Aux puissants maintenant de faire leurs devoirs

Des manifestants, pancartes à la main, lors de la marche pour le climat qui s’est tenue à Londres le 20 septembre dernier.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Des manifestants, pancartes à la main, lors de la marche pour le climat qui s’est tenue à Londres le 20 septembre dernier.

À l’occasion de la grande marche sur le climat qui se tient aujourd’hui à Montréal, nous publions un extrait du livre-manifeste de Greta Thunberg, Rejoignez-nous #GrevePourLeClimat, traduit de l’anglais par Flore Vasseur, publié chez KERO.

Des dizaines de milliers de jeunes ont fait la grève pour le climat dans les rues de Bruxelles ou Paris. Des centaines de milliers font de même partout dans le monde. Nous sommes en grève de l’école parce que nous, nous avons fait nos devoirs.

Les gens nous disent toujours qu’ils sont pleins d’espoir. Qu’ils espèrent que les jeunes sauveront le monde. Mais nous n’allons pas sauver le monde. Il ne reste pas suffisamment de temps pour que nous grandissions et prenions les commandes. Parce qu’en 2020, nous devons avoir inversé la courbe de nos émissions carbone. C’est l’an prochain !

Nous savons que les hommes et les femmes politiques ne veulent pas nous parler. Très bien, nous ne voulons pas leur parler non plus. À la place, nous voulons qu’ils parlent aux scientifiques, qu’ils les écoutent enfin. Parce que nous ne faisons que répéter ce qu’ils disent et redisent depuis des décennies. Nous voulons que vous respectiez l’Accord de Paris et les préconisations des rapports du GIEC. Nous n’avons aucun autre manifeste politique ni aucune autre demande que celle-là : écoutez la science !

Quand la plupart des politiques parlent des grèves de l’école pour le climat, ils parlent d’à peu près tout sauf de la crise du climat. Beaucoup d’entre eux détournent la question et débattent de savoir si nous sommes en train d’encourager l’absentéisme. Ou si nous ne devrions pas plutôt aller à l’école. Ils inventent toutes sortes de conspirations et font de nous des marionnettes incapables de penser par elles-mêmes. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour détourner l’attention de la crise du climat et changer de sujet. Ils ne veulent pas en parler parce qu’ils savent très bien qu’ils ne peuvent pas gagner cette bataille. Ils savent très bien qu’ils n’ont pas fait leurs devoirs. Mais nous, nous les avons faits.

Certains disent que nous nous battons pour notre futur, c’est faux. Nous ne nous battons pas pour notre futur. Nous nous battons pour le futur de tout le monde. Et si vous pensez que nous ferions mieux d’aller à l’école, alors nous suggérons que vous nous remplaciez dans la rue, que vous fassiez la grève vous-même. Ou plutôt, que vous nous rejoigniez pour accélérer les choses.

Si vous aviez fait vos devoirs, vous comprendriez que nous avons besoin d’un nouveau projet politique. Nous avons besoin d’une économie totalement repensée en fonction de ce qu’il reste de notre budget carbone déjà faible. Mais cela n’est pas suffisant. Oui, nous avons besoin d’une toute nouvelle façon de penser. Le système politique que vous avez créé ne fonctionne que sur le principe de compétition. Vous trichez autant que vous le pouvez puisque le plus important, c’est de gagner. Uniquement pour avoir plus de pouvoir. Nous devons arrêter cela, nous devons arrêter de nous battre les uns contre les autres en permanence. Nous devons coopérer et partager les ressources de la planète de façon équitable. Nous devons commencer à vivre dans les limites de ce que la planète propose, à nous concentrer sur les questions d’équité, et prendre quelques pas de recul au nom de la vie des différentes espèces. Il faut que nous protégions la biosphère. L’air. Les forêts. La terre.

Cela paraît bien naïf. Mais si vous aviez fait vos devoirs, vous sauriez que nous n’avons pas d’autre choix. Nous devons utiliser chaque parcelle de notre être pour stopper le changement climatique. Car si nous n’y parvenons pas, tous nos progrès et réalisations n’auront servi à rien. Et l’héritage politique de nos dirigeants actuels sera le plus grand échec de toute l’histoire de l’humanité. On se souviendra d’eux comme des pires criminels de tous les temps parce qu’ils auront décidé de ne pas écouter et de ne pas agir. Mais cela pourrait être différent. Il est encore temps.

Pour le futur de tous

On nous dit que l’Union européenne entend poser son objectif de réduction des émissions carbone à 45 % en dessous des émissions de 1990, d’ici 2030. Certains disent que c’est bien, que c’est ambitieux. Mais cet objectif ne suffira toujours pas à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5 degré. Cet objectif ne suffit pas à protéger le futur des enfants d’aujourd’hui. Si l’Union européenne entend sérieusement s’engager à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, elle doit réduire ses émissions carbone de 80 % d’ici à 2030 (et cela inclut le transport aérien et maritime). C’est donc deux fois plus ambitieux que la proposition actuelle.

Les actions requises vont au-delà de tout manifeste ou parti politique.

À nouveau, nos dirigeants ont balayé leur désastre sous le tapis pour que notre génération le nettoie ensuite.

Certains disent que nous nous battons pour notre futur, c’est faux. Nous ne nous battons pas pour notre futur. Nous nous battons pour le futur de tout le monde. Et si vous pensez que nous ferions mieux d’aller à l’école, alors nous suggérons que vous nous remplaciez dans la rue, que vous fassiez la grève vous-même. Ou plutôt, que vous nous rejoigniez pour accélérer les choses.

Et pardonnez-moi, mais dire que tout va très bien se passer tout en continuant à faire comme avant ne nous donne aucun espoir. C’est même l’opposé de l’espoir. Et pourtant, c’est exactement ce que vous faites. Vous ne pouvez pas rester sans rien faire à attendre que l’espoir vous tombe dessus. Ou alors vous agissez comme des enfants irresponsables et gâtés.

Vous n’avez pas l’air de comprendre que l’espoir est une chose que vous devez aller chercher, que vous devez gagner. Et si vous êtes encore là, à raconter que « nous sommes en train de gâcher notre précieux temps d’apprentissage », alors laissez-moi vous rappeler que nos dirigeants ont gâché des décennies en déni et inaction. Et comme le temps est en train de nous échapper, nous avons décidé d’agir.

Nous avons commencé à nettoyer votre désastre. Et nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’aurons pas fini.

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1 commentaire
  • Marc Pelletier - Abonné 27 septembre 2019 14 h 30

    Un incontournable

    Bravo à toutes celles et tous ceux qui " accompagnent " Greta dans cette grande marche mondiale !

    À voir votre implication et aussi les réactions qui commencent à émerger de la part de nos gouvernants, je crois moi aussi qu'ils n'ont plus le choix !

    Peut-être deviendont-ils un peu plus crédibles si leurs " beaux mots " se transfèrent rapidement en actions concrètes. Enfin, s'ils n'agissent pas, le tapis du pouvoir leur glissera rapidement sous les pieds, car la vague de fond générée par les jeunes les emportera !