Oka: travailler ensemble dans le respect de nos valeurs et de notre diversité

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le maire d'Oka, Pascal Quevillon

L’entente prévoyant le transfert de plus de 200 hectares de terrains par un promoteur privé d’Oka au bénéfice de la communauté mohawk de Kanesatake a fait les manchettes de l’actualité au cours des dernières semaines. Si certains ont évoqué la possibilité d’une nouvelle escalade des tensions à Oka, il est important de savoir que la situation actuelle n’a rien à voir avec les événements de 1990 et que personne ne souhaite de conflit entre nos deux communautés.

Il est vrai que les revendications territoriales autochtones sont complexes, mais elles sont aussi légitimes et nécessaires afin de corriger de possibles erreurs du passé. Des négociations sont toujours en cours entre le gouvernement fédéral et le Conseil mohawk de Kanesatake, et la municipalité d’Oka n’a aucunement l’intention de s’immiscer dans ce dossier.

À titre de maire d’Oka, ce qui me préoccupe avant tout est la paix et l’harmonie entre nos deux communautés, qui cohabitent sur ce même territoire depuis 300 ans. Tout comme le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, je souhaite que nos communautés vivent dans un milieu sécuritaire et que nos échanges continuent à se faire dans le respect de nos valeurs et de notre diversité. Des amitiés profondes se sont créées entre nos deux communautés au fil des décennies. Nous avons le devoir de les préserver dans l’intérêt des citoyens que nous représentons.

À court terme, l’enjeu prioritaire pour nos deux communautés est l’instauration d’un corps de police indépendant pour desservir le territoire de Kanesatake. Nous partageons le même constat que le grand chef Simon quant à la problématique de sécurité publique et à la nécessité d’instaurer une force de l’ordre pour gérer les situations d’illégalité sur son territoire. Il s’agit d’une condition essentielle pour rétablir un climat de paix et de sécurité et pour aller plus loin dans nos relations. Le conseil municipal d’Oka a d’ailleurs adopté une résolution le 6 août appuyant totalement la mise en place d’un corps policier distinct.

La création d’une force policière indépendante est réclamée par le grand chef Simon depuis son arrivée au pouvoir en 2011. Le gouvernement du Québec a déjà signifié son accord. Il en va maintenant de la responsabilité du gouvernement fédéral d’agir rapidement et aussi d’informer la population quant à l’état de la situation et des négociations en cours. À titre de maire, le respect des droits des citoyens d’Oka est un enjeu que je considère comme prioritaire. C’est pourquoi Ottawa doit remédier à son inertie et à son manque de transparence, qui sont au coeur des difficultés que nous vivons à l’heure actuelle.

La situation sème véritablement de l’inquiétude auprès des citoyens d’Oka, qui ont l’impression d’être tenus à l’écart des décisions qui les concernent. Les événements des derniers mois ont suscité beaucoup plus de questions que de réponses. Le souvenir de la crise de 1990 rappelle des cicatrices que personne ne veut rouvrir. C’est ce que j’ai voulu exprimer récemment en choisissant des mots qui n’étaient sans doute pas les bons et qui ne visaient surtout pas à offusquer qui que ce soit.

Néanmoins, mon désir le plus cher est de rétablir les ponts avec la communauté mohawk et le grand chef Simon, avec qui j’ai toujours travaillé dans le respect et l’harmonie. Je suis prêt à le rencontrer et travailler avec lui dans l’intérêt de nos deux communautés. Nous poursuivons plusieurs objectifs communs, dont celui de se tourner vers l’avenir en évitant la confrontation. Il s’agit d’une responsabilité qui nous incombe de part et d’autre.

J’invite le Conseil mohawk de Kanesatake à s’engager dans un dialogue d’ouverture empreint de recherche de solutions mutuelles respectueuses pour nos deux communautés, à unir nos voix afin de faire respecter et entendre les droits de nos populations auprès des instances gouvernementales et à reconnaître la spécificité du territoire que nous partageons.

C’est par la collaboration avec le gouvernement fédéral et le dialogue que nous assurerons la paix et le développement harmonieux dans nos communautés.

