aucune sensibilité véritable pour la question environnementale devenue pourtant d’une urgence criante. Appuyer un parti canadien, un de ces deux-là ou tout autre candidat à les remplacer, c’est livrer sa force politique à qui sera tôt ou tard un adversaire résolu et féroce.

Alors, allons-nous garder sous notre contrôle cette puissance politique qui est à nous ? Et l’utiliser au service de nos propres intérêts nationaux ? Au lendemain de l’échec de la fumeuse tentative de réconciliation qui a suivi l’imposition de la troisième Constitution, nous avons adopté cette ligne de fermeté. Nous avons voté Bloc conséquemment sur la base de notre réalité vraie. Comme les Canadiens qui, sans davantage chercher midi à quatorze heures, ont toujours soutenu l’alternance au pouvoir des deux mêmes partis, parce qu’ils sont satisfaits du Canada tel qu’il est, et que c’est le choix politique qui leur convient.

Lorsque nous avons appuyé le Bloc Québécois une première fois, cela a ouvert la seule période où nous avons eu, au sein du Parlement canadien, un vrai jeu de cartes dans les mains. C’est ce qu’écrivait au fond Pierre Vadeboncoeur en 2010 un peu avant sa mort : « Quant à nous, il n’est pas question de laisser tomber cette formation essentielle, atypique, fonctionnelle, irremplaçable, seule capable d’entraver sur le terrain électoral et dans l’enceinte parlementaire les grands partis, hostiles au souverainisme et à d’autres intérêts populaires. »

Un représentant du Québec à Ottawa est amené inévitablement à devoir faire primer une loyauté. Il est impératif que celle-ci aille au Québec. Le Canada, depuis son origine britannique jusqu’à aujourd’hui, s’est consacré à l’effacement de la nation québécoise, un obstacle à son propre projet national maximal. C’est pourquoi il n’a fait aucune offre au Québec avant, pendant et après le référendum de 1995. En conséquence, le Canada ne veut pas d’une double loyauté de la députation québécoise à Ottawa. Le Québec, lui, minoritaire, en régression et en danger permanents au Canada, n’a pas les moyens de se la permettre.

*Appuyé par Jocelyne Couture, Micheline Labelle, Anne-Michèle Meggs, Jean-Philippe Meloche, Florent Michelot, Ercilia Palacio-Quintin, Jean-François Payette, Michel Rioux et Pierre Serré, membres du conseil d’administration des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO)

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25 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 8 octobre 2019 05 h 52

    Et comment que ... le Bloc

    Après la soirée d'hier, où le Canada anglais s'est encore une fois vautré dans le Qouébek bashing, comment pourrait-on encore espérer quoi que ce soit de quelque parti Canadian que ce soit.

  • Robert Bernier - Abonné 8 octobre 2019 06 h 03

    Et comment que ... le Bloc (suite)

    De plus, hier, on a écouté les chefs des partis Canadian se battre à savoir lequel empiéterait le plus dans les compétences provinciales. Et qu'on va améliorer le système de santé (mais bloquer les fonds), et qu'on va créer une assurance médicaments (venir mettre du trouble dans ce qui existe au Québec), et qu'on va créer un système de garderies universelles (et faire en sorte que les Québécois paient pour que l'Alberta en ait), et j'en passe. Au Canada, on déteste le Québec mais on veut l'imiter. Cherchez l'erreur.

    Mais c'est certain que, avec tous ces empiétements, des crises comme celle du logement présentement, on va en voir dans tout.

    • Luc Bertrand - Abonné 8 octobre 2019 10 h 17

      C'est pour ça qu'il faut sortir de cette politique des lamentations pour dire, sans détour, aux Québécois que la "défense des intérêts du Québec dans le Canada" reste une imposture et qu'il faut rompre au plus tôt avec ce régime conçu, dès l'origine, pour marginaliser le Québec et le garder dans l'impuissance politique.

      Le seul parti qui a l'honnêteté intellectuelle pour l'affirmer et être cohérent avec les leçons à en tirer - faire l'indépendance du Québec - est le nouveau Parti Pour l'Indépendance du Québec (PI), qui présente des candidats dans Alfred-Pellan, Beloeil-Chambly, Châteauguay-Lacolle, Joliette, La Pointe-de-l'Île, Mirabel, Montcalm, Québec, Repentigny, Rivière-du-Nord, Saint-Jean, Salaberry-Suroît et Shefford. Nous nous proposons, ensuite, à l'élection québécoise de 2022, d'offrir aux Québécois un véritable programme de PAYS, avec des politiques nationales cohérentes rendues possibles par l'intégration des pouvoirs actuellement détenus par Ottawa. L'élimination des chevauchements de juridiction et des programmes fédéraux allant en sens inverse de nos intérêts optimisera le pouvoir réel de l'État québécois et nous permettra de faire des économies récurrentes d'au moins $ 4 milliards par année, et ce, avant même d'avoir revu les choix d'Ottawa pour les mettre en ligne avec les besoins spécifiques du Québec. Référence: Finances d'un Québec indépendant, Maxime Duchesne.

