Changements climatiques: l’effort commun est de rigueur

Les emballages de plastique sont omniprésents dans nos supermarchés, constate l'auteure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les emballages de plastique sont omniprésents dans nos supermarchés, constate l'auteure.

J’ai récemment quitté mon cocon familial pour emménager à Montréal. Sensible aux enjeux écologiques, j’ai voulu profiter de cette « indépendance » pour adapter mon mode de vie et tendre vers le zéro plastique. Imaginez ma réaction quand je suis entrée pour la première fois dans un supermarché : suremballage, préemballage et barquettes en plastique à tous les rayons. Mais c’est en voyant des personnes une gourde dans une main et un gobelet en plastique dans l’autre que j’ai été la plus surprise.

C’est cette contradiction qui m’a amenée à prendre conscience d’un certain paradoxe dans les comportements des consommateurs se disant sensibles à la cause écologique. Combien ont sommé le gouvernement d’adapter sa politique climatique le 27 septembre sans même chercher à changer leurs propres habitudes ? Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur pétrolier et gazier ont explosé et expliquent en grande partie la hausse des GES du Canada, celles des ménages ne sont pas des moindres et représentaient 46 % en 2004 selon l’organisme Environnement et Changement climatique Canada (ECCC).

Selon un sondage de l’institut CROP, 9 Canadiens sur 10 disent être prêts à agir pour diminuer leur impact environnemental. Mais combien vont au (super)marché avec leur sac sans sachets à légumes et utilisent des sacs plastiques ? Combien ne sont toujours pas passés au vrac et rachètent des bidons de lessive par facilité, ou couvrent leur gobelet de café biodégradable d’un couvercle en plastique ? Les Canadiens jettent chaque année plus de 3 millions de tonnes de déchets plastiques. La moitié sont des emballages (ECCC), soit 23 % des déchets plastiques qui finissent dans les océans chaque année. Si l’on regarde ce même sondage, c’est finalement 1 Canadien sur 3 qui agirait concrètement.

Et qu’en est-il de ceux qui utilisent encore des VUS, les véhicules les plus vendus au Canada, pour se rendre au travail ? L’Agence internationale de l’énergie révèle que c’est au Canada que les véhicules émettent le plus de CO2 par kilomètre. Le secteur du transport représente près de 25 % des émissions des GES du Canada, dont 48 % s’expliquent par la conduite des ménages. Si les grandes distances sont souvent prétextées, il s’avère que 80 % des Canadiens vivent en milieu urbain, où des transports en commun existent et où l’usage de petites voitures à plus faible consommation suffit.

Écoblanchiment

Les plus condamnables sont certainement les grandes entreprises qui profitent de la détresse environnementale pour augmenter leurs chiffres. On assiste aujourd’hui à une explosion des démarches « d’écoblanchiment » pour attirer le consommateur : conditionnements et labels « écologiques » ornent aujourd’hui les produits du quotidien. Mais beaucoup sont trompeurs et exigent du consommateur une certaine vigilance. Starbucks, l’entreprise aux 4 milliards de gobelets non recyclables utilisés par an, nous rassure par exemple avec ses cafés certifiés « 99 % d’origine éthique ». Mais un reportage Arte nous apprend que l’entreprise a en fait créé son propre label et défini ses règles éthiques.

On assiste aussi à un engouement pour le numérique au nom de la protection de l’Amazonie, comme pour l’envoi de factures. Mais l’envoi d’un simple courriel rejette 10 grammes de CO2par an, et son stockage requiert 10 grammes de plus alors qu’un arbre ne peut en moyenne absorber que 10 kilogrammes par année. Notre tendance à stocker nos courriels, dont 80 % ne sont jamais ouverts, n’est donc pas sans effets. Il suffirait de supprimer une trentaine de courriels pour compenser la consommation d’une ampoule allumée pendant 24 heures. En France, cette « pollution numérique » représente autant que l’aviation civile, selon Cleanfox.

