Crise des médias: les solutions d’Hebdos Québec

Près de trois millions de lecteurs reçoivent un hebdomadaire chaque semaine.
Photo: Getty Images Près de trois millions de lecteurs reçoivent un hebdomadaire chaque semaine.

La tenue d’une commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information au Québec a interpellé l’Association Hebdos Québec, un organisme à but non lucratif fondé en 1932 qui regroupe des hebdomadaires locaux et régionaux indépendants. À titre de représentants de cette industrie, nous nous sommes présentés à l’Assemblée nationale mardi dernier pour y livrer un mémoire et surtout rappeler aux élus que nos hebdos ont traversé des époques et des crises, qu’ils se sont transformés et renouvelés. Ils continuent à le faire. Voici l’essentiel de notre message.

D’entrée de jeu, nous croyons pertinent de préciser que nos hebdos font partie du paysage économique et culturel, certains depuis plus d’un siècle, et qu’ils sont essentiels à la vitalité démocratique. Hors des grands centres, ils sont souvent les seuls à jouer un tel rôle. Près de trois millions de lecteurs reçoivent un hebdomadaire chaque semaine et le taux de lectorat des membres d’Hebdos Québec frôle encore les 80 %, selon l’étude Stat Hebdo. Au cours des dernières années, de nouveaux groupes indépendants de presse se sont formés, contrôlant au plus une vingtaine d’hebdos dans certains cas. Tous ces hebdos appartiennent désormais à de plus petites entreprises et à des entrepreneurs de chez nous. Il n’y a pas non plus de « concentration » de la presse, la variété des groupes le démontrant clairement.

Nous avons tous la responsabilité de préserver cette démocratie, de protéger le droit du public à l’information et d’adopter des mesures qui permettent aux hebdos de traverser ces changements profonds et de négocier ce virage qui menace la survie de l’information locale et atteint toute la trame commerciale des villes et des villages, toutes dimensions confondues. Cela dit, au-delà du contexte et des défis, il y a les enjeux et les solutions susceptibles de sortir les hebdomadaires de cette tourmente économique et, osons-nous dire, historique. D’abord, nous appuyons les quatre principales demandes de la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec faites en 2017.

Publicités gouvernementales

De façon plus spécifique, au chapitre des publicités gouvernementales, il serait souhaitable que le gouvernement du Québec et ses sociétés d’État reprennent le contrôle de leurs placements publicitaires et s’engagent à faire l’achat de publicités auprès des hebdos, peu importe le support utilisé, imprimé ou numérique. Cela serait une façon simple et efficace d’appuyer des entreprises québécoises qui s’échinent, parce qu’elles y croient, à maintenir en vie des médias d’information. À cet effet, nous croyons important de dénoncer le rôle malsain joué par les grandes agences de publicité, qui détournent les annonceurs et leurs budgets des médias traditionnels et qui en tirent profit au passage. Ces agences ont contribué fortement à la crise actuelle et elles continuent de le faire sans que ce soit dit sur la place publique.

Soutien local

En ce qui concerne la publicité dite locale, sachez que les hebdos jouent un rôle unique et essentiel auprès des marchands locaux, en majorité des PME, dans chacune des communautés. Nous sommes d’avis qu’il faut créer un incitatif pour les commerçants, professionnels et franchisés locaux sous forme de crédit d’impôt pour les placements publicitaires dans les hebdos. Nous suggérons la mise en place d’un crédit d’impôt de 50 % des dépenses applicables à l’achat de publicités locales : imprimées et numériques.

Du côté du soutien à l’emploi local, le Québec ne doit pas être en reste par rapport au gouvernement fédéral. Nous croyons qu’il est possible de viser une solution comparable, mais plus simple administrativement et fiscalement que la solution fédérale. Nous suggérons de doter l’industrie d’un crédit d’impôt de 25 % sur la masse salariale consacrée au processus de création et de production de contenu lié à la confection des articles et à leur présentation infographique. Un tel crédit d’impôt sur la masse salariale serait par ailleurs de nature à faciliter son administration, permettant de manière simple le calcul et la validation par le gouvernement des sommes à attribuer.