      Pour plus d'informations sur notre programme, visitez-nous au https://www.independance.quebec.

      Luc Bertrand
      Candidat du Parti Pour l'Indépendance du Québec dans Salaberry-Suroît
      Autorisé et payé par Michel Lepage, agent officiel de Luc Bertrand et agent principal du Parti Pour l'Indépendance du Québec

  • Yvon Montoya - Inscrit 8 octobre 2019 06 h 12

    Le poète Jacques Audiberti nous parlait des «  intellec-truelles » pour designer ceux qui, parait-il, pensent. En effet s’ils étaient de véritables intellectuels ces signataires ne pourraient pas penser comme ils le démontrent dans cet étrange papier nationaliste assez bizarre au regard du monde tel qu’il va au 21 ieme siècle. Oui, nous sommes au 21 ieme siècle non au 18ieme siècle. Justement j’ai rencontré de jeunes québécois dits « de souche » allant a l'armée qui me disaient que leur patrie, non «  nation », était le Canada. Universitaires et militaires, intelligents, parlant un bon francais un bon anglais. Beaux a entendre et a voir. Une belle jeunesse préoccupée du seul present sans aliénations par un lointain passe parce que les anglos ne sont plus les British de la conquête-cadeau grace a la donation du roi francais de ce coin de terre amérindienne. Non, ceux et celles qui votent pour le Federal sont tout simplement des canadiens. Ce n’est pas compliqué et il suffit de voir la réalité humaine, sociale et politique non les phantasmes toujours empoisonnés issus du nationalisme. Pour ce faire il faut être un « esprit libre », un « esprit libre » nécessaire a l’etat d’intellectuel.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 octobre 2019 09 h 33

      Le nationalisme québécois vaut mieux que le nationalisme canadien plus prés du franquisme espagnol.

      L'Histoire nous le montre tres bien.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 octobre 2019 11 h 02

      Je ne crois pas que vous vivez sur la même planète que nous à moins que vous exister dans un univers parallèle ou bien vous pris dans une faille spatio-temporelle. Les militaires, eh bien, pour la plupart, sont des jeunes qui se cherchent et la plupart ont décroché très tôt de l’école. Ils sont faciles à endoctriner dans l’esprit « Canadian ». Pour les universitaires, eh bien, vous ne parlez pas aux bonnes personnes. Vous savez, il n’y a pas que des fédéralistes, multiculturalistes, libre-échangistes, communautaristes et mondialistes qui carburent aux téléphones intelligent et le moi et le sur-moi dans les écoles postsecondaires tout en priant à l’autel de la très sainte rectitude politique, racisme systémique, appropriation culturelle, discrimination positive et maintenant, écoanxieux obligent. Il y a les autres qui sont inclus dans le 70% qui supportent la loi 21 et qui ont les deux pieds sur terre et bien ancré dans un progressisme digne du 21e siècle.

    • Robert Bernier - Abonné 8 octobre 2019 12 h 31

      Détrompez-vous monsieur Montoya. Vous dites 'les anglos ne sont plus les British de la conquête-cadeau'. Si vous aviez raison, on ne comprendrait pas cette insistance du Canada anglais à vouloir venir se mêler tout le temps de ce qui se passe au Québec. Mais, si nous voulons parler de colonialisme 'Canadian', vous en verrez un premier exemple dans l'insistance du ROC à imposer une Autorité des Marchés Financiers (AMF) a mare usque ad mare, avec la perte d'expertise et de contrôle des flux financiers qui s'ensuivrait au Québec. Et ça, c'est après avoir réussi à faire disparaître le Bourse de Montréal pour l'amener à Toronto, là même où se retrouverait l'AMF Canadian. Vous pourriez en voir un autre exemple dans l'insistance des conservateurs de Scheer, aidés en celà par notre incroyable Maxime Bernier (aucun lien de parenté avec moi, j'insiste), à nous enfoncer un oléoduc dans la gorge. Et vous pourriez en voir un autre triste exemple dans ce refus obstiné de comprendre que, s'ils n'ont pas encore de Loi 101 de l'anglais, c'est seulement parce que les immigrants acceptent encore de parler anglais dans leur Canada.

      Il ne suffit pas de se répéter qu'on est libre pour l'être, il faut avoir identifié puis enlevé ses chaînes, et le faire avant qu'elles n'aient fini de nous étouffer.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 octobre 2019 12 h 39

      Ah bon. Le Canada serait dépourvu de nationalisme passéiste alors qu’il a construit la nation canadienne dès qu’il fut reconnu un pays détenant, grâce au cadeau de Londres, une autodétermination interne et externe.

