L’essentielle indépendance des médias

«Dans la foulée de la crise financière du Groupe Capitales Médias et devant l’urgence de la situation, certaines voix se sont élevées pour suggérer que toute aide financière gouvernementale à un média devrait être conditionnelle à une adhésion au Conseil de presse», souligne l'auteure.
Photo: Renaud Phillipe «Dans la foulée de la crise financière du Groupe Capitales Médias et devant l’urgence de la situation, certaines voix se sont élevées pour suggérer que toute aide financière gouvernementale à un média devrait être conditionnelle à une adhésion au Conseil de presse», souligne l'auteure.

Dès aujourd’hui, la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale du Québec se penchera sur l’avenir des médias « afin d’assurer le droit du public à l’information ». Elle entendra plusieurs témoins qui ont été invités à réfléchir et à présenter des solutions sur le financement des médias dont les difficultés les mettent en péril ; sur la présence des médias en région (une question de très grande actualité avec le danger de faillite qui menace le Groupe Capitales Médias) et la valorisation du rôle local de l’information ; sur la viabilité des modèles d’affaires à l’heure du numérique ainsi que sur l’indépendance des médias.

Dans la foulée de la crise financière du Groupe Capitales Médias et devant l’urgence de la situation, certaines voix se sont élevées pour suggérer que toute aide financière gouvernementale à un média devrait être conditionnelle à une adhésion au Conseil de presse. On pourrait penser que le Conseil soutiendrait d’emblée ces appels.

Le Conseil ne peut que se réjouir du réflexe des citoyens d’exiger des garanties de qualité avant que de l’argent public soit utilisé pour soutenir l’information, mais nous croyons que les principes à la base de la création du Conseil s’opposent à ce que les médias d’information soient forcés, même indirectement, à y participer.

Selon le Conseil, les solutions proposées à la Commission doivent plutôt garantir l’essentielle indépendance des médias d’information pour pouvoir être retenues.

Protéger l’existence même des médias d’information, que ce soit par des actions concrètes de l’État, du secteur privé ou du public, exige un engagement clair et net que l’indépendance de chacun des médias sera respectée afin d’assurer l’accès du public à une information diversifiée et de qualité. C’est un pilier fondamental en démocratie.

Le mandat du Conseil de presse consiste justement à protéger la liberté de presse et à assurer au public l’accès non seulement à l’information, mais à une information de qualité, c’est-à-dire fidèle à la réalité, impartiale, équilibrée et rigoureuse, entre autres. Or, le droit du public à l’information fonde la déontologie journalistique. Le Conseil s’est donc doté d’un guide de déontologie journalistique, sur lequel il se base pour analyser les plaintes du public.

Dans son guide de déontologie, le Conseil insiste sur l’essentielle indépendance des médias et des journalistes. Voici quelques-uns des principes fondamentaux qui nous dirigent :

La libre circulation de l’information constitue l’une des plus importantes garanties de la liberté et de la démocratie ;

La liberté de presse découle des libertés fondamentales de pensée, de parole, d’expression et d’opinion reconnues dans divers documents d’ordre juridique, aux plans national et international, et nul ne peut dicter aux médias d’information le contenu de l’information ;

La liberté de presse exige que les médias d’information et les journalistes jouissent d’une liberté éditoriale et donc que les choix relatifs au contenu, à la forme, ainsi qu’au moment de publication ou de diffusion de l’information, relèvent de la prérogative des médias d’information et des journalistes.

C’est en raison de ce même principe de liberté de la presse qu’être membre du Conseil de presse du Québec ne peut, en aucun cas, devenir une obligation pour l’obtention d’un éventuel soutien financier de l’État. Sa nature même d’organisme d’autorégulation fondé par journalistes et médias, son mandat et le travail qu’effectue le Conseil sont sous le signe de la liberté ; il n’y a pas d’autorégulation possible sans participation volontaire.

Par l’entremise du Conseil de presse du Québec, les médias et les journalistes s’engagent envers le public québécois à respecter la déontologie journalistique, sur la base de grands principes sur lesquels ils se sont mis d’accord avec le public et qui se retrouvent dans le Guide de déontologie journalistique du Conseil de presse du Québec. C’est la promesse d’un journalisme de qualité qu’ils font à leurs lecteurs.

