Bonifier la formation générale n’empêche pas de la protéger

«Certains ont peur qu’en mettant en avant le désir de stimuler l’intérêt pour les cours de formation générale, on ne tasse les Gaston Miron, les Socrate et autres oeuvres classiques de notre culture», souligne l'auteur.
Photo: Getty Images «Certains ont peur qu’en mettant en avant le désir de stimuler l’intérêt pour les cours de formation générale, on ne tasse les Gaston Miron, les Socrate et autres oeuvres classiques de notre culture», souligne l'auteur.

Dans les derniers jours, nombreuses ont été les interventions sur la place publique concernant la « mise à jour » de la formation générale. Notre socle de culture générale commun, qui se décline en quatre disciplines — la littérature, la philosophie, l’anglais et l’éducation physique — dans nos cégeps, demeure à la base de la mission de ces derniers.

Il importe de conserver la solidité de ce tronc commun au sein du cursus collégial. De surcroît, nous devons nous assurer qu’il conserve son caractère général et national, c’est-à-dire l’atteinte d’objectifs uniformes et communs, sur l’ensemble du territoire québécois. Si nous tenons à préserver l’essence de la formation générale, il va de soi qu’il ne faut pas modifier ses disciplines actuelles ni leurs objectifs, garder l’intérêt mercantile du monde du travail loin de ses classes et ne pas nous précipiter à jeter les livres par les fenêtres au profit du numérique.

Quiconque irait à l’encontre de ces principes mettrait en péril l’essence d’un pan essentiel du rapport Parent et de la raison ayant motivé la mise sur pied des cégeps il y a de cela 50 ans.

Rehausser l’intérêt

La population étudiante dans les campus est claire : s’il faut conserver l’esprit de la formation générale, il ne faut pas s’empêcher de réfléchir à des façons de rehausser l’intérêt qu’elle suscite. Trop souvent, on entend dans des consultations, dans une assemblée générale ou dans une cafétéria que les cours de base constituent un frein à la persévérance scolaire.

Certains ont peur qu’en mettant en avant le désir de stimuler l’intérêt pour les cours de formation générale, on ne tasse les Gaston Miron, les Socrate et autres oeuvres classiques de notre culture. C’est ici que le bât blesse : la proposition que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) met en avant vise à s’assurer que la population étudiante soit davantage motivée à lire ces auteurs incontournables !

L’idée — que nous développons ici — est de revoir l’organisation d’une partie du tronc commun afin de permettre aux cours de littérature et de philosophie de s’organiser en ensembles de cours.

Les cégeps sont ainsi faits que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) détermine des compétences nationales à atteindre pour chacune des disciplines et que les établissements — et leurs corps enseignants — déterminent les activités d’apprentissage aptes à amener les étudiantes et étudiants à atteindre ces compétences. En permettant aux départements enseignants de mettre sur pied des ensembles de cours qui sortent du strict cadre « Littérature 1, 2, 3 et 4 », on donnerait le choix à l’étudiant ou à l’étudiante de sélectionner une thématique à partir de laquelle atteindre l’objectif ministériel.

Décloisonner ainsi certains cours en littérature et en philosophie n’est pourtant pas si complexe ; cette pratique existe depuis nombre d’années dans les cégeps anglophones, qui jouissent de cette possibilité. En effet, les cours de littérature anglophone proposent à un certain moment un choix de cours : l’étudiant ou l’étudiante peut sélectionner un genre littéraire ou un courant parmi un ensemble.

La clé de notre proposition : donner le choix. Un cours que l’on a sélectionné s’avérera sans nul doute plus motivant : on peut donc s’attendre à ce que la perception aride de la formation générale s’estompe et que le taux de réussite, lui, augmente.

Aucun nivellement par le bas ne semble en outre nécessaire. On peut même s’imaginer que les enseignants et enseignantes obtiendront davantage d’autonomie d’enseignement ; un professeur spécialisé en poésie pourrait élaborer un cours sur la place des poèmes à travers le temps, en ayant pour objectif les standards actuels. Tout le monde y gagnerait.

Se concerter pour aller de l’avant

Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), une instance qui rassemble des acteurs de tous les milieux du réseau pour réfléchir l’avenir de l’éducation, proposait en 2014 dans un avis d’explorer cette piste. La FECQ reprend ici l’idée, mais à ce stade, elle propose surtout de rassembler toutes les intervenantes et tous les intervenants du réseau des cégeps autour d’une même table pour approfondir la discussion et trouver une voie de passage convenable.

Le chantier sur la réussite que tiendra la Fédération des cégeps dans les prochains mois sera l’occasion d’entamer cette discussion. Il importe de prendre le temps d’aller au fond des choses et de créer un consensus sur cette question ; il en va de la capacité des différents acteurs du réseau à évoluer ensemble.

Il ne faudrait pas oublier que la communauté étudiante apprend chaque jour comment débattre, critiquer et formuler des idées adéquatement construites. Un jour ou l’autre, il faudra bien se décider à écouter ce qu’elle suggère, ce n’est certainement pas dénué de sens.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

3 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 6 septembre 2019 05 h 41

    Intéressant

    M. Clément, votre position est tout à fait sensée. On peut réformer sans compromettre la qualité de la formation. Rendre plus intéressante l’offre de contenu en introduisant un certain choix, c’est gagnant-gagnant, tant pour les étudiants que pour les enseignants, il me semble. À tout le moins, c’est un premier pas pour amorcer une réflexion.

    Et petite remarque : votre texte est écrit dans un français clair que certains de nos universitaires auraient avantage à pratiquer.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 septembre 2019 13 h 01

    « votre texte est écrit dans un français clair que certains de nos universitaires auraient avantage à pratiquer.» (Hermel Cyr)



    … Si l'on abstrait cette puérile redondance :

    « les étudiantes et étudiants; à l’étudiant ou à l’étudiante; les enseignants et enseignantes; les intervenantes et les intervenants» (Philippe Clément)

  • Bernard Terreault - Abonné 7 septembre 2019 22 h 16

    Grosse lacune

    Dans les matières de base, communes à tous les cégépiens, on a oublié tout un aspect de la connaissance: les sciences, physiques, biologiques, mathématiques, technologiques, et ce, en plein 21ième siècle. Comme si avoir une compréhension élémentaire de notre univers physique, de la physiologie humaine, de la théorie de l'évolution, des rudiments des mathématiques, ne faisait pas partie intégrale de la culture humaine et n'était pas essentielle au citoyen pour non seulement gagner sa vie, mais aussi y jouer un rôle utile et juger de manière éclairée les grands enjeux sociaux et politiques.