De façon particulière, nous encourageons aussi le gouvernement du Québec à soutenir financièrement la Fondation Hebdos Québec, pour qu’elle appuie les efforts de transformation vers le numérique, la mise à jour technologique, la formation de la main-d’oeuvre qui s’y rattache et les différents services destinés aux hebdos. Le gouvernement pourrait soutenir la Fondation en lui octroyant un montant de 4 millions de dollars pour la pérennité de la presse. Pour ce qui est du controversé Publisac, sachez qu’il est bien plus qu’un simple réseau de distribution. Il représente un véritable écosystème qui fait partie intégrante du modèle d’affaires des hebdos. L’intention exprimée par certaines municipalités de bannir complètement ce véhicule de distribution, sans prendre en considération son impact pour la diffusion d’informations de qualité, reste inquiétante.

Nous suggérons une intervention du gouvernement du Québec pour calmer le jeu et permettre une discussion sereine sur ce sujet. Enfin, nous souhaitons appuyer les revendications de RecycleMédias pour que les journaux soient considérés de la même façon que les livres. Il serait justifié qu’ils soient soustraits de la taxe sur le recyclage. Comme les autres écrits, les hebdos demeurent du domaine de la culture et ils méritent pareil statut. Une révision de cette pratique serait une manière relativement simple de donner un peu d’oxygène à nos membres. Nous tenons sincèrement à remercier les parlementaires pour leur initiative et l’écoute active qu’ils portent à l’endroit des propriétaires d’hebdos locaux et régionaux. Nous plaçons notre confiance en leur approche qui semble animée par une volonté d’agir. Nous les assurons de notre collaboration dans l’adoption de solutions durables et économiquement viables. Comme on dit au Québec, nos membres sont « faits forts » et ont bien l’intention de le demeurer.

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2 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 30 août 2019 09 h 50

    Il faut subventionner le journalisme et non pas la publicité

    Les auteurs suggèrent : « la mise en place d’un crédit d’impôt de 50 % des dépenses applicables à l’achat de publicités locales : imprimées et numériques ».

    Il ne faut pas faire cela. Les dépenses publicitaires des entreprises ne sont-elles pas déjà déductibles de l'impôt ? Les auteurs voudraient rajouter un crédit d'impôt en plus... Ce n'est pas la publicité qu'il faut subventionner encore davantage. C'est le journalisme qui a besoin d'aide directement.

    Brian Myles, dans le mémoire du Devoir présenté à la Commission de la culture, indique, pp 6-7, l'ampleur des revenus publicitaires des médias numériques et des médias dits traditionnels aux États-Unis : « Toutes catégories et tous médias confondus (incluant les plateformes de commerce électronique), les revenus de publicité numérique sont passés de 71,6 milliards en 2016 à 90,4 milliards US en 2017, en hausse de 26 %. À l’opposé, les revenus de publicité traditionnels ont chuté de 123 milliards à 116,9 milliards US (toutes catégories confondues), une baisse de 5 %. » Globalement, ces revenus publicitaires ont augmenté de 12,7 milliards en une seule année pour atteindre la somme de 207,3 milliards $US en 2017. Cette somme gigantesque représente environ 830 $US par adulte américain en propagande publicitaire.

    Ces revenus/dépenses publicitaires sont assumés par les consommateurs, ils sont inclus dans le prix des biens et services. Un meilleur financement du journalisme ne doit pas passer par une augmentation des dépenses/revenus publicitaires globales. Au contraire, il faudrait plutôt diminuer les dépenses publicitaires pour favoriser le financement des médias directement par des abonnements payants et par des aides fiscales aux journalistes. Il faut réduire la dépendance des médias d'information à la publicité tout en réduisant l'influence que la propagande publicitaire exerce sur la société.

    • Ronald Tessier - Abonné 30 août 2019 18 h 34

      Complètement d’accord ! Le nombre de fois que les journalistes d’hebdos se censurent ou sont censurés à cause de leurs clients publicitaires… C’est triste pour l’information de qualité !