Considérer la création d’une mutuelle de retraite

«Des retraités plus pauvres, c’est une collectivité plus pauvre. Collectivement, nous avons donc tout intérêt à trouver une solution», écrit l'auteur.
Photo: Katarzyna Bialasiewicz Getty Images «Des retraités plus pauvres, c’est une collectivité plus pauvre. Collectivement, nous avons donc tout intérêt à trouver une solution», écrit l'auteur.

On m’a récemment demandé de commenter à la radio la situation des régimes de retraite de Groupe Capitales Médias. Je l’ai fait en mentionnant que, malheureusement, les retraités feraient possiblement les frais de la fermeture de leur régime de retraite en devant subir une coupe significative dans leurs prestations de retraite. À la suite de cela, j’ai pris part à des discussions avec des employés et retraités du journal La Tribune. Ils ont partagé avec moi la situation financière dans laquelle se trouve leur régime, de même que leurs inquiétudes. J’ai alors eu une réflexion similaire à celle de Serge Parent, parue dans Le Soleil le 25 septembre dernier.

Le régime de retraite qui m’a été présenté est dans une position de pleine capitalisation dans un mode de continuité. Par contre, dans un mode de terminaison, il ne l’est pas. La raison est bien simple : dans un mode de continuité, on pose l’hypothèse que les actifs du régime sont investis dans un portefeuille équilibré procurant entre 5 % et 6 % annuellement. Dans le cas d’une terminaison du régime, on suppose plutôt que tout est investi en obligations gouvernementales (rendement actuel autour de 1,5 %). L’hypothèse de rendement futur est alors beaucoup plus faible, comme les prestations que cela permet.

Dans ce contexte, forcer une politique d’investissement plus conservatrice ne semble pas logique ni nécessaire. C’est pourtant ce qui risque d’arriver. La conséquence pour les retraités se traduirait par des compressions d’environ 25 % des prestations de retraite. Ces coupes ne sont pas pour un an ou deux, mais pour toute la retraite. Or, la retraite on la souhaite plus longue que moins longue.

Ayant la même réflexion que monsieur Parent, je propose toutefois une solution différente, mais poursuivant le même objectif : investir en mode continuité plutôt qu’en mode terminaison.

Les réformes récentes dans le monde de la retraite, que ce soit dans le domaine municipal, universitaire ou privé, avaient comme principal objectif de favoriser le maintien des régimes de retraite à prestations déterminées. Le législateur a donc procuré un peu d’oxygène aux employeurs en forçant le partage des risques avec les participants et en permettant des allégements concernant les contributions servant à combler les déficits. Il a aussi exigé la mise en place de réserves afin de mieux capitaliser les régimes.

Après avoir donné de l’oxygène aux employeurs, il serait temps d’en donner aussi aux retraités qui se retrouvent dans une situation de terminaison de régime.

Je souhaite aux employés du Groupe Capitales Médias qu’un repreneur maintienne une certaine continuité des régimes de retraite en continuité, avec des ajustements acceptables possiblement, mais en continuité.

Si cela n’est pas possible, je crois que la création d’une mutuelle de retraite serait une avenue à considérer. Tous les régimes de retraite devant fermer à la suite de la disparition d’un employeur pourraient s’y joindre. Cela permettrait une politique de placement équilibrée et donc le maintien de prestations de retraite plus près de celles versées au moment de la disparition de l’employeur. Une mutuelle permettrait le partage du risque de longévité. Elle permettrait aussi d’avoir une taille suffisante pour se doter d’une expertise élevée en gestion de portefeuille et des placements plus performants.

Le gouvernement n’a pas vraiment à intervenir dans une telle solution si ce n’est en permettant la création de la mutuelle. Retraite Québec pourrait continuer à suivre l’évolution de la mutuelle afin qu’elle maintienne des réserves équivalentes à celles exigées des régimes de retraite privés.

Une telle mutuelle offrirait une solution intéressante pour tous les employés se trouvant dans des situations semblables à l’avenir.

Une mutuelle est tout à fait en ligne avec l’historique de mise en commun et de partage de la société québécoise (Desjardins et toutes les mutuelles d’assurance vie et de dommage ayant existé ou existant encore au Québec). Ce genre de solution est dans notre ADN.

Des retraités plus pauvres, c’est une collectivité plus pauvre. Collectivement, nous avons donc tout intérêt à trouver une solution.

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