Les jeunes doivent se réapproprier le marché du travail

«La situation de la restauration est éloquente, des restaurants ayant de la difficulté à trouver des cuisiniers», remarque l'auteur.
Photo: Getty Images «La situation de la restauration est éloquente, des restaurants ayant de la difficulté à trouver des cuisiniers», remarque l'auteur.

Sur le plan sociétal, la pyramide des âges des 8,48 millions de Québécois est révélatrice. Les personnes dont l’âge fluctue entre 55 et 65 ans en forment le groupe le plus imposant. Elles sont précédées des baby-boomers maintenant âgés de 65 à 75 ans, créant ainsi une pression sans précédent en faveur d’un développement accéléré des emplois de service.

Mais l’affaissement du taux de natalité au tournant des années 1990 a tout compliqué en réduisant, vingt ans plus tard, l’émergence des nouveaux travailleurs sur le marché du travail. C’est ainsi que les jeunes travailleurs sont présentement en nombre insuffisant pour répondre aux exigences d’une société vieillissante.

Sur le plan organisationnel, la pénurie de main-d’oeuvre dans les services publics est glaciale surtout dans les organismes normés, comme les hôpitaux ou les écoles. Les premiers manquent entre autres de professionnels de la santé et de préposés aux bénéficiaires. Les secondes se retrouvent avec des groupes d’élèves sans enseignant. Et comme si cela n’était pas assez, cette pénurie de personnel a transité vers l’entreprise privée comme une maladie transmissible. Ainsi, le remplacement de la main-d’oeuvre s’avère difficile surtout dans les organisations qui paient de faibles salaires, comme l’industrie de la transformation alimentaire ou les grandes surfaces. La situation de la restauration est éloquente. Des restaurants n’arrivent plus à trouver des cuisiniers sous-payés, spécialement depuis qu’un jugement du Tribunal administratif du travail a interdit le partage des pourboires remis aux serveurs.

Sur le plan individuel, les jeunes travailleurs sont des citoyens d’une grande force morale et d’une curiosité intellectuelle sans faille. Mais ils refusent le modèle antérieur des 55 ans et plus qui ont fait leur carrière spécialement dans le secteur tertiaire. Aux longues heures de travail hebdomadaires des boomers s’ajoutaient souvent deux ou trois soirées dans les collèges ou les universités afin d’obtenir un grade qui avait généralement pour effet de les faire travailler davantage. Les valeurs des 55 ans et plus étaient le travail d’abord, la famille ensuite et le social s’il reste du temps. À cet égard, les jeunes travailleurs ont fait une rupture culturelle par rapport au passé. C’est la famille d’abord, le social ensuite et le boulot par la force des choses. En outre, ils ont été socialisés d’abord en garderie, où tout était organisé sur un axe de loisir. Après la garderie, tout était à nouveau centré sur un apprentissage plaisant, qu’il s’agisse de l’école ou du parascolaire dans un monde où l’ascétisme faisait rarement partie de l’équation.

Valeurs ancrées par les boomers

Or le marché du travail, qui a essentiellement conservé des valeurs ancrées par les boomers, ne récupère presque rien du mode de socialisation de proximité des jeunes. D’une part, ceux-ci ne sont pas en nombre suffisant afin de pourvoir aux besoins de main-d’oeuvre des entreprises. D’autre part, lorsqu’ils entrent dans les entreprises, bon nombre de jeunes s’y retrouvent désorientés. Il n’est pas rare de voir certains d’entre eux en phase « décompensatoire » après seulement quelques années au boulot. Certes, ils ont exigé et obtenu quelques réformes légales, notamment plus de vacances annuelles et de congés à des fins familiales. Mais ces changements à la Loi sur les normes du travail, axés sur la satisfaction des besoins sociaux des jeunes, ne sont pas sans ajouter à leur tour une contrainte additionnelle à la pénurie de personnel précitée. Car accorder aux jeunes davantage de congés oblige a priori les employeurs à remplacer ces nouvelles absences en faisant appel à un bassin de recrutement quasi inexistant.

