L’engagement des partis fédéraux envers un régime public et universel doit être clair

«La mosaïque de régimes au Canada — plus de 100 qui sont publics, pas moins de 100 000 privés — a entraîné de profondes iniquités en termes d’accès aux médicaments», rappellent les auteurs.
Photo: iStock «La mosaïque de régimes au Canada — plus de 100 qui sont publics, pas moins de 100 000 privés — a entraîné de profondes iniquités en termes d’accès aux médicaments», rappellent les auteurs.

Lundi dernier, le chef du Parti libéral du Canada s’est engagé à mettre en place un régime national d’assurance médicaments. Affirmant s’inspirer du rapport Hoskins déposé en juin dernier, Justin Trudeau a néanmoins omis de préciser les détails d’un éventuel programme, se réfugiant derrière la complexité des relations fédérales-provinciales. Or, nos organisations ne peuvent se contenter d’un tel engagement, dont les paramètres sont des plus flous.

Les conclusions du Conseil consultatif sur la mise en oeuvre d’un régime national d’assurance médicaments sont on ne peut plus claires : seul un régime entièrement public et universel pourrait régler les problèmes d’injustice, d’accessibilité et de coûts qui sévissent en ce moment au Canada.

La mosaïque de régimes au Canada — plus de 100 qui sont publics, pas moins de 100 000 privés — a entraîné de profondes iniquités en matière d’accès aux médicaments. Au Québec et dans le reste du Canada, environ 10 % de la population ne prend pas ses médicaments, faute de moyens financiers.

La comparaison du coût moyen par habitant démontre également l’absurdité de la situation. En 2016, les dépenses totales pour les produits pharmaceutiques (médicaments d’ordonnance et en vente libre) étaient de 1144 $ par personne au Québec. Dans le reste du Canada, la dépense s’élevait à 1043 $ alors que la médiane pour l’ensemble des pays de l’OCDE était de 719 $. Cette situation est des plus préoccupantes.

Rappelons que, de tous les pays dotés d’un régime universel de soins de santé, seul le Canada n’assure pas une couverture publique et universelle des médicaments d’ordonnance.

Éviter l’erreur du Québec

Rappelons qu’au Québec, les citoyennes et les citoyens ayant accès à un régime d’assurance collective privé à leur travail doivent obligatoirement souscrire à une couverture pour les médicaments. Seuls les individus n’ayant pas accès à un régime d’assurance privé peuvent adhérer au régime public d’assurance médicaments.

Cette coexistence d’un régime public parmi plusieurs régimes privés nous prive d’un puissant levier de négociation auprès des compagnies pharmaceutiques. Le même médicament générique peut coûter, au Canada, dix fois plus cher qu’en Nouvelle-Zélande. Les études démontrent que l’instauration d’un régime entièrement public et universel pourrait réduire le prix des médicaments de 20 % à 40 %. Seulement au Québec, on parle d’économies de l’ordre de 1 à 3 milliards de dollars par année.

Le prochain gouvernement fédéral devra viser un partenariat avec les provinces, afin de s’assurer du respect des compétences provinciales. Toutefois, les faits démontrent clairement que le régime hybride qui existe au Québec est loin de satisfaire les besoins de santé — et budgétaires – de la population. Dans ce contexte, le terrain doit être préparé pour que les réformes améliorent le sort des Québécoises et des Québécois, et non pas seulement celui des citoyennes et citoyens des autres provinces au Canada. Un régime entièrement public et universel diminuerait les coûts tant pour les gouvernements, les travailleuses et les travailleurs que pour les employeurs. Le Québec et le reste du Canada ne peuvent se priver d’une telle opportunité. Voilà pourquoi nous demandons à tous les partis politiques fédéraux de se prononcer clairement sur cet enjeu.

*Ce texte est cosigné par:

  • Jacques Létourneau, président de la CSN
  • Daniel Boyer, président de la FTQ
  • Sonia Éthier, présidente de la CSQ
  • Nancy Bédard, présidente de la FIQ
  • Carolle Dubé, présidente de l’APTS
  • Luc Vachon, président de la CSD
  • Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles
  • François Décary-Gilardeau, président, Union des consommateurs
  • Anne Plourde, coordonnatrice de la Coalition solidarité santé
3 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 26 septembre 2019 15 h 04

    Une sorte de Pharma-Québec fédérale...

    ...Bonne idée. Peut-être plus de chance de se réaliser par le biais du fédéral qu'au provincial... même si c'est dans le programme de QS - qui n'est toutefois pas au pouvoir. Attendons prudemment de voir les détails de la proposition du PLC (si on les dévoile) - et le poids des tiers partis qui pourraient l'exiger en cas de gouvernement minoritaire.

    Pas sûr que le Bloc appuierait ça - il suit aveuglément le gouvernement du Québec, l'appui à ce gouvernement étant son interprétation des "intérêts du Québec" et pourrait aussi s'opposer à cause du fait que ça joue dans la juridiction provinciale.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 septembre 2019 20 h 04

      Le Bloc va exiger le respect total des compétences et intérêts du Québec pour le régime "canadien" (et pas fautivement "national", car il y a plusieurs nations au Canada, dont la nation québébécoise, les nations autochtones, et la nation canadienne anglaise) d’assurance médicaments.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 septembre 2019 10 h 03

    Si la Nouvelle -Zélande avec 5 millons d'habitants

    peut se payer un régime-médicaments moins cher qu'ici,pourquoi le Québec avec une population plus grande

    ne pourrait pas faire la meme chose sans se barrer les pieds avec Ottawa centalisateur.Il en va ainsi aussi dans

    °plusieurs domaines,disons donc dans tous les domaines.Nous sommes toujours mieux par soi-meme.

    Bref sommes-nous si démunis ,à la remorque de ceux qui aiment nous mettre des bàtons dans les roues .....?