Valleyfield, lieu de résistance

«Aujourd’hui encore, la solidarité constitue une des pièces maîtresses du réseau militant de Valleyfield», rappellent les auteurs.
Photo: Nouveaux Cahiers du socialisme «Aujourd’hui encore, la solidarité constitue une des pièces maîtresses du réseau militant de Valleyfield», rappellent les auteurs.

On se rappellera la grève héroïque de 100 jours à la Montreal Cotton, en 1946, où 3000 ouvrières et ouvriers ont tenu tête aux patrons, aux briseurs de grève, à la Sûreté du Québec déployée par Maurice Duplessis. La victoire a été arrachée par toute une communauté soudée derrière les grévistes, et avec l’aide de deux militants exceptionnels, Madeleine Parent et Kent Rowley.

Dans les années 1970, des jeunes ont plongé la tête la première dans le militantisme au sein des syndicats des grandes usines de la région. En plus de leurs succès syndicaux — renforcement de la santé et sécurité au travail, maintien des emplois, amélioration des conditions, etc. —, ils et elles ont mis sur pied un réseau militant qui a su se mobiliser à des moments clés, comme lors de la bataille du Suroît contre la centrale thermique au début des années 2000.

Aujourd’hui encore, la solidarité constitue une des pièces maîtresses du réseau militant de Valleyfield, comme en témoigne l’expérience de la coalition intersyndicale COTON 46. À peu près unique au Québec, cette coalition a joué un important rôle de soutien dans plusieurs luttes syndicales et a lancé et financé de nombreuses initiatives favorisant la solidarité et le développement social, économique et culturel de la région.

À l’image de ce qui a dominé dans le mouvement syndical, les liens se sont multipliés entre les réseaux étudiants, féministes, communautaires et écologistes, où les pratiques prédatrices des grandes entreprises industrielles menacent la santé de l’environnement et des personnes. Les femmes se sont regroupées dans de nombreux groupes et comités qui ont développé plusieurs ressources encore actives aujourd’hui. On se souviendra aussi que le premier mandat de grève générale illimitée étudiante de 2012 a été voté au cégep de Valleyfield où les militantes et militants étudiants se réclamaient d’une tradition syndicale et politisée.

Cependant, comme plusieurs centres industrialisés, Valleyfield se retrouve maintenant fragilisée par diverses transformations sociales, économiques et politiques. Capitale du Suroît, siège de diverses institutions régionales, Valleyfield est affectée par le phénomène de l’étalement urbain qui atteint les sous-régions plus proches de Montréal (dont les municipalités de Beauharnois et de Vaudreuil-Soulanges), ce qui affaiblit toute la région et Valleyfield indirectement. Même si la ville de 40 000 habitants conserve un certain dynamisme économique, on sent l’impact du vieillissement, du départ des jeunes et de la persistance d’importantes poches de pauvreté. Ces facteurs produisent un impact négatif sur la santé de la population et dans le domaine de l’éducation, où le taux de décrochage est parmi les plus élevés au Québec. Cette détérioration sociale a été aggravée par les politiques néolibérales très dures durant les treize longues années de gouvernement libéral qui, entre autres, ont considérablement modifié et affaibli l’action communautaire.

Les jeunes et les jeunes de coeur de Valleyfield constatent bien les vulnérabilités de leur région dans un contexte politique québécois ambigu, et ils ne se font pas trop d’illusions. Ils restent cependant ancrés dans leur milieu, avec des organisations de base qui tiennent le coup.

Ainsi, aujourd’hui, les enjeux environnementaux acquièrent une très grande importance. Parallèlement, des batailles importantes sont menées sur des questions de justice sociale, de lutte contre la pauvreté et sur des revendications concrètes sur le plan des conditions de travail. Comme plusieurs municipalités et régions au Québec, Valleyfield demeure un lieu fort important dans le cadre de l’âpre lutte contre l’« austéritarisme 2.0 » menée par les partis dominants et les structures de l’État. À maints endroits, le noyau ouvrier et syndical résiste et même, plus encore, il est en mesure de mener de grandes batailles qui remettent en question le (dés)ordre néolibéral dominant. L’expérience de Valleyfield démontre la possibilité de retrouver en région un dynamisme social en renouvellement qui reste souvent ignoré des acteurs et actrices du changement social au Québec.

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* Les auteurs de ce texte sont Pierre Beaudet, Denise Boileau, Louis-Philippe Boucher, Yvon Boucher, Pierre LaGrenade, Dominique Reynolds, Jonathan Scott, Pierre Spénard et Guillaume Tremblay-Boily.

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