Une conception diminuée du nationalisme québécois

Le premier ministre François Legault lie le nationalisme à trois piliers: la langue française, la culture et la laïcité de l’État. 
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le premier ministre François Legault lie le nationalisme à trois piliers: la langue française, la culture et la laïcité de l’État. 

Dans l’article « Quatre partis, quatre déclinaisons du nationalisme québécois » (7 et 8 septembre, B 1), les correspondants parlementaires du Devoir à Québec Marco Bélair-Cirino et Mylène Crête rapportent la définition du nationalisme du premier ministre François Legault : « être nationaliste, c’est d’abord fondé sur trois piliers : la langue française, la culture et la laïcité de l’État ». Ils rapportent ses propos selon lesquels les deux formes de nationalisme, autonomiste ou indépendantiste, contribuent à développer la fierté en permettant d’avoir des « projets collectifs ». Pourtant, chaque forme de nationalisme soutient un projet fort différent : le maintien du statut de province ou un projet d’émancipation politique et économique.

S’il faut encourager les gestes qui développent la fierté, et saluer la volonté politique de la CAQ de se porter à la défense de la langue française, il est permis de s’interroger sur la nature du nationalisme qui fonde son projet. Si tous les partis se réclament du nationalisme, tous ne partagent pas pareille conception diminuée du nationalisme.

Cette conception du nationalisme restreint au domaine culturel est comparable à celle de l’historien Lionel Groulx, pour qui l’autonomie politique accordée au Québec était suffisante, à ses yeux, pour assurer son développement économique et son développement culturel. Il y a une certaine analogie avec la définition culturelle du nationalisme de Groulx, qui conduit à l’autonomie provinciale et au conservatisme en s’appuyant prioritairement sur la défense de la langue, des traditions culturelles et de la religion. La dimension religieuse est remplacée ici par la laïcité.

L’historien Maurice Séguin a élaboré une définition du nationalisme beaucoup plus éclairante à mon avis : c’est cette tendance générale à vouloir maîtriser et réussir sa vie collective pour toute communauté nationale qui se reconnaît distincte. Il utilise le concept du nécessaire « agir par soi collectif », objectif souhaitable pour tout peuple qui se reconnaît distinct, tout en reconnaissant que le succès normal et complet, l’atteinte de l’indépendance, est exigeant et rare. Le nationalisme, c’est donc la recherche, s’il ne l’a pas, l’affirmation, s’il la possède, et la défense, s’il l’a croit menacée, de la maîtrise de sa vie politique, économique et culturelle. Cette conception plus complète du nationalisme aurait pu inspirer davantage les Québécois. Maurice Séguin explique que le nationalisme n’est pas nécessairement du conservatisme politique ou social. C’est beaucoup plus que lutter pour certaines valeurs de l’héritage ; c’est la volonté d’être maître tant sur le plan politique et économique que culturel, en insistant sur l’interaction de ces trois domaines. Dans sa « sociologie du national », il apporte maintes nuances. Ainsi, promouvoir une définition diminuée de la nation, limitée à la défense de la culture, ne peut qu’encourager le conservatisme. On a connu ce nationalisme autonomiste non inclusif sous Duplessis.

S’il faut se réjouir de constater la volonté politique du premier ministre de soutenir davantage la langue officielle du Québec et la laïcité, il est à souhaiter qu’il fasse la promotion d’une conception plus complète du nationalisme québécois.

À voir en vidéo