Crise climatique: 2019, année du mouvement vers une transformation radicale?

L’atmosphère continue de recevoir sans relâche chaque année les gigantesques émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4), entre autres gaz responsables de l’effet de serre.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir L’atmosphère continue de recevoir sans relâche chaque année les gigantesques émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4), entre autres gaz responsables de l’effet de serre.

J’avais publié un texte en 2015 dans Le Devoir sous le titre « Après 2015 : casse-cou ou cycle vertueux » qui avait reçu un prix d’encouragement d’un concours de journalisme sur le développement durable, concours intitulé Objectif 2030. Vu le Sommet sur le climat organisé par les Nations unies et la prochaine réunion au Chili sur le changement climatique (COP25), je crois important d’intervenir à nouveau.

L’atmosphère, qu’on peut se représenter comme un fleuve planétaire inversé, continue de recevoir sans relâche chaque année les gigantesques émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4), entre autres gaz responsables de l’effet de serre. Elles ont augmenté d’environ 2,7 %, seulement de 2017 à 2018. Selon les prévisions de production et de demande d’énergies d’ici 2040, ces émissions risquent de s’accroître davantage. Et ce, malgré la croissance impressionnante de la production et de l’utilisation d’énergies renouvelables. Or, rien ne nous informe très clairement en continu sur ce processus invisible d’accumulation de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle planétaire. Le ciel ne nous tombe pas sur la tête malgré la fureur toujours grandissante des ouragans comme Dorian et cela se passe loin de chez nous. Les récents incendies de l’Amazonie ont bien envahi nos écrans et nous touchent avec une légère odeur de fumée lointaine. En même temps, le flux ininterrompu des véhicules sur les autoroutes continue à projeter sa décharge invisible dans ce fleuve inversé couvert de nuages et de traces d’avions sur un fond bleu impeccable.

La dynamique de notre atmosphère présente un comportement typique des systèmes complexes caractérisé par son imprédictibilité. L’augmentation de température inattendue, comme celle qui arrive dans les points chauds de certaines régions des océans qui franchissent la barre des deux degrés et qui a pour conséquence le dépérissement massif des palourdes jaunes sur les côtes d’Uruguay, du Brésil et de l’Argentine, n’en est qu’un petit exemple. Les conséquences de ces changements sont innombrables pour nous, les écosystèmes et leur biodiversité, car nous dépendons directement ou indirectement de ces derniers pour notre survie. Ces écosystèmes se retrouvent maintenant sur l’échafaud du déclin global tel qu’annoncé cette année par le Rapport de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) : le taux d’extinction des espèces est « sans précédent », concluant qu’il nous faut « changer la donne et enclencher un changement transformateur pour conserver et restaurer à l’échelle planétaire les écosystèmes endommagés ».

Ainsi, une transformation radicale à l’échelle globale implique une transformation d’un modèle économique dominant soutenu par un modèle de croissance économique sans limite ancrée dans une logique de consommation sans relâche de biens et de services dépendante de modes de production non durables. Oui, il y a des initiatives et des politiques qui dissocient de façon relative la croissance économique des pressions sur l’environnement comme, par exemple, l’accroissement de l’efficacité dans l’utilisation des matériaux, de l’énergie, de l’eau ou l’application des principes de l’économie circulaire ; mais cette « croissance verte » ne sera pas suffisante face au modèle global de croissance illimitée, permanente et à grande échelle. Cela signifie dans l’état actuel des choses que cette néfaste pression sur l’environnement global continuera tant qu’il n’y aura pas en place des politiques claires quant aux limites à respecter qui puissent assurer une réduction substantielle et équitable de la production et de la consommation des pays les plus riches. Nous avons donc besoin de repenser les politiques de croissance verte et d’apporter comme complément à l’efficacité, la modération. Le budget de carbone global qui reste de disponible nous y oblige. De plus, il faut laisser un peu de marge dans ce budget pour que les pays les plus pauvres du monde aient les moyens d’assurer à leurs populations, le bien-être, la santé et l’éducation.

En cette année 2019, un nouvel élan de conscience se répand dans le paysage global sous le leadership discret mais efficace de la jeune Suédoise Greta Thunberg, alliant des mouvements sociaux émergents pour faire pression sur les gouvernements et exiger des actions concrètes et définitives. Cela pourrait bien donner un nouveau souffle à une volonté de transformation radicale qu’il nous faut entamer afin de pouvoir nous sortir de ce bourbier. Les jeunes s’organisent à l’échelle planétaire et revendiquent leur droit légitime à un avenir. Souhaitons que la conscience qui les anime fasse surgir le plus grand tournant de notre histoire. En agissant tous ensemble, nous pouvons tordre le cou à cette trajectoire casse-cou de laquelle nous devons nous libérer.

Crise climatique: 2019, année du mouvement vers une transformation radicale ?

Souhaitons que la conscience qui anime les jeunes fasse surgir le plus grand tournant de notre histoire

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