Si la responsabilité environnementale des entreprises et gouvernements est indéniable, l’effort commun est de rigueur. La rigidité de nos sociétés est contraignante, mais nous, marcheurs, ne sommes pas totalement démunis face aux changements climatiques. Des solutions simples existent et c’est en adaptant nos habitudes et notre consommation, en devenant nous aussi écoresponsables, que nos revendications seront entendues. Il est de la responsabilité des gouvernements de nous donner les moyens d’agir, et de la nôtre de les saisir.

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12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 08 h 47

    Réduire, réduire et encore réduire

    En parlant de contradiction, même si plusieurs se disent très concernés avec les changements climatiques, selon un sondage récent, plus de trois quarts de la population ne voudraient pas payer un gros 200 dollars par année pour essayer de sauver la planète. Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir. Misère des riches.

    Plus de 5% du pétrole va à la confection de divers plastiques incluant les téléphones intelligents qui contiennent à peu près tous les métaux qui sont les plus rares et nocifs de la planète. Si au Canada, il y a plus de 3 millions de tonnes de déchets plastiques par année, c’est que l’industrie répond à un besoin puisque nous naviguons dans la réalité de l’offre et la demande. Sans le plastique, désolé encore une fois, mais nos sociétés occidentales s’écroulent. La plupart de tous nos produits que nous consommons sont faits de plastique. Le 80 % des Canadiens qui vivent en milieu urbain et surtout en périphérie dans grands centres urbains où des transports en commun existent peut-être, mais pas beaucoup de gens ne les utilisent pas parce qu’ils sont souvent inefficaces.

    Oui, des solutions simples existent en adaptant nos habitudes et notre consommation, mais surtout, en réduisant notre consommation. En fait, pour seulement atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, il faudrait que les Canadiens diminuent leur consommation de moitié. C’est un rêve trop beau pour ce bas monde. Et si on attend pour les gouvernements d’agir, c’est que nous avons déjà abdiqué de notre rôle dans la lutte contre les changements climatiques.

  • Marc Therrien - Abonné 28 septembre 2019 09 h 13

    Être pour le changement, pour que l’Autre change


    Comme l’humain change très lentement et qu’il demeure toujours tiraillé entre sa raison qui dicte les valeurs morales et ses désirs qui l’amènent à repousser les limites, il est prévisible qu’il cherchera encore à établir la cause du mal à l’extérieur de lui et à reporter la responsabilité du changement sur un ensemble plus grand que lui qui le dépasse. Peu de gens apprécient la torture de la mauvaise conscence.

    On peut donc s’attendre à ce que les entités gouvernantes de ce «capitalisme totalitaire qui s’incarnent dans l’anonymat de l’État-entreprise» comme le dirait Chris Hedges, développent un nouveau discours par lequel toute innovation visant à renforcer l’économie de marché sera présentée comme s’inscrivant dans la transition vers une économie verte. Le principal désir de la foule rassemblée hier est d’être rassurée et les politiciens passés maîtres dans l’art de la rhétorique sauront bien les convaincre qu’il n’y a pas d’alternative au système en place et les rassurer sur le fait qu’il y a moyen de maintenir son niveau de confort tout en faisant plus attention à l’environnement. Car il semble bien entendu qu’une crise économique mondiale est autant à craindre que la crise climatique.

    Marc Therrien

  • Gilbert Troutet - Abonné 28 septembre 2019 11 h 04

    Excellent article

    Bravo et merci pour cet excellent article, qui souligne à juste titre nos contradictions, à la fois comme société et comme individus. Au moins peut-on penser que de plus en plus de citoyens en prennent conscience, mais on élira encore un gouvernement qui se gargarise de paroles creuses et de belles promesses «environnementales». Autre contradiction.

    Vous avez raison de dire, par exemple : qu’en est-il de ceux qui utilisent encore (et de plus en plus) des VUS, les véhicules les plus vendus au Canada, pour se rendre au travail (la plupart du temps en ville); et que c’est au Canada que les véhicules émettent le plus de CO2 par kilomètre. Le secteur du transport représente, en effet, près de 25 % de nos émissions de GES. On devrait, au moins, interdire la pub pour ce genre de véhicules énergivores, comme on l'a fait pour la cigarette quand on a commencé à se rendre compte que c'était devenu une nuisance.