Les jeunes doivent pleinement se réapproprier le marché du travail et poursuivre leurs initiatives afin de construire une société à leur image. Si un flux migratoire de qualité peut soulager la pénurie précitée, rien ne saurait remplacer un meilleur soutien financier de l’État en matière de natalité. Dès lors, le poids démographique des jeunes pourrait augmenter sensiblement dans la pyramide des âges du Québec dans environ deux décennies. Entre-temps, la pénurie de personnel semble là pour de bon !

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12 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 4 octobre 2019 00 h 57

    Et si la balle était plutôt dans le camp des employeurs?

    Votre article est intéressant et il serait intéressant d’explorer davantage les freins organisationnels à l’intégration des jeunes sur le marché du travail. Ainsi, le fonctionnement bureaucratique basé sur l’exercice de l’autorité quasi absolue des pouvoirs en place ne semble pas correspondre aux aspirations de plusieurs jeunes. En effet, l’institutionnalisation des structures autoritaires des organisations modernes offre très peu de place à l’indépendance individuelle, à l’autonomie, à la différence, et encore moins à l’exercice de la créativité et à l’utilisation de leur capacité de création. Il semble donc y avoir un décalage entre les attentes de la jeunesse et les modes de fonctionnement organisationnels légués par les générations précédentes. Ce qui, contrairement à votre proposition en titre, m’amène à penser que la balle est maintenant dans le camp des organisations qui devront se réinventer sous peine de mort par attrition.

  • Mario Jodoin - Abonné 4 octobre 2019 01 h 09

    Les faits

    Je laisse à d'autres le plaisir de discuter du fond de ce texte, mais tiens seulement à corriger une affirmation fautive (de peu, mais fautive quand même).

    «Elles sont précédées des baby-boomers maintenant âgés de 65 à 75 ans»

    En fait. les estimations de l'Institut de la stattistique du Québec indiquent qu'il y avait au premier juillet 2019 au Québec 1 124 019 personnes âgées de 65 à 74 ans, mais 1 144 648 personnes âgées de 35 à 44 ans.

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 octobre 2019 08 h 38

      Permettez-moi de relever une autre perle:
      "Les valeurs des 55 ans et plus étaient le travail d’abord, la famille ensuite et le social s’il reste du temps"
      Nous avons été élevé dans un contexte où on nous promettait la "société des loisirs". Jeune nos valeurs étaient inspirées de ce thème. Quand on raconte que notre génération avait comme valeurs le travail d'abord, je crois que l'auteur s'est trompé d'au moins une génération. C'est plutôt la réalité de la situation sociale favorable aux employeurs et la pression à la surconsommation qui a amené les employés à toujours travailler plus sous peine de perdre un emploi qu'on savait irrécupérable.

    • Mario Jodoin - Abonné 4 octobre 2019 17 h 44

      De fait, je vois beaucoup plus de ressemblances que de différences entre les valeurs des jeunes d'aujourd'hui et celles des jeunes d'il y a 30 ou 40 ans. Nous étions supposé.es être des hippies (même si les hippies étaient en fait minoritaires)! Nous étions aussi en moyenne bien moins scolarisé.es. C'est sûr que si on compare celles des personnes âgées de 60 ans et plus avec celles des personnes âgées de 15 à 24 ans, là, les différences l'emportent!

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 octobre 2019 08 h 53

    N'importe quoi

    L'auteur montre une ignorance inouïe de tout ce qui le précède. Gênant. En plus il s'exprime dans un genre de code tout fait de préjugés gros comme le bras.

    "Les personnes dont l’âge fluctue entre 55 et 65 ans en forment le groupe le plus imposant. Elles sont précédées des baby-boomers maintenant âgés de 65 à 75 ans"
    Euh...

    L'âge ne fluctue pas. Pour ma part, mon âge n'a jamais régressé, puis gonflé, pour osciller légèrement avant de se stabiliser.

    Comment les personnes entre 55 et 65 ans pourraient être le groupe le plus imposant si elles sont précédées des baby-boomers maintenant âgés de 65 à 75 ans?
    On ne peut pas être le tout premier, bon deuxième.

