Faire de la science un enjeu électoral

«Après avoir brandi haut et fort la promesse de changer les choses, le gouvernement Trudeau a-t-il rétabli le financement de la recherche et rétabli la communication entre les chercheurs et les médias?», questionne l'auteur.
Photo: iStock «Après avoir brandi haut et fort la promesse de changer les choses, le gouvernement Trudeau a-t-il rétabli le financement de la recherche et rétabli la communication entre les chercheurs et les médias?», questionne l'auteur.

C’est un départ. Quarante jours pour débattre de ce que les Canadiennes et les Canadiens veulent de leur futur gouvernement. Avant de regarder le bilan du gouvernement Trudeau, rappelons-nous ce que les médias ont couvert pendant ces quatre ans en matière de nouvelles scientifiques.

La plupart du temps, il a été question des changements climatiques, du grand débat sur l’énergie (pétrole versus énergies renouvelables), du transport (la voiture versus le transport collectif), de l’impact d’Internet sur notre société (cybercrime, accès à l’information, crise dans les médias), tous des sujets qui ont leur fondement dans les avancées scientifiques et technologiques, avancées auxquelles le monde de la recherche canadienne participe pleinement et activement.

Pourtant, la place qu’occupent les résultats de la recherche au pays a-t-elle été au rendez-vous pour nous éclairer, nous, la population canadienne, dans les médias ? Il y a quatre ans, le gouvernement de Justin Trudeau héritait d’un véritable carnage dans le financement de la recherche scientifique fédérale. Et il découvrait l’ampleur du muselage systématique des chercheurs fédéraux pour satisfaire l’ordre du jour politique du premier ministre précédent, Stephen Harper, qui s’articulait autour d’une politique énergétique des sables bitumineux et de la négation des changements climatiques.

Après avoir brandi haut et fort la promesse de changer les choses, le gouvernement Trudeau a-t-il rétabli le financement de la recherche et rétabli la communication entre les chercheurs et les médias ? Le budget déposé l’an dernier par le ministre Bill Morneau promettait d’injecter 3,8 milliards de dollars en science sur cinq ans pour rattraper le temps perdu. C’est loin des recommandations du rapport Naylor, dont les experts ont examiné, en 2017, le soutien fédéral aux sciences. Le rapport recommandait d’augmenter de 1,3 milliard par année le financement des quatre organismes fédéraux qui octroient des subventions en recherche dans les universités, les centres et les instituts de recherche. Le gouvernement Trudeau leur a accordé un maigre 1,7 milliard sur cinq ans.

Pour ce qui est de la liberté de parole de nos chercheurs fédéraux sur la place publique, le dernier sondage mené par l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) — qui date d’un an et demi, faut-il le préciser — constate que la moitié des chercheurs interrogés se disent toujours dans l’impossibilité de parler librement de leurs travaux aux médias.

Dans un contexte où les réseaux sociaux ont permis la prolifération des fausses nouvelles et ont donné une grande visibilité à des groupes antiscience et à la pseudoscience, le combat est loin d’être gagné pour que l’information scientifique de qualité puisse dominer le discours ambiant. Il devient impératif de remettre la science à l’ordre du jour de nos politiciens. Pour les citoyennes et les citoyens canadiens, il serait temps de s’interroger sur ce qu’Ottawa fait pour maximiser à la fois la production et la diffusion de la science au Canada. Car les enjeux de société qui en découlent sont au coeur de nos préoccupations, de notre quotidien, même.

Les membres de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec sont des journalistes, des communicateurs institutionnels et universitaires, des relationnistes et des animateurs scientifiques. Toutes et tous, dans leur milieu et auprès de différents publics, ils oeuvrent à rendre accessibles les résultats de la recherche, dont ceux des changements climatiques, des transports, de l’énergie et des technologies. Notre souhait, à l’approche de la Semaine de la culture scientifique (du 16 au 22 septembre), est que durant les 40 prochains jours, les candidats de tous les partis politiques, en s’appuyant sur des données probantes, discutent à la fois de la science au pays et de la façon dont elle peut nous éclairer dans nos choix politiques. Soyez assurés que nos crayons sont aiguisés et que nous participerons activement à la campagne pour répéter ce message et nous faire entendre.

Les candidats de tous les partis, en s’appuyant sur des données probantes, doivent discuter à la fois de la science au pays et de la façon dont elle peut nous éclairer dans nos choix politiques.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 13 septembre 2019 01 h 05

    Nuance

    J'appuie sans réserve les propos de l'auteur. J'apporterais toutefois une nuance à un de ses arguments.

    «le dernier sondage mené par l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) — qui date d’un an et demi, faut-il le préciser — constate que la moitié des chercheurs interrogés se disent toujours dans l’impossibilité de parler librement de leurs travaux aux médias.»

    Je ne sais pas si ce sondage précise les raisons des interdictions faites aux acientifiques du gouvernement de parler aux journalistes, mais, dans le ministère où je travaillais encore il y a un peu plus d'un an (donc quand ce sondage a été fait), ce sont les gestionnaires, pas le gouvernement, qui contrôlait nos relations avec la presse. Ces gestionnaires avaient, semble-t-il, apprécié nous contrôler davantage et avaient gardé une bonne partie des interdictions imposées par le gouvernement Harper. Ce fut une des grandes déceptions de mes dernières années passées dans la fonction publique fédérale.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 13 septembre 2019 16 h 28

    Science, 1; Voile islamique, 200



    Cette judicieuse lettre d'opinion sur l'importance de la communication des scientifiques n'a suscité qu'un seul et unique commentaire…

    On notera l'éloquent désintérêt des zélotes solidaires pour la liberté de conscience des scientifiques…

    Bref! l'enjeu électoral des tenants de la rectitude se résume à mousser la religion...