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10 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 23 août 2019 03 h 33

    Qui dit vrai...

    Hier soir, aux nouvelles télévisuelles (TVA, RDI, CBC, etc.) se tenaient de biens "fraternels" propos émis par la très forte majorité des mohawks de Kanesatake qui étaient interviewés: "on ne reconnait le gouvernement du Canada; on ne reconnait ni les français, ni les anglais; on n'a pas à respecter les lois de ceux-ci; c'est nous autres qui décidons de ce qui les légal, pas vous autres; on a le droit de faire tout ce que l'on veut; vous ne pouvez même pas me mettre en prison; les blancs nous ont volé nos terres; etc." Ne manquait le perpétuel "on veut encore plus d'argent, et plus plus encore d'argent.

    Mais que fait le PM du Canada: rien. Mais que fait le PM du Québec: rien. Mais que fait la GRC: rien, Mais que fait la SQ: rien. En fait, tout ce beau monde dort au gas, et la bouteille est géante... et foncent le budget "café" en réunion ne donnant absolument rien.

    Pourtant il y a là plusieurs actes criminels commis sur les 3 réserves mohawks - avec intention criminelle (conscience et volonté des Mohawks de réaliser le comportement pénalement sanctionné); il y a lieu actes formels de "rébellions" appréhentés contre le GV-CENTRAL, etc.

    Un PM du Canada le moindrement intelligent ordornerait, après un préavis d'usage aux mohawks de ces trois réserves de respecter toutes les lois canadiennes - y compris le Code criminel, l'intervention massive des agents de la GRC (avec les FAC si nécessaire) avec autorisation d'ouvrir le feu s'il y a résistance ou obstructions physiques au maintient de la paix sur ces réserves.

    Le principe de base d'un GV démocratique se résume à appliquer sur son territoire "la paie, l'ordre et le bon gouvernement". Sur ces trois réserves, c'est plutôt le contraire du principe de base qui est appliqué à grande échelle.

    • Francois Lorenzetti - Abonné 23 août 2019 10 h 04

      @Serge Pelletier ---- Avec autorisation d'ouvrir le feu, vous dites ? Vous pestez en invoquant le respect des lois, mais cela ne vous empêche pas de peut-être en briser une par votre intervention. Bonne chance !

    • Cyril Dionne - Abonné 23 août 2019 10 h 52

      « Un PM du Canada le moindrement intelligent... »

      M. Pelletier, vous avez dit « intelligent » et « Justin Trudeau’ dans la même phrase. C'est une contradiction. L'intelligence du petit bambin, devenu acteur, devenu enseignant à temps partiel, devenu premier ministre est claire et obscure en même temps.

    • Serge Pelletier - Abonné 23 août 2019 21 h 54

      M. Dionne... Il ne fait aucun doute que le Justintin est d'une nullité et d'une profondeur sans limite en tout - abysse d'insignifiances.

    • Serge Pelletier - Abonné 23 août 2019 22 h 03

      M. Lorenzetti, tirez (ouvrez le feu) sur des policiers... En réponses, ils ne vous ofriront certainemet pas un un café. Résistez à votre arrestation lorsque vous commettez un acte criminel... Vous regarquerez alors ce qu'est une force de maintient de l'ordre... Mieux encore, vous et vos petits amis de bien-pensants... Encerclez le poste de police (60 policiers) pour les empêcher d'intervenir dans le maintient de l'ordre, mettez le feu simultanément à la maison du maire... Tentez cela Monsieur Lorenzetti... L'on parlera alors de vous au passé simple.

