Une formation pédagogique et didactique pour enseigner au collégial

«Croyons-nous encore que seuls l’apprentissage
Photo: Getty Images «Croyons-nous encore que seuls l’apprentissage "sur terrain" et la formation continue suffisent pour que les novices maîtrisent les actes à poser et les tâches complexes qui incombent aux enseignants?», demande l'auteur.

Cinquante ans après la création des cégeps, enseigner au collégial est devenu une profession reconnue qui requiert des connaissances et des compétences précises. Les conditions d’exercice actuelles s’avèrent exigeantes. Pensons à la relativité des savoirs scolaires à l’ère 2.0, à l’hétérogénéité croissante de la communauté étudiante, à la prévalence de projets et d’activités collaboratives sur l’enseignement magistral.

Considérant que la relève doit délaisser le modèle d’enseignement-apprentissage traditionnel et offrir des cours de qualité, adaptés au contexte éducatif contemporain, nous demandons une formation pédagogique et didactique obligatoire pour tous les enseignants du collégial.

Le prérequis minimal pour enseigner au collégial correspond à un baccalauréat ou à une maîtrise dans une discipline enseignée au cégep (biologie, histoire, littérature, etc.). Ces formations n’apportent pas ou peu de connaissances pour enseigner, ne s’adressant pas seulement à de futurs enseignants. La formation pédagogique ou didactique (DESS, maîtrises ou microprogrammes en enseignement au collégial), quant à elle, bien qu’elle soit considérée comme un atout par les employeurs, demeure encore facultative en 2019. Pourtant, nous savons que les connaissances sur l’apprentissage se trouvent au centre de l’action enseignante.

Maintes intentions de rendre la formation pédagogique obligatoire ont pourtant été exprimées par diverses instances depuis la commission Parent. Le Conseil supérieur de l’éducation a d’ailleurs recommandé dès 2000 que la formation initiale des enseignants du collégial inclue une composante de formation professionnelle propre à cet ordre d’enseignement. Aucune mesure à ce jour ! Croyons-nous encore que seuls l’apprentissage « sur terrain » et la formation continue suffisent pour que les novices maîtrisent les actes à poser et les tâches complexes qui incombent aux enseignants ? Ceux qui tombent au combat dès leurs premières années d’enseignement auraient-ils pu être mieux préparés ?

Identité enseignante

La recherche en sciences de l’éducation présente la formation initiale pédagogique et didactique comme un moyen pour les spécialistes d’une discipline de développer leur identité professionnelle. En fait, les programmes universitaires spécialisés en enseignement au collégial permettent aux futurs enseignants d’aborder, en amont de leur pratique, les enjeux centraux du métier. Par exemple, les finalités d’une discipline, les savoirs à enseigner pour favoriser le développement des compétences des étudiants, la relation enseignant-étudiant, l’élaboration de séquences de cours, d’activités d’apprentissage et d’évaluation. Ces programmes représentent des espaces de réflexion, de discussion, d’appropriation d’outils didactiques et de pratique — certains intègrent des stages dans les cégeps. Les enseignants en devenir sont amenés à poser un regard critique sur les modèles d’enseignement dominants, afin d’éviter de les reproduire sans en avoir analysé auparavant la pertinence.

Nous entendons fréquemment parler des contraintes politiques, institutionnelles, pédagogiques et matérielles qui alourdissent la tâche des enseignants à l’heure actuelle. Vu le rôle que joue l’éducation collégiale dans la société québécoise, nous croyons que la formation initiale de ces enseignants devrait reposer sur une solide formation disciplinaire, à laquelle s’ajouterait une formation courte en pédagogie et en didactique.

Non seulement cette préparation soutiendrait la réflexivité des futurs praticiens, mais elle favoriserait leur intégration dans leurs milieux professionnels, leur engagement dans un projet politique en éducation, leur pérennité dans le métier et, non le moindre, leur plaisir à enseigner.

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6 commentaires
  • Denis Blondin - Abonné 7 septembre 2019 10 h 44

    La pédagogie n'est pas une science, c'est un art.

    Une formation en pédagogie et didactique pourrait sûrement être utile aux enseignants et à leurs étudiants, mais pas dans la forme actuelle que revêt cette formation dans les universités québécoises. C'est que la formation dispensée actuellement ne repose pas sur des fondements adéquats. On enseigne la pédagogie comme s'il s'agissait de l'ingénierie, c'est-à-dire comme un ensemble de connaissances de nature scientifiques susceptibles de supporter l'usage de techniques efficaces, alors que la pédagogie est d'abord un art, au même titre que le théâtre, par exemple, même si cet art vise en même temps à véhiculer des connaissances.
    Par exemple, aucun programme de formation en pédagogie n'inclut des cours de pose de voix, des sessions d'improvisation, un entraînement à la communacation verbale en générale et à la communication non verbale, à l'animation, à la mise en scène, etc.
    Les échecs à répétition de nos trop nombreuses réformes scolaires, au primaire et au secondaire, devraient suffire à démontrer que la prétendue science pédagogique est totalement inefficace, aussi bien pour le système d'éducation que pour les enseignants eux-mêmes et au premier chef pour les décrocheurs.

  • Claude Paradis - Abonné 7 septembre 2019 11 h 12

    Grave erreur de penser ainsi!

