Comment sauver les meubles dans le dossier des commissions scolaires

Selon les auteurs, «il faut s’assurer que les parents continuent d’avoir des répondants locaux, des représentants vers qui se tourner quand des problèmes surviennent».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon les auteurs, «il faut s’assurer que les parents continuent d’avoir des répondants locaux, des représentants vers qui se tourner quand des problèmes surviennent».

Nous sommes commissaires scolaires. Nous croyons aux institutions que sont les commissions scolaires, de même qu’à la gouvernance de proximité que constituent les conseils des commissaires. Nous ne sommes que 5 % à y croire et nous aurions beau nous débattre comme des diables dans l’eau bénite, nous savons tous comment cette histoire va se terminer : par l’abolition des élu(e)s scolaires.

Faisons maintenant oeuvre utile en tentant de voir comment sauver les meubles et éviter le modèle de centralisation des pouvoirs que ne manquera pas de nous dessiner prochainement le ministre de l’Éducation. Sous couvert de décentralisation, il paraît d’ores et déjà clair que c’est en réalité à une concentration des pouvoirs entre ses propres mains qu’il va nous convier. On peut se faire une bonne idée de ce qui nous attend quand on prend la mesure de ce que signifie la récente modification apportée par Québec quant aux façons d’analyser les besoins en matière de construction et d’agrandissement d’écoles : désormais, tout ce travail sera effectué de Québec, par Québec, et c’est Québec qui fixera les priorités en ce qui a trait à la gestion des espaces scolaires. Ça promet : ces questions sont extrêmement complexes et sensibles. Doivent être pris en considération l’organisation des points de service (élèves HDAA et élèves de l’accueil), les projets de construction domiciliaire, les barrières naturelles présentes en milieu urbain (autoroutes, cours d’eau, boulevards…), les travaux planifiés par la Ville qui peuvent nuire à la circulation entre les quartiers, etc.

Dans nombre de pays qui n’ont pas de palier de gouvernance chargé spécifiquement des questions scolaires, on confie néanmoins à une instance citoyenne intermédiaire le soin de s’occuper de cette microgestion des espaces scolaires. Les municipalités, qui constituent des instances décisionnelles de proximité, peuvent ainsi être appelées à gérer le parc immobilier scolaire, le transport qui est intimement lié à l’organisation des espaces scolaires, de même que les services alimentaires offerts aux élèves. Ces trois champs d’action sont périphériques aux activités d’enseignement elles-mêmes : ils ne concernent ni les programmes enseignés, ni l’embauche du personnel, ni les services rendus aux élèves sur le plan strictement académique.

Transférer aux municipalités une portion des pouvoirs que s’apprêtent à perdre les élu(e)s scolaires, ce serait :

S’assurer que des élu(e)s, redevables à la population des décisions qui sont prises en son nom, continuent de débattre publiquement d’enjeux essentiels au développement des communautés locales ;

Conserver les précieux leviers de développement local que sont les écoles (primaires et secondaires), les centres de formation aux adultes et les centres de formation professionnelle ;

Maximiser la mutualisation des infrastructures en confiant à une seule instance la gestion des auditoriums, des bibliothèques, des cours d’école, des circuits d’autobus, etc. ;

S’assurer que les parents continuent d’avoir des répondants locaux, des représentants vers qui se tourner quand des problèmes surviennent (surpopulation dans une école, quartier dépourvu d’école, école de village menacée de fermeture, etc.).

Chaque fois que cette avenue a été évoquée, des maires et mairesses de même que des associations de municipalités ont préféré tourner le dos à cette possibilité, notamment en raison des risques financiers liés à l’administration d’un parc immobilier dont l’état de dégradation est bien connu. On peut comprendre ces élu(e) s de ne pas avoir envie de « s’embarquer » dans un projet casse-cou ! La donne vient cependant de changer avec les récentes annonces ministérielles qui promettent des investissements historiques dans le parc immobilier scolaire et une mise à niveau rapide de l’ensemble des bâtiments. Les élu(e)s municipaux n’auront pas à faire des chaînes humaines aux côtés des parents pour exiger les moyens de venir à bout du déficit d’entretien des bâtiments : sur ce plan, des avancées importantes ont été faites.