    • Marc Pelletier - Abonné 28 septembre 2019 17 h 46

      M .Gilbert Troutet,

      En effet, excellent article et excellent commentaire de votre part.

      Nous deviendrons plus crédibles en multipliant des gestes positifs face à l'environnement et nous serons alors en meilleure position pour demander à nos gouvernants de poser des actions à leur niveau.

      Un commentaire m'a agréablement surpris, suite à la marche d'hier : j'ai lu que les rues, où se déroulait la marche d'hier à Montréal, avaient été laissées plus propres après la marche qu'avant celle-ci ! Voilà un signe très positif d'une prise de conscience collective que je ne saurais trop applaudir !

      De plus, je lève mon chapeau aux organisateurs, car contrairement à d'autres marches, je n'y ai vu aucun débordement, aucun casseur : quelle réussite, quelle image d'un savoir faire exemplaire de gens de chez-nous, projetée tout autour de notre planète !

      Lorqu'il y a des comportements louables produits par autant de participants à une marche, je crois que celà mérite d'être souligné. Je dis donc BRAVO à tous ceux et celles qui ont marché hier pour cette belle cause !!!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 septembre 2019 12 h 48

    Poste

    Serais-je mieux d'envoyer une lettre par la poste qu'un courriel?

    • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2019 12 h 54

      Allumez Mme Labelle. Voici la production totale des pays suivants pour 2018. C'est en million de tonnes (Mt).

      C'est 13 200 Mt de GES pour la Chine.
      C'est 6 550 Mt de GES pour les USA.
      C'est 2 700 Mt de GES pour la Russie.
      C'est 2 020 Mt de GES pour l'Inde.
      C'est 1 260 Mt de GES pour le Japon.
      C'est 1 000 Mt de GES pour l'Indonésie.
      C'est 730 Mt de GES pour le Canada.
      C'est 78 Mt de GES pour le Québec.

      C'est beau de vouloir mettre ça par capita, mais la Terre se fout bien de cela. C'est la somme cumulative qui est importante. Et les GES ne connaissent point les frontières géopolitiques. Et la Chine émet plus de GES par capita que le Québec.

    • Marc Therrien - Abonné 29 septembre 2019 14 h 06

      M. Saint-Jarre,

      Peu importe le moyen, assurez-vous cependant de prendre le temps, calmement, de bien vérifier le nom du destinataire de votre message.

      Marc Therrien

  • Guy LeVasseur - Abonné 28 septembre 2019 15 h 07

    Le fantasme du grand bouleversement de nos habitudes de société !


    Bon encore du pelletage de nuage qui cache le fantasme de la gauche radicale d’un grand bouleversement de nos habitudes de société sous faux couvert écologiste.
    Les faits :

    Au niveau mondial :

    Deux pays ont largement ruiné les efforts de réduction des autres pays : la Chine et l’Inde.
    Les émissions de CO2 de la Chine et de l’Inde ont contribué respectivement à 62 % et à 15 % de l’augmentation mondiale totale entre 2005 et 2014 (dernières données disponibles).

    Sommes-nous en train de demander aux pays industrialisés occidentaux de réduire leurs émissions de CO2 pour que la Chine et l’Inde puissent continuer à émettre plus de CO2 ?

    Il semble bien que oui.

    https://www.journaldemontreal.com/2019/09/28/changements-climatiques-qui-est-coupable

    Au niveau du Canada :
    Le même raisonnement s’applique au Canada :

    Sommes-nous en train de demander à une majorité de provinces de réduire leurs émissions de CO2 pour que l’Alberta et la Saskatchewan puisse continuer à émettre plus de CO2 ?
    Il semble bien que oui.

    Une évidence se dégage : même si 8 des 10 les provinces canadiennes réduisaient encore, disons de moitié, leurs émissions de gaz à effet de serre, cette réduction ne serait pas suffisante pour compenser les émissions de CO2 de l’Alberta et de la Saskatchewan.