    Je ne suis pas du tout d'accord avec cette perception qui veut que l'enseignement au collégial requiert une formation en pédagogie. La meilleure formation pour un enseignant est celle de sa discipline d'enseignement: le savoir, les connaissances et la passion de la matière sont la base d'une bonne pédagogie. Pour le reste, les techniques pédagogiques n'ont de pertinence que dans la mesure où un enseignant, une enseignante les développe à partir de sa sensibilité, de ses besoins et des nécessités liées à la matière enseignée. Certes, il faut savoir tenir compte des étudiants et des étudiantes, mais les enseignants sont débordés, car les groupes sont trop chargés. D'ailleurs, il y a aussi beaucoup d'enseignants dont la formation est devenue trop pédagogique et pas assez axée sur les connaissances et la passion. Il en résulte des classes dans lesquelles les étudiantes et les étudiants se sentent parfois infantilisés. Comment peut-on bien enseigner à des jeunes si on a appris à utiliser un powerpoint, à gérer la discipline d'une classe, à adopter des méthodes qui incitent les élèves à développer par eux-mêmes leurs connaissances et à mettre en place des activités d'apprentissage par projet si l'on n'a pas soi-même, comme enseignant, eu l'occasion de développer en profondeur son champ de connaissances? C'est de la bêtise finalement!

  • Benoit Gaboury - Abonné 8 septembre 2019 08 h 57

    Réfléchir sur son métier a toujours un effet positif

    Très bon texte qui a le beau mérite de défendre son art, ce qui est toujours digne d'intérêt. Depuis quelques années, en effet, des cours de didactique en enseignement au collégial se donnent dans les universités et on les considère comme un atout pour de jeunes professeurs sans beaucoup d'expérience lors d'entrevues d'embauche dans les cégeps. Il est surprenant, par ailleurs, si je puis me permettre cette remarque, que la pratique des stages soit si peu répandue dans les cégeps, car elle permettrait une entrée en matière concrète dans l'enseignement. Cinq ou six professeurs-stagiaires pourraient ainsi aller se présenter dans les départements en début d'année, afin qu'un jumelage puisse se faire en connaissance de la personnalité de ces jeunes par les professeurs en place. L'appui de l'administration à un tel projet permettrait sans doute d'en favoriser la mise en place. Trop souvent, les rares offres de stage y demeurent anonymes, si je puis dire, à tout le moins sans visage sur lequel poser son acceptation. L'expérience acquise alors, en plus de celle de tous ces cours de didactique en enseignement collégial, permettrait sans doute aux professeurs de demain d'entreprendre du bon pied cette carrière qui n'est pas toujours aussi facile que l'on pense.

  • Raynald Richer - Abonné 8 septembre 2019 09 h 20

    Science pédagogiques ?

    Des bases en pédagogie sont certainement utiles pour enseigner au collégial, malheureusement la « science » pédagogique actuelle est envahie par des considérations idéologiques et politiques. Ce qui lui enlève à peu près toute crédibilité.

    Comme m’avait déjà confié une conseillère pédagogique: « on fait ce qu’on veut et on trouve la justification pédagogique après ».

    En passant, une formation disciplinaire un peu plus solide pourrait surement aider les enseignants du niveau du secondaire.

  • Benoît Fournier - Abonné 8 septembre 2019 11 h 01

    Dans un monde idéal...

    Personnellement, j'estime que toute personne qui donne un enseignement devrait suivre une certaine formation en pédagogie. Lorsque j'ai décidé de devenir enseignant au cégep il y a plus de 30 ans, j'estimais nécessaire d'obtenir le certificat en enseignement avrès avoir complété mon baccalauréat. Le seul fait d'avoir des stages en classe permet au futur prof de savoir s'il est fait ou non pour ce travail.

    Cependant, nous vivons aujourd'hui dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre. Celle-ci ne frappe pas seulement les écoles primaires et secondaires, mais également les cégeps, particulièrement ceux des régions. Plusieurs profs de programmes techniques (génie civil, électronique, etc.) pourraient vous dire à quel point il est difficile de trouver quelqu'un avec une formation d'ingénieur qui serait prêt à renoncer à un emploi très bien payé dans le privé pour venir enseigner au cégep (le privé aussi est en pénurie de main d'oeuvre...). Imaginez maintenant si une telle personne se montrait intéressée mais n'aurait aucune formation en pédagogie. Il y aurait de fortes chances qu'elle soit embauchée de toute façon. Il est vrai qu'elle serait invitée à suivre une formation en pédagogie (entre autres le microprogramme mentionné par Mme Goupil) mais elle n'y serait pas obligée.

    Dans un tel contexte, exiger que tous les profs de cégep possèdent une formation en pédagogie dès l'embauche est peu réaliste. Cependant, nos dirigeants pourraient imaginer des moyens pour permettre aux futurs profs sans bagage pédagogique de se perfectionner dans ce domaine, par exemple en allégeant leur tâche d'enseignement et en la complétant avec de la formation sur place, le tout avec plein salaire. Car c'est souvent le temps qui manque à ces personnes pour se perfectionner. Notre gouvernement de la CAQ prétend que l'éducation est sa grande priorité... Une preuve de cette préoccupation serait d'y inverstir les sommes nécessaires. Peut-être qu'alors on se dirigerait vers ce monde idéal.