Faire et communiquer la recherche différemment

«Il faut accroître la présence de nos scientifiques dans l’espace public pour stimuler la pensée critique de nos concitoyennes et concitoyens, et développer le goût de la science chez nos jeunes», réclame l'auteur.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Il faut accroître la présence de nos scientifiques dans l’espace public pour stimuler la pensée critique de nos concitoyennes et concitoyens, et développer le goût de la science chez nos jeunes», réclame l'auteur.

La Semaine de la culture scientifique au Canada, qui se déroule jusqu’au 22 septembre, est une belle occasion de renforcer les liens entre la communauté scientifique et le grand public, qu’il soit jeune ou moins jeune. Les Fonds de recherche du Québec que je dirige à titre de scientifique en chef du Québec soutiennent l’excellence de la recherche et de la formation à la recherche depuis plusieurs décennies. Comme l’excellence se nourrit de la créativité, les Fonds veulent aussi reconnaître celles et ceux qui sortent des sentiers battus, sur le plan de la recherche ou sur le plan de sa diffusion.

D’une part, les Fonds entendent stimuler la prise de risque en recherche et encourager les scientifiques de toutes les disciplines à travailler ensemble et à faire preuve d’audace ! Ils veulent également stimuler l’engagement de la communauté scientifique et de la société civile autour de projets communs. D’autre part, les Fonds veulent encourager le dialogue entre la science et la société, surtout dans le contexte des médias sociaux et de la multiplication des sources d’information et de désinformation. Bref, ils veulent rapprocher la population de la science, et la science de la population, pour que la connaissance scientifique soit une source d’information de premier plan pour tous les citoyens.

Pour répondre à cette volonté de changement, les Fonds offrent aujourd’hui trois programmes : Audace, Engagement et Dialogue, trois initiatives pour faire et communiquer la recherche différemment. Si Audace a été lancé en 2017, Engagement et Dialogue viennent tout juste d’être annoncés.

Audace offre un soutien à des projets de recherche de type haut risque / haut rendement, qui se placent en rupture avec les cadres et les schèmes de pensées établis. Des projets audacieux à fort potentiel de retombées, qui explorent de nouveaux territoires de connaissance, qui établissent des collaborations inusitées, tel l’historien avec la mathématicienne, le neuroscientifique avec la physicienne, voire l’agricultrice ou l’artiste-peintre ! Somme toute, Audace permet à la communauté scientifique de réaliser ses projets les plus fous !

Parmi les 37 projets soutenus à ce jour, mentionnons celui sur la production de foie gras éthique basée sur des biomarqueurs et des considérations écologiques, en réponse aux nouvelles exigences sociétales en matière de bien-être animal et d’agriculture ; le e-scapel pour la détection de cellules cancéreuses, qui vise l’optimisation des chirurgies avec une réduction des coûts de traitement et de la période de convalescence ; l’impression 3D de biomatériaux innovants, à partir de ressources forestières jusque-là sous-exploitées… Quels seront les projets qui passeront le cap de la découverte, de l’innovation ? Le potentiel ne manque pas…

De son côté, Engagement vise à impliquer les citoyennes et les citoyens dans une démarche de recherche. Ce programme permet à des personnes n’exerçant aucune activité professionnelle en recherche scientifique, mais reconnues pour leur savoir expérientiel, de participer activement à un projet de recherche. Toute personne ayant une bonne idée de projet pourra même le codiriger avec une équipe de recherche, et ce, en suivant les normes de qualité et d’éthique reconnues par les Fonds. Ce type d’engagement contribuera à démystifier la démarche de recherche et à stimuler l’intérêt de la population pour la chose scientifique. Si ces formes de recherche sont déjà présentes en Amérique du Nord et en Europe, le programme Engagement a pour but de repousser les frontières de la participation citoyenne en science.

