Pièges et défis des quartiers urbains écologiques

«[Longtemps,] l’accent qui était mis sur le seul cadre bâti rendait invisibles les effets sociaux des interventions écologiques», estiment les auteurs.
Photo: Relations «[Longtemps,] l’accent qui était mis sur le seul cadre bâti rendait invisibles les effets sociaux des interventions écologiques», estiment les auteurs.

La transformation écologique de nos villes et quartiers pose plusieurs enjeux d’inclusion sociale. Loin d’être spécifiques aux ambitions écologiques, ces enjeux sont liés aux processus de planification et de production urbaines, qui peuvent contribuer à la reproduction, voire à l’aggravation des inégalités. Ces conséquences surviennent souvent par omission, quand on néglige de prendre en compte, par exemple, les effets qu’ont différents projets à l’extérieur des secteurs visés, ou qui débordent des plans ou des responsabilités explicites des acteurs de la planification urbaine. Les tensions entre la transformation écologique des quartiers et l’inclusion sociale révèlent les défis et les paradoxes du développement urbain aujourd’hui. […]

[Longtemps,] l’accent qui était mis sur le seul cadre bâti rendait invisibles les effets sociaux des interventions écologiques. Toutefois, il est clair que tant les processus mis en place pour encourager et valoriser les bâtiments écologiques que ceux qui sont centrés sur la densification peuvent indirectement participer à la reproduction, voire à l’aggravation d’inégalités — qu’elles soient sociales ou liées à l’accès aux services, aux emplois et aux quartiers où il fait bon vivre. Or, pour éviter ces effets collatéraux du « verdissement », il faut non seulement porter une attention particulière aux populations plus vulnérables, mais aussi être capable d’anticiper et de prévenir les problèmes, [en évitant] l’écogentrification. Sans exclure ses effets positifs sur l’environnement bâti et la qualité de vie, les effets négatifs de ce modèle sur l’inclusion sociale sont patents. L’écogentrification est accentuée par la valorisation, voire la marchandisation faite par les municipalités et les promoteurs du label « écologique » afin de donner une visibilité accrue aux projets de développement urbain. Cela permet de rehausser l’attrait d’un quartier et de favoriser l’arrivée de nouveaux investissements. […]

Des cas parlants

Le cas du nouveau campus de l’Université de Montréal, dénommé Campus Mil, est un exemple évident. Le réaménagement de l’ancienne gare de triage d’Outremont pour y accueillir ce nouveau campus a fait l’objet d’un débat public en 2006 et 2007. Un élément marquant du débat concernait les conséquences qu’aurait ce projet urbain sur le quartier voisin de Parc-Extension — où 43,5 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté selon les données de Centraide en 2011 —, en ce qui concerne l’accès aux nouveaux services, le désenclavement du secteur et le parc locatif. Le concept d’aménagement a été bien retravaillé : le projet inclut 30 % de logements sociaux et abordables, et a remporté un prix de conception architecturale durable ainsi que la certification LEED pour l’aménagement de quartiers. Mais pour Parc-Extension, où se situaient les véritables défis d’intervention, le problème reste entier. Douze ans après le débat public, alors que le nouveau campus est presque terminé, les pressions sur les locataires les plus vulnérables de Parc-Extension se font sentir. Les comités de logement du quartier parlent de pressions accrues visant à expulser des locataires, à rénover des logements, à louer à des étudiants. Pour des raisons de contamination, notamment, la Ville a raté une solution qui aurait consisté à racheter des terrains pour construire des logements sociaux dans Parc-Extension. Pourtant, la pression foncière induite par le nouveau campus est connue depuis plus de 12 ans. […]

[Néanmoins,] les municipalités […] dépendent du financement venant des gouvernements fédéral et provincial, notamment en matière de logements sociaux, et de la régulation du marché locatif.

Un choix politique

Des quartiers écologiques et inclusifs sont tout à fait possibles. Il s’agit d’un choix fondamentalement politique. Le quartier écologique peut être redéfini par les citoyens et les citoyennes, et être réglementé et financé par l’État, dans une optique d’inclusion sociale. L’importance de cette réappropriation de la définition du quartier écologique et de l’écoquartier est fondamentale dans un contexte d’urgence climatique et d’objectifs de planification carboneutre à atteindre. Mais l’inclusion des populations en situation de vulnérabilité dans cette transition écologique doit faire partie de l’équation. Le quartier écologique et résilient doit accorder une priorité aux résidents les moins nantis et l’accès aux services pour tous […], ainsi que des mesures d’anticipation et de réduction des effets gentrificateurs non seulement sur le quartier, mais également sur les secteurs environnants. En outre, des décisions doivent aussi être prises bien en amont de ces projets pour retirer des espaces vacants du marché foncier spéculatif et les consacrer à la création de logements sociaux et abordables.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons des extraits d’un texte paru dans la revue Relations, octobre 2019, no 804.
1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 24 septembre 2019 08 h 26

    Un « bobo » sera toujours un « bobo »

    Bon. Encore les « bobos » des villes. L’écogentrification est une fausse de bonne idée. Où est l’inclusion socioéconomique lorsque les gens ne peuvent pas se payer un appartement qui respecte les normes écologiques? Les itinérants dans la rue et tous les marginaux de la société qui se concentrent dans les centres urbains sont les premiers oubliés et pire encore, on voudra les pousser plus loin hors de la vue des gens aux souliers ciré des villes qui ont découvert un nouveau chic, l’écologie.

    Maintenant, avec Valérie Plante et son engouement autistique à la Greta Thunberg de punir les gens de Montréal, elle augmentera les effets négatifs pour les moins nantis de sa ville. On sait tous que le virage écologique se fait sur les dos des plus pauvres de ce monde, eux qui pratiquent la simplicité volontaire de façon involontaire. Mais cela lui permet de faire la leçon aux autres aux Nations unies, l’appareil mondial le plus dysfonctionnel de la planète. Misère.