    Référence sur les GES par provinces par habitant :
    https://tof.cx/images/2019/09/28/5f0122b53c4a5852d9fd951fcb1ebc51.jpg

    • Marc Pelletier - Abonné 29 septembre 2019 08 h 38

      @ M. Guy Levasseur,

      Vous dites : " Bon encore du pelletage de nuage qui cache le fantasme de gauche radicale d'un grand bouleversement de nos habitudes de société sous faux couvert écologiste. "

      Les faits, ces habitudes de vie que souligne l'auteure, ne sont pas dans les nuages, nous marchons plutôt dedans et parfois nous les créons nous-mêmes ! Pour ma part, je m'identifie beaucoup plus sous une tendance de droite que de gauche radicale, et pourtant je me reconnais fort bien dans les faits qu'elle me mets sous le nez.

      Ce matin, j'ai relu les idées émises par Mme Juliette Pagnon et comme vous pouvez le constater, elle cite des réalités incontestables, : le suremballage, l'utilisation du plastique, les VUS, le stockage de courriel et j'en passe.

      Moi le premier, je suis porté à viser nos gouvernements qui me semblent tres mous dans leurs actions, face aux changements climatiques, mais si je ne m'implique pas suffisamment moi-même, ainsi que mes voisins dans tout le Québec et dans tout le Canada, pour qui et pourquoi nos gouvernements plongeraient-ils dans des actions environnementales concrètes si nous ne faisons pas les premiers pas ?

      De toute façon, compte tenu de nos convictions, en tant que citoyens, convictions qui m'apparaissent présentement à un très faible niveau en regard de l'environnement, les partis politiques se feraient battre à " plate couture " s'ils voulaient s'attaquer trop rapidement à notre confort et à nos habitudes de vie auxqu'elles nous tenons tant.

      La marche toute récente à Montréal qui dépassait toutes les attentes, tant pour la nombre des participants, la discipline des marcheurs, leurs messages vrais et la propreté de lieux après la marche , n'avaient rien à voir avec les manifestations habituelles de la " gauche radicale ", bien au contraire. Pour moi, c'est un exemple, on ne peut plus clair, d'actions concrètes que nous devons tous poser au jour le jour.

      Si je donne l'exemple, si mes voisins et si les citoyens de

    • François Beaulé - Abonné 29 septembre 2019 08 h 41

      En effet, une tonne de CO2 a le même impact sur le climat qu'elle soit émise au Canada ou en Chine. Et elle devrait être taxée de la même façon qu'elle provienne d'un pays ou d'un autre.

      Si l'on veut avoir une chance de modérer les changements climatiques, il faut que les États acceptent de se soumettre à une autorité mondiale qui percevrait cette taxe et la redistribuerait dans des projets à faibles émissions.

      Attendre après le bon vouloir des États, indépendamment les uns des autres, nous mènera inévitablement à la catastrophe.

    • Françoise Labelle - Abonnée 29 septembre 2019 08 h 51

      Incongruité: votre dernière référence est en émission per capita (habitant) et vous blâmez la Chine et l'Inde en vous basant sur les émissions totales.
      Per capita (par habitant), les plus gros émetteurs de CO2 sont les USA, le Canada et l'Australie, si on exclut les pays producteurs peu peuplés (Arabie, Qatar, Bahrein etc.). La Chine et l'Inde sont loin derrière. Cf. Émissions de CO2 (tonnes métriques par habitant), Banque Mondiale, chiffres de 2014.
      Selon le CIA Factbook, la Chine émet, per capita, un peu moins qu'Israël (8,4 Mt contre 8,7). Le Canada émet 17,8 Mt. Cf. Argon Data Visualization, CO2 Emissions By Country basé sur le CIA Factbook 2017.

      Et si vous tenez aux émissions totales, les USA devancent l'Inde. Pour atteindre le même niveau de développement économique que l'Occident, la Chine a fait mieux que l'occident dans les années 80.

      Pour ce qui est du Canada, on ne peut qu'être d'accord avec vous: Scheer et Kenney doivent être mis en retenue dans le corridor.