    Les baby-boomers sont la génération née de 1945 à 1960, ce qui implique qu'on doit parler de 59 ans à 74 ans.... ou ne pas utiliser ce terme.

    Mais la suite!
    "...les jeunes travailleurs sont des citoyens d’une grande force morale et d’une curiosité intellectuelle sans faille." Ça, ça s'appelle de l'âgisme à l'envers. J'espère bien qu'ils sont curieux! Jamais vu un "jeune" indifférent à tout, et pas plus un vieux de 84 quand on prend le temps de l'écouter un peu. Ma mère critiquait Thomas d'Aquin avec acuité et précision à 95 ans, et alors?
    Quant à la force morale.... Dékéssé ?
    Cet attribut est plus que vide, il relève du panégyrique fabulateur. Force morale veut dire quoi? Sens de la famille? Capacité d'adaptation? Gros compte en banque? Hérisson polisson? Cornet à trois boules?

    "...le marché du travail, qui a essentiellement conservé des valeurs ancrées par les boomers"
    Ancré quoi? Des valeurs présentes depuis des siècles??
    Les boomers sont aussi responsables du Déluge, des guerres mondiales et du racisme! Bin quin! Le 'yab en personne!

    Au passage je remercie M. Jodoin pour sa petite recherche démographique. Ça donne une idée du sérieux de M. Bernatchez.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 octobre 2019 09 h 08

    Un détail deplus

    En effet je fulmine devant tant de niaiseries. J'en étais rendu ailleurs quand ceci m'a frappé.

    Je n'avais pas noté : "Les jeunes doivent se réapproprier le marché du travail". Pourtant c'est écrit assez gros merci.

    Comment se réapproprier quelque chose qu'on n'a jamais eu?

    En faisant appel à des "temps anciens", sacrés probablement, où tout allait bien ?
    Une époque des "Grands sages" peut-être ?

    Que M. Bernatchez veuille discuter de moyens pour mieux intégrer les nouvelles générations au marché du travail leur donner plus de responsabilités et de marge de manoeuvre pour leur permettre de l'améliorer sinon le modifier profondément, d'accord.
    J'en dirait autant pour les immigrants, surtout dans les milieux qui ne sont pas à la fine pointe du développement, parce que dans ce dernier secteur c'est déjà en cours si je ne m'abuse.

    Mais de un , les jeunes ne peuvent pas se réapproprier un marché. De deux, je ne vois pas pourquoi déposséder les moins jeunes de quoi que ce soit.
    C'est que les moins jeunes, eux, se parlent drectement et simplement, à distance normale et avec des mots. Ils ne comprennet pas des expressions comme " mode de socialisation de proximité des jeunes"... parce que c'est de la pure boulechite. Un code. Un "nous on est dans le vent". Un "nous aut' on est peppés peppés".

    L'auteur a beau avoir un titre long comme le bras, il n'a aucune idée de ce qu'est l'industrie. Il vit de ses préjugés.
    "Les valeurs des 55 ans et plus étaient le travail d’abord"... Juste ça, c'est une insulte et une preuve d'ignorance crasse. Renseignez-vous un minimum, je sais pas!

    • Marc Davignon - Abonné 4 octobre 2019 10 h 09

      Peut-être une petite inquiétude en ce qui concerne les enseignements de ce <professeur>! Non?

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 octobre 2019 13 h 34

      Je ne comprends pas, M Davignon. Que voulez-vous dire ?

      Que je fais allusion à son titre? De la jalousie, ou autre ?

      J'espère seulement que M. Bernatchez n'utilise pas son titre pour ajouter du poids à ses paroles. Il ne réussit qu'à dévaluer ce titre.

      Sinon, je ne vois pas.

  • François Beaulé - Abonné 4 octobre 2019 09 h 24

    Portrait réaliste de la population vieillissante

    En plus d'une description convaincante des valeurs et des moeurs des jeunes.
    Bravo pour ce texte. Mais l'avenir sera... tiraillé.