Le caractère d’adhésion volontaire des médias au Conseil n’empêche pas le CPQ d’assurer un leadership en matière de déontologie, car il donne son opinion sur des plaintes venues du public et pouvant concerner tous les journalistes et tous les médias d’information distribués ou diffusés au Québec, peu importe le support utilisé, qu’ils soient membres ou non du Conseil de presse.

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4 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 26 août 2019 06 h 28

    Tout cela est bien théorique car avec les principes ont peut aisément les oublier et de fait on les oublie...le problème des médias comme pour le politique, c’est leur puissance de nuisance et capacité quotidienne a la «  scandalite chronique ». Cela dait des années désormais que seuls le savoir, les connaissance, la rigueur intellectuelle peuvent aider a nous informer plus les médias. De plus en plus, une évidence, les journalistes ont un manque de culture effarant alors nous sentons chez eux des odeurs de Google et Wikipedia ( un minimum) mâtinée de recherche Internautique. De plus en plus souvent ce sont les lecteurs qui informent le journaliste. Bref, avec les principes rien que des principes cela reste des principes. Le citoyen ne doit payer par les impots les moyens de desinformations.

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 août 2019 11 h 04

    Le problème à la base en est un de revenu

    Les codes sont en place et doivent être appliqué, rien de neuf sous le «Soleil» et ça doit continué. Le problème en est un de revenu relié directement à l'internet et tous ces intervenants qui s'accaparent ceux-ci sans verser leurs juste part à la société pour laquelle ils existent, fonctionnent puis s'enrichissent.

    Au lieu de perdre du temps à parler de déontologie journalistique, il faudrait que nos gouvernements s'attaquent à la façon de faire contribuer ces organismes à la survie de l'information de qualité qu'ils utilisent par défaut et la redistribution de ces revenus de manière équitable sans favorisé qui que ce soit, car le contraire serait un manque évident aux codes déontologiques que la société s'est donné par l'intermédiaire de ceux-ci. Ils payent déjà, bien ils ne payent pas assez et nous en avons la preuve présentement avec la survie menacé de médias traditionnels.

    Il restera quand même à définir le prix de la qualité et là se sera tout un débat qui fera surement des mécontents. Par contre en bout de ligne je ne crois pas que la population doive être pris en otage avec une taxe ou ces impôts pour venir en aide à cette industrie. Il y a des façons qui existent présentement pour collecter certaines sommes aux clients fidèles de ces journaux et la différence nécessaire au bon fonctionnement doit venir de ceux-là qui bénéficient de l'info pour vendre leurs publicités sans contribuer adéquatement. Ça s'est mon opinion sur la question et les gouvernements doivent être transparents sur la distribution de ces fonds qu'ils se doivent d'aller chercher. «un Netflix is enough» nous n'avons pas besoin d'autres erreurs de jugement comme celui-ci.

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 août 2019 13 h 00

    M.Legault osez

    Oui, osez faire différement de vos prédécesseurs en taxant les responsables de ce merdier médiatique au lieu de taxés les cigarettes, la boisson, les bonbons, les chips, l'essence, le peuple ou tout ce que vos prédecesseurs ont trouvé comme solution pour faire face abbérations de notre société qui bouge plus vite que ces dirigeants élus. Il y a des jobs à sauver ici, mais surtout il y a l'information de qualité nécessaire au bon discernement par la population des enjeux de notre société et ce n'est pas les GAFAs qui sont à risque dans ce dossier. Alors Osez Monsieur Legault en pensant que ce sont les citoyens qui vous ont donné le mandat de les représentés et les protégés face aux changements de paradigmes économiques sociétales. On arrive plus à suivre et vous êtes là, élu pour règlementer tout cela, enfin j'espère.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 26 août 2019 15 h 12

    Ce matin j'ai lu La presse...
    J'ai été frappé par le nombre de section qui ne touche pas l'actualité. Environ 3 sections sont pertinentes, ensuite c'est un long défilement de contenu du genre Chatelaine, section resto, voyage, habitation, insolite ect..
    Il faudra en plus de déterminer comment aider les medias réfléchir à ce qu'est un média et quel est son objectif.
    Devons nous subventionner ou payer des taxes pour du potinage télé ou des sections pour bourgeois en mal de dépense?!