Pour un véritable recyclage des matières

Le site d'enfouissement d'Armagh, dans la MRC de Bellechasse
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le site d'enfouissement d'Armagh, dans la MRC de Bellechasse

Greta Thunberg a raison d’être furieuse : elle nous reproche à nous, les adultes, décideurs et électeurs (ce sont ces derniers qui font les décideurs), de parler beaucoup et d’agir peu. Il nous faut donc un projet de société concret, qui sera mis en place rapidement, et qu’on y consacre le financement nécessaire.

En 1962, quand le président John F. Kennedy a lancé la course à la Lune, il a fixé un échéancier serré et il a eu le courage politique de lui assurer un financement. La technologie n’existait pas encore pour réaliser le projet. Presque tout était à faire et plusieurs ingénieurs de la NASA étaient convaincus que le délai était trop court. Pourtant, le défi a été relevé.

Au Québec, en 2019, la situation de la gestion des matières résiduelles n’est pas reluisante : échec du recyclage, crise très peu médiatisée, mais non moins réelle, de l’enfouissement.

Mais on parle de sauver la planète des changements climatiques, de l’implantation du zéro déchet, du bannissement des plastiques et du suremballage tout en expédiant des centaines de conteneurs en Asie à des fins de « recyclage », et ce, sans faire quelque vérification que ce soit sur la nature des opérations. Il va de soi qu’on ne peut être contre la vertu et qu’il faut réduire considérablement le volume de nos déchets. Il faut également se soucier de l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique planétaire. Toutefois, il y a un coup de barre majeur et urgent à donner : il faut mettre fin à l’enfouissement pour assurer l’émergence d’un recyclage systémique efficace, qui non seulement aura des bénéfices environnementaux, mais qui favorisera aussi l’économie du Québec.

Le Québec bénéficie d’un avantage dont Kennedy ne jouissait pas : les technologies pour parvenir à « l’enfouissement zéro » existent depuis plus de vingt ans et sont appliquées dans sept régions du Japon. Deux missions québécoises ont pu le constater en 2008 et en 2011. L’enfouissement est donc un mal évitable.

Il existe plusieurs technologies qui peuvent nous permettre d’atteindre l’enfouissement zéro, dont au moins une qui consiste en un recycleur ultime. Il s’agit de la gazéification à haute température avec vitrification des résidus ultimes. Pas de cheminée, pas de déversement dans l’eau ni dans le sol, pas d’odeurs, et tous les déchets municipaux non recyclables sont traités. Des statistiques annuelles provenant d’une étude citée par Eurostats visant 31 pays européens indiquent que plus on enfouit des déchets, moins on recycle ! Il s’avère que la crainte que les municipalités se sentent obligées de « nourrir le monstre » et réduisent le recyclage est non fondée.

Chaque année, ce sont 5,2 millions de tonnes de déchets municipaux qui sont enfouies au Québec. Imaginez un obélisque de 200 mètres de façade, aussi haut que la Place Ville-Marie ! Malgré toutes les précautions prises, il y a des fuites vers la nappe phréatique, des émanations de GES, des odeurs et d’autres nuisances. En outre, la vaste majorité des sites hors d’usage sont orphelins et occasionnent des frais importants de suivi et de remédiation au gouvernement du Québec.

Qui plus est, les épisodes météorologiques extrêmes (inondations, canicules, etc.), qui s’annoncent plus fréquents et plus violents, rendent ces terrains plus susceptibles de débordements et de dégradations, et entraînent la contamination de l’environnement. Cette gestion surannée des matières résiduelles entraîne des dépenses faramineuses ; les millions de dollars injectés dans ces trous sans fond pourraient demeurer dans le trésor public si on osait considérer ces matières en produits transformables, utiles et réutilisables.

En combinant différentes technologies de recyclage, de biométhanisation, de compostage, de réutilisation et de gazéification à haute température avec vitrification des résidus ultimes, on peut atteindre le zéro enfouissement. Les technologies existent depuis une vingtaine d’années au Japon. Les résultats ont démontré qu’il est possible d’atteindre l’enfouissement zéro. II n’est pas nécessaire d’effectuer d’études pilotes supplémentaires. Ces éléments sont facilement vérifiables sans nécessiter de connaissances poussées dans le domaine. Dès cette année, le gouvernement pourrait lancer un appel de propositions de technologies en indiquant son intention d’encourager la fin de l’enfouissement.

