Des arguments en faveur de la réforme du mode de scrutin

«On peut même espérer que les débats à l’Assemblée nationale gagneraient en civilité et surtout en intelligence», croit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «On peut même espérer que les débats à l’Assemblée nationale gagneraient en civilité et surtout en intelligence», croit l'auteur.

L’introduction d’une dose de proportionnalité (sur une base régionale) permettrait à tous les partis politiques de faire de la place à des voix plus marginales à l’intérieur de leur députation. Ainsi, à la dernière élection, la CAQ et le PQ auraient vu leurs députations respectives augmenter de quelques représentants de Montréal, tandis que QS se serait retrouvé avec une plus grande représentation des milieux ruraux. Les résultats finaux n’auraient en aucun cas été modifiés, et le Parti libéral aurait quand même connu une déconfiture historique. Le parti se retrouverait cependant avec une députation plus représentative de sa force réelle dans les régions francophones.

À une époque où les clivages, réels comme imaginaires, s’accentuent et où les partis politiques ont perdu de leur capacité à réunir des gens qui ne pensent pas toujours selon la ligne de parti, le fait que certains députés ne soient pas élus exactement de la même manière permet une plus grande diversité d’opinions à l’intérieur de chaque parti. On peut même espérer que les débats à l’Assemblée nationale gagneraient en civilité et surtout en intelligence.

Dimension territoriale

Introduire une dose de proportionnelle sur une base territoriale permet aussi de mieux tenir compte de la dimension régionale de l’action publique. Finie enfin cette aberration des régions orphelines, c’est-à-dire ces régions où le parti ministériel n’a aucune représentation et pour lesquelles le premier ministre doit nommer un « volontaire » afin de faire avancer les dossiers les concernant.

On peut penser que l’élection de députés sur une base régionale permettra aussi la création de caucus régionaux multipartis réunissant des députés élus dans des circonscriptions individuelles et d’autres dont l’élection dépendra de la performance de leur parti dans la région. On peut même se mettre à rêver que ces députés régionaux auront à coeur de défendre les intérêts de l’ensemble de la région, y compris ceux des circonscriptions qui auront voté pour un « autre » parti. Le débat sur la laïcité aurait peut-être eu une allure différente si la CAQ s’était retrouvée avec trois ou quatre députés supplémentaires pour l’île de Montréal, dont un ou deux anglophones.

Spécificité du Québec

On le sait maintenant : le Québec ne pourra pas compter sur sa démographie pour renforcer son poids politique à l’intérieur du Canada. Il doit pouvoir y arriver grâce à la culture, à la langue, à l’économie. Mais ces traits précis ne lui seront vraiment utiles pour marquer sa différence que s’ils s’appuient sur un mode de décision collective où l’audace est d’autant plus possible qu’elle s’appuie sur de larges consensus et sur une volonté partagée d’aller de l’avant. En ce qui concerne les institutions, il a déjà fait de grands pas en avant : la Caisse de dépôt, la petite enfance, les cégeps, les congés parentaux. Il vient de le faire de nouveau en mettant en place une laïcité et un régime d’immigration qui lui correspondent. Pourquoi ne le ferait-il pas pour ses institutions politiques, question de se donner un régime électoral qui le ferait pleinement entrer dans le prochain siècle ? Faut-il avoir peur de pratiquer une démocratie plus représentative et plus efficace que dans le reste du Canada ?

Changements climatiques

Le territoire québécois est grand, très grand même. Les changements climatiques, quels qu’ils soient, ont donc tout l’espace nécessaire pour entraîner les effets les plus divers. Non seulement le cocktail risque d’être difficile à prédire, mais les politiques de mitigation ne seront pas faciles à mettre en oeuvre. On imagine déjà les débats : pourquoi les communautés plus au nord devraient-elles payer pour des changements climatiques dont la cause se trouve dans les comportements des sociétés plus au sud ? Comment empêcher que de nouvelles inégalités ne se creusent ? Comment s’assurer aussi que le gouvernement national des Québécois ne paie pas un prix disproportionné pour que le « reste du Canada » réussisse lui aussi sa transition ? La dernière fois que le Québec s’est vu impliqué dans une réforme sur les règles du jeu politique canadien — la réforme constitutionnelle de 1982 —, on ne peut pas dire qu’il en est ressorti gagnant.

Bref, on aura beau retourner le problème de tous les côtés, seule une coalition de tous les partis autour de moyens d’action concrets et efficaces permettra de s’en sortir. Mais à bien y penser, les gouvernements de coalition, les alliances entre partis, les programmes communs, n’est-ce pas là précisément les « malheurs » que les adversaires d’un mode de scrutin proportionnel nous promettent si jamais le gouvernement Legault choisit la voie de la réforme ?

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