      Il l’a fait en recourant aux points d’impôt transférés par les provinces pour son effort de guerre. Au Québec, il y eut des objections, pas dans les autres provinces sauf une légère hésitation de l’Ontario qui valut des retombées économiques et est devenu le centre d’affaire national du Canada.

      Les pressions du Québec n’ont pas ralenti cette construction mais ont permis de corriger l’écart créé par le Canada. Ce correctif s’est exprimé avec la Révolution tranquille. Le PM Trudeau l’a stoppée pour accentuer la construction nationale canadienne. Avec lui, ce est devenu post-national avec pour seules nations les Premières, les autres habitants étant des citoyens post-nationaux transformée en ayants droit sans qu’ils aient à se prononcer.

      Et là vous écrivez que des jeunes du Québec qui postulent pour devenir militaires ne se préoccupent pas des assises de ce pays avec une arme en main et parlant les deux langues officielles.

      Vous oubliez que cette armée, née après 1871, remplaça l’armée britannique qui subjugua les ressortissant français alliés à Pontiac, pourchassa ceux associés aux américains en 1774 et éradiqua le mouvement patriote pour l’empêcher de décoloniser le Bas-Canada.

      Cette armée devenue canadienne a éradiqué les Métis de l’ouest pour que leurs terres deviennent celles du Dominion et du Canada, pourchassa des objecteurs de conscience au Québec lors des deux Premières Guerres mondiales et se déploya démesurément pour mettre au pas une poignée de Felquistes et emprisonner plus de 500 personnes du Québec.

      Franchement, Monsieur, vous romancez l’histoire du Canada en oubliant qu’elle s‘est construite nationalement en recourant à la répression alors que le peuple québécois cherche à créer un pays de façon démocratique.

  • Hélène Gervais - Abonnée 8 octobre 2019 06 h 37

    1000 fois d'accord avec ce texte ....

    Les Kébécois (je me fait plaisir en l'écrivant à l'ancienne) votent soit pour les rouges ou les bleus en général parce qu'ils veulent des députés dont le parti sera au pouvoir. Mais franchement, entre vous et moi, qu'est-ce qui est le plus important? Que le Kébec soit bien représenté par un parti qui les représente vraiment comme le Bloc ou par des députés qui représentent le kanada et qui ne font qu'acte de présence au Kébec?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 octobre 2019 10 h 19

      Les québécois voteront-ils pour les rouges qui revendiquent le pouvoir de contester la légitimité d'une loi appuyée paraît-il par 70% des québécois? Simple question de fait, madame.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 octobre 2019 12 h 47

      Un vote pour le Bloc = Un vote pour les conservateurs

      Une fois de plus, la progression du Bloc correspond directement à une hausse marquée des conservateurs dans le dernier sondage.

      Aider les conservateurs, n'est pas certainement pas représenter les intérêts Québec.

      Référence :

      "Scheer en avance selon un nouveau sondage" - Le Soleil, 9 octobre 2019

      Le sondage téléphonique réalisé lundi soir et mardi auprès de 1013 Canadiens par la firme Forum Research donne 35% des appuis aux conservateurs, comparativement à 28% au parti libéral (PLC), 13% au Nouveau Parti démocratique (NPD), 12% Parti vert (PV)

      La maison de sondage a fait des projections de répartition des élus qui concèdent 152 sièges au Parti conservateur, 117 au PLC et 36 au Bloc québécois.

  • Claude Bariteau - Abonné 8 octobre 2019 06 h 38

    Au Canada, le BQ a le sens et la portée que vous lui donnez, qui n'est pas celui d'une nation, mais d'un peuple, celui des habitants du Québec indépendamment de leurs origines. Ce peuple s'est affirmé en 1836 contre le régime colonial brtiannique et fut rabroué. Le Canada-Uni lui fut imposé à l'aide de collaborateurs. Idem pour le Dominion de 1867 et, après que Londres ait reconnu l'autodétermination externe à ce Dominion en 1931, le Canada, avec le PM Trudeau, a imposé son ordre au Québec.

    Le BQ incarne le projet du peuple, d'où la justification de sa présence à la Chambre des communes pour rappeler ce projet et son refus de faire le jeu des collaborateurs au Canada-Uni, des collaborateurs au Dominion et des collaborateurs au Canada de 1982. Ce refus dit au Canada et au peuple du Québec que la lutte initiée par les Patriotes c'est aujourd'hui celle du peuple du Québec pour créer le pays du Québec et devenir la nation québécoise comme celles des pays existants.


    et ce projet peut seulement prendre forme au Québec