Enfin, Dialogue offre à la communauté scientifique la possibilité d’interagir avec le grand public à propos de ses travaux, de ses résultats, de sa démarche de recherche, afin de susciter de l’intérêt et une meilleure compréhension de la science. Avec Dialogue, les Fonds visent à reconnaître et à soutenir les chercheuses et les chercheurs ainsi que les étudiantes-chercheuses et les étudiants-chercheurs qui désirent investir l’espace public, les médias et les réseaux sociaux. Il faut accroître la présence de nos scientifiques en sciences de la santé, en sciences naturelles et génie ainsi qu’en sciences sociales et humaines dans l’espace public pour stimuler la pensée critique de nos concitoyennes et concitoyens, et développer le goût de la science chez nos jeunes. Les projets de communication Dialogue mettront très certainement à mal le mythe des scientifiques dans leur tour d’ivoire !

Par la triade Audace, Engagement et Dialogue, les Fonds entendent ouvrir des voies non traditionnelles dans la façon de faire de la recherche et de la communication scientifique, et ce, au plus grand bénéfice des citoyennes et citoyens du Québec.

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2 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 septembre 2019 09 h 34

    C'est bien.

    Bonjour monsieur Quirion,
    C'est par Québec-Science que j'ai appris l'existence d'un chef scientifique du Québec, et c'est actuellement vous! Vous conseillez le Gouvernement. J'ai quelques questions-suggestions.
    1) Je me rends compte que la facture énergétique des villes leur est inconnue sauf pour les Ïles-de-la-Madeleine et qu'elles ne font pas d'efficaité énergétique. Elles pourraient diminuer de 50% l'utilisation des combustibles fossiles et de l'électricité et puis, avec la moitié de l'argent épargné, le diriger vers la transition écologique.
    2) Pourriez-vous faire comprendre au Gouvernement que le gaz naturel n'est pas une énergie de transition? et donc que le projet gazoduq/GNL est anti-scientifique?
    3) En matière de santé, selon le livre Shinrin Yoku, l'art et la science des bains de forêt, deux jours trois nuits passés en forêt procurent des cellules anticancéreuses pour un mois. Pourquoi ne pas faire alors des centres de prévention du cancer dans notre forêt boréale et y accéder en autobus électrique seulement? Le livre montre quelques pays qui pratiquent ce genre de " providence écologique", tel la Coée-du Sud. De plus, Selon le livre Toxique planète nous sommes en pleine épidémie de maladies chroniques, causée par la dégradation de l'environnement, crise invisible, non reconnue, qui grève le budget du Ministère de la santé. Le réseau français Environnement santé dirigé par l'épidémiologiste Cicolella propose une loi Environnement -Santé, que je vous suggère de soumettre à notre Gouvernement pour la mettre en action ici, à notre manière.
    4) J'ai entendu parler du ' magnegas", un nouveau gaz fait avec les déchets humains des usines de traitement( ressource gratuite, donc); la combustioni génère comme déchet de l'oxygène. Le parc automobile actuel pourrait être utilisé, si un peu transformé, s'il s'avère si la science montre la véracité de cette technologie. Pourriez-vous vérifier si cette technologiei tient le coup de la science?

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 septembre 2019 09 h 45

      Je manquais d'espace pour faire une dernière suggestion. la neuropédagogie appliquée, c'est-à-dire, les progrès de la science dans le fonctionnement du cerveau, appliqués en pédagogie. Elle est à peu près absente ici alors, que, par exemple, il y a une école étatsunienne qui utilise la théorie des intelligences multiples dans les classes. Ici il y a parfois le programme, à mon avis excellent, API, l'actualisation du potehtiel intellectuel. Il est présent mais pas assez. J'ai dit que les villes ne connaissent pas leur facture énergétique ( incluant l'Observatoire du Grand Montréal, j'ai vérifié). La première stratégie métacognitive de l'API sur 83, pour résoudre un problème est: anticiper l'observation à faire. Il est évident que l'observation de l'absence de la productivité de l'énergie et des matériaux est présente.
      Merci.