    • Francois Lorenzetti - Abonné 24 août 2019 08 h 41

      @Serge Pelletier ---- Relisez-vous. Relisez votre premier post. Il y aurait tant de choses à dire sur votre esprit de conquête que je vais m'en tenir à ceci, même si cela ne s'applique pas dans le contexte d'une intervention sur un territoire dont le statut est celui de Kanasetake, mais je dois bien rabaisser les choses à votre hauteur: vous ne voulez pas d'une intervention policière qui repose sur des mandats émis par des juges; vous voulez une attaque en bonne et dûe forme contre les membres d'une autre Nation. Vous accusez sans enquête, sans jugement en main. Vous n'avez pas de noms. Vous n'avez que des gens debouts devant vous. Bref, vous voulez la guerre. Vous savez que vous marchez sur la ligne du discours haineux. Et c'est pourquoi dans votre réponse, vous commencez à semer des motifs d'intervention que vous repiquez et replacez hors contexte. Vous commencez à vous protéger. Mais au final, ce ne sont pas les actes que vous mentionnez dans votre premier post qui vous irritent. C'est la moindre parcelle d'autodétermination des Mohawks. Dites-le ouvertement plutôt que de vous revêtir de la loi et d'agiter les forces de l'ordre.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 août 2019 09 h 33

    Donner l’exemple

    Si le maire d’Oka veut qu’on respecte la diversité et les valeurs des autres, il devrait donner l’exemple.

    Si je devais décider de construire une résidence secondaire quelque part au Québec, j’éviterais soigneusement de la construire dans ce nid de guêpes qu’est devenu Oka en raison des maires incendiaires qu’on y élit.

  • Cyril Dionne - Abonné 23 août 2019 09 h 33

    Le discours des sourds et muets

    « Il est vrai que les revendications territoriales autochtones sont complexes, mais elles sont aussi légitimes et nécessaires afin de corriger de possibles erreurs du passé. »

    Justement, c’est un passé lointain. Les revendications territoriales autochtones sont réduites à néant dans la constitution canadienne. Pardieu, vous n’avez qu’à lire la Loi sur les Indiens enchâssée dans les deux constitutions de 1867 et 1982.

    L’instauration d’un corps de police indépendant pour desservir le territoire de Kanesatake signifie qu’il y a deux systèmes de lois, un pour les Blancs et un pour les Autochtones. Il ne peut y avoir dans lois parallèles dans un même pays. Et on revient encore au point d’origine; soit que les Autochtones acceptent de vivre comme tout le monde ou bien ils forment leur propre pays avec leur propre système de taxation et de filet social.

    Au lieu de prôner la continuation d’un système archaïque, pourquoi ne pas se débarrasser des réserves une fois pour toute. Nous sommes en 2019 et les prisons à ciel ouvert formées de volontaires a fait son temps. Le système d’apartheid doit prendre fin. Et la constitution canadienne n’est pas composée de lois de Moïse descendu du ciel; elles peuvent être changées et modifiées.

    • Serge Pelletier - Abonné 23 août 2019 21 h 46

      Exact M. Dionne. Malheureusement à toutes les fois ou le GV-F a voulut abolir cette supposée loi "discriminatoire" les indiens se sont révoltés et en criant "on ne veut pas que la loi sur les indiens soit abolie"... Pourquoi cette opposition systématique croyez-vous. Facile, facile pourtant... Lisez-bien cette loi et les avantages qui en font des pupilles de l'État...
      Bien qu'il soit exact qu'une personne ayant ce statut vivant sur une réserve ne puisse pas être propriétaire du fond de terrain (celui-ci appartient au GV-F - et par délégation à la réserve), il est faux de dire que les indiens ne puisse pas être propriétaires de leur maison. Ils peuvent, tout comme les "blancs", se faire construire une maison personnelle (à leur frais) selon les règlements que le Conseil de bande a adoptés. Mais pourquoi le feraient-ils? Actuellement les maisons appartiennent au Conseil de bande, le GV-F verse des sommes faramieuses au Conseil de bande pour l'entretien, etc. En fait, ce sont des HLM géants en nombre. Qu'il y ait manque d'habitations, cela est un fait. Mais le taux de nataliés a explosé depuis les années 80, la gestion des $$$ reçus laisse grandement à désirer, etc.
      En fait, une forte majorité des Conseils de bande se comportent exactement comme les pires "corporates bums" de nos systèmes de "blancs capitalistes / ou communistes".

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 23 août 2019 09 h 53

    Il ne manque à ce texte que ces quelques mots...

    « C’est ce que j’ai voulu exprimer récemment en choisissant des mots qui n’étaient sans doute pas les bons et qui ne visaient surtout pas à offusquer qui que ce soit.» <<et je m'en excuse.>>