Cela dit, oui : il reste des guerres à mener. Ces guerres sont même névralgiques et elles concernent l’avenir de nos villes et de nos villages : veut-on avoir les leviers pour décider nous-mêmes de leur développement ou souhaite-t-on que désormais, ce soit Québec qui planifie l’occupation du territoire ?

Oui, reprendre la gestion du parc immobilier, du transport et des services alimentaires, c’est en partie un cadeau empoisonné. C’est du travail en plus, de nouvelles préoccupations, de nouvelles attentes citoyennes. Mais oui : c’est aussi et surtout l’occasion de sauver les meubles en ne nous laissant pas dépouiller de ce qui est le plus important en démocratie : le pouvoir citoyen.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

6 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 30 septembre 2019 09 h 44

    Fort pertinent !

    Comment ne pas suivre cette voie citoyenne ?

  • Cyril Dionne - Abonné 30 septembre 2019 10 h 00

    Sauver les élèves des commissions scolaires

    Il nous semble que vous n’avez encore rien compris, vous les commissaires indépendants élus par le 5% des citoyens ou tout simplement acclamés. Depuis quand la centralisation des pouvoirs au niveau scolaire n’est pas une bonne chose? Pardieu, même les gouvernements municipaux représentent souvent, un gouvernement de trop. Curieux tout de même, la population semble faire plus confiance à l’instance du gouvernement provincial que toutes ces entités locales qui sont souvent corrompus.

    Ceci dit, la fin des commissions scolaires, un vestige de la colonisation britannique de 1848, redonnera le pouvoir aux écoles. Ce sont les écoles qui dans leur milieu socio-économique et culturel particulier, sont les mieux équipées à répondre aux besoins des élèves, pas les bureaucrates souvent non élus. Pour cela, il faut avoir enseigné pour comprendre. Souvent, les commissions scolaires, spécialement la CSDM, font de la petite politique sur les dos des élèves et des parents. On l’a vu avec la loi 21 sur la laïcité.

    Enfin, cher commissaires indépendants de la CSDM, vous devriez vous concentrer sur la perte d’enseignants au sein de votre organisation. Il a été rapporté que plus de 25% des enseignants de votre commission scolaire songent à quitter d’ici 5 ans pour des lieux qui favoriseront mieux leur épanouissement professionnel, personnel et social. La pénurie d’enseignants à Montréal est artificielle; personne ne veut aller enseigner là-bas. C’est pour cela que plus de 25% des enseignants en Ontario des écoles françaises sont des Québécois pure laine. Et la plupart des enseignants d’immersion française dans le merveilleux monde du ROC sont tous des Québécois.

    Arrêter de faire de la petite politique SVP. Vos jours sont comptés de toute façon.

    • Christian Roy - Abonné 30 septembre 2019 22 h 43

      "Curieux tout de même, la population semble faire plus confiance à l’instance du gouvernement provincial que toutes ces entités locales qui sont souvent corrompus."

      ... souvent corrompu(e)s... tiens tiens tiens...

      Affirmations gratuites M. Dionne ? Et si ce n'est pas le cas de quoi et de qui parlez-vous ?

      Est-ce une autre de vos déclarations à l'emporte-pièce.

      Précisions s.v.p.

  • Gabriel Rompré - Abonné 30 septembre 2019 11 h 44

    Excellente idée

    Le lien démocratique avec les élus scolaires est malheureusement brisé. Confier des responsabilités supplémentaires aux municipalités apparaît avisé. On pourrait enfin discuter de problématiques touchant les écoles avec des élus qui sont vraiment responsables devant la population.

  • Claude Bariteau - Abonné 30 septembre 2019 15 h 11

    Ce modèle existe ailleurs et donne des résultats.

    J'appuie votre proposition.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 septembre 2019 17 h 30

      Je connais un tantinet le monde municipal pour y avoir été édile.Je ne suis pas sûr que le monde municipal soit intéressé.

      De toute façon, il est difficile de discuter tant que le projet ne sera pas déposé.J'ai cru comprendre que ça va se faire très bientôt.