Taïwan change de cap

La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, tentera de se faire réélire à la tête du pays en janvier prochain.
Photo: Daniel Shih Agence France-Presse La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, tentera de se faire réélire à la tête du pays en janvier prochain.

Hong Kong en est à son quatrième mois de manifestations violentes, et la planète entière se demande ce qui va se passer dans cette petite cité-État. La majorité des chefs d’État occidentaux n’ont émis que très peu de commentaires au sujet de la crise sociale brassant l’empire du Milieu, de peur de caresser cet éléphant dans le mauvais sens du poil. Toutefois, pour les politiciens taïwanais, la débâcle hongkongaise aura peut-être une incidence capitale sur leur élection en janvier 2020, et pourrait changer les relations transdétroit à jamais.

La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, veut se faire réélire. Elle est chef du Parti démocrate progressiste (PDP), le parti majoritaire de la coalition panverte, qui est en faveur de l’indépendance de Taïwan. Jusqu’en juin, Tsai n’était pas sûre d’obtenir une nomination des membres de son parti comme candidate à la présidence. En effet, sa popularité connut un marasme sans précédent, avec un taux d’approbation de 15 % parmi ses citoyens. Plusieurs ténors de son parti n’avaient plus foi en ses capacités de remporter la présidence une seconde fois, et se sont rangés du côté de William Lai, le premier ministre sous la présidence de Tsai. Ils croyaient fermement que Lai était le seul candidat qui pouvait gagner face à Han Kuo-yu, poids lourd du parti Kuomintang (KMT). Celui-ci connut un succès phénoménal au sein de son parti, ayant décroché la mairie de Kaohsiung, seconde ville la plus populeuse de Taïwan, et peu après la nomination pour la présidence du KMT. Ainsi, que Tsai Ing-wen accède à la présidentielle et la remporte semblait invraisemblable.

Cousins hongkongais

Contrairement au KMT, le PDP a toujours rejeté vigoureusement le consensus de 1992. Celui-ci stipule officieusement qu’il existe une seule Chine, et que la réunification est le but commun des deux États. Tsai Ing-wen, aussi récemment qu’en janvier 2019, réitéra la position de son parti concernant le consensus tout en rappelant à ses citoyens que la Chine et Taïwan sont deux États très différents. Elle critiqua également la doctrine de « Un pays, deux systèmes », soit le principe par lequel Pékin qualifia le système politique de Hong Kong suite à la rétrocession de 1997, affirmant que cette doctrine était équivalente en pratique au consensus de 1992.

Il s’agissait de marivaudages politiques relativement bénins, caractéristiques des positions verbeuses du PDP concernant les relations transdétroit ; bénins jusqu’à ce que les manifestants à Hong Kong remettent en question la validité de « Un pays, deux systèmes ». Dès le 9 juin, date de début des manifestations, les Taïwanais virent les libertés de leurs cousins hongkongais s’éroder aux mains de Pékin. Ils craignaient plus que jamais qu’une réunification avec la Chine continentale vaille une adhésion obligatoire au régime communiste et l’abandon de leur démocratie. Pendant que des images de brutalité policière firent le tour des médias de l’État insulaire, l’indépendance devint une possibilité tangible. Tsai utilisa cette anxiété pour rappeler aux membres de son parti qu’elle était une fervente pourfendeuse du communisme chinois, et qu’elle ne souhaitait jamais une réunification. Son parti a changé son fusil d’épaule et a nommé Tsai le 19 juin comme candidate à la présidentielle. Depuis sa nomination, les sondages montrent une avance grandissante en sa faveur : le plus récent, une avance de 16 % sur son adversaire du KMT, alors qu’en juin les deux candidats recueillaient environ les mêmes intentions de vote.

Xi Jinping surveille de près le résultat de l’élection de Taïwan en janvier. Si Tsai Ing-Wen la remporte avec une forte majorité législative, elle pourrait décider de prioriser des mesures favorisant l’indépendance de Taïwan. Il n’est pas impensable que la Chine intervienne militairement à Taïwan. La communauté internationale devrait mieux cerner les répercussions globales des manifestations à Hong Kong, et intervenir de sorte à minimiser leur potentiel explosif avant qu’il ne soit trop tard.

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