Les coûts sont nuls pour le gouvernement. La gestion des matières résiduelles est de responsabilité municipale.

La redevance actuelle à l’enfouissement devrait être renommée taxe au recyclage. Cette taxe devrait être augmentée significativement et haussée chaque année afin de financer les organisations qui atteignent l’enfouissement zéro. Une partie de cette taxe pourrait être versée à des groupes tels Recyc-Québec.

Ce projet de zéro enfouissement sera très bien perçu par la population, sera bénéfique par rapport au gaspillage actuel et ne coûte rien au gouvernement.

Exigeons de nos députés qu’ils réclament la fin de l’enfouissement, exigeons des mesures concrètes et un échéancier serré commençant dès l’an prochain. On pourrait aussi envisager cette mesure comme un élément essentiel dans la concrétisation du Pacte pour la transition, qui sait ?

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5 commentaires
  • Robert Bissonnette - Abonné 28 septembre 2019 08 h 36

    Pour un véritable recyclage des matières

    Merci pour votre article tellement pertinent et très bien documenté. J'ai très hâte de participer à ce recyclage efficace et ainsi contribuer à garder notre terre saine et propre. Quelle bonne idée aussi cette taxe pour l'enfouissement qui servirait à développer les nouvelles installations de recyclage efficaces. Moi, je suggérerais aussi que le poids de nos déchets soient contrôlé.
    Nicole Gagné

  • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 09 h 28

    Le développement durable et le Pacte dans le paradis des oxymores

    Personne n’est contre la vertu écologique ou les bonnes intentions, mais recycler la matière des dépotoirs consomme plus d’énergie que d’en produire un produit tout neuf.

    Oui, la science et les technologies existent depuis très longtemps, mais cela coûte très cher. Est-ce que ce bon monsieur serait le premier à être volontaire pour payer une double ou triple taxe sur tous les produits? Donc, nous ne serions plus compétitifs, l’inflation augmenterait, les mises à pieds aussi et en plus, nos exportations ne seraient plus compétitives. En bref, la décroissance économique et la fin du filet social tel qu’on le connaît et probablement des gouvernements. « Venezuela, here we come ».

  • Denis Blaquière - Abonné 28 septembre 2019 11 h 01

    Attention aux incinérateurs nouveau genre !

    Brûler ou détruire chimiquement des matières résiduelles ouvre la voie à une réduction de nos efforts de véritable recyclage. On commence par "les déchets ultimes", mais rapidement on détruit des matières qu'on ne peut pas se donner la peine d'essayer de recycler. C'est ce qui s'est passé à Edmonton avec l'usine d'Enerkem. On promettait de détruire uniquement des matières non compostables ou recyclables, mais rapidement, c'est environ le tiers de toutes les matières résiduelles de la ville qui ont été détruites dans cette usine. Un bilan navrant alors que nous savons que plus de 90% des matières résiduelles peuvent être compostées ou recyclées avec les technologies actuelles. Le pire est que ce genre d'installations très coûteuses sont souvent subventionnées à coups de centaines de millions par nos gouvernements. Aucun de ces processus de destruction n'est capable de créer autant ou plus d'énergie qu'il en faudra pour recréer un nouveau contenant. Méfions-nous donc de tout processus industriel qui ressemble à un incinérateur nouveau genre.

  • Marc Pelletier - Abonné 29 septembre 2019 15 h 30

    Brassage d'idées

    Que M. Bélanger ait la solution ou pas n'est pas primordial , car de la discussion naît souvent la " lumière ".

    Pour ma part, je me sers de mes quatre bacs de récupération et, depuis peu, je dépose les contenants en verre dans un containeur que la ville mets à notre disposition.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2019 17 h 02

      Et 80% de cela s'en va au dépotoir parce qu'il en coûte trop cher de recycler. Mais cela vous donne une bonne conscience M. Pelletier. Continuer à compter les licornes de QS