Notre culture est menacée à haute vitesse, il est urgent d’agir!

Il faut aujourd’hui récolter 30 millions d’écoutes en ligne pour rentabiliser un projet d’album, souligne le collectif.
Photo: NeONBRAND Unsplash Il faut aujourd’hui récolter 30 millions d’écoutes en ligne pour rentabiliser un projet d’album, souligne le collectif.

Les Canadiens et Canadiennes consomment de plus en plus [la culture] sur Internet et sur les plateformes de diffusion de musique, de vidéos, de journaux et de livres. En moins d’une génération, ces services sont devenus incontournables et très populaires. Ce n’est pas étonnant. Pour environ 10 $ par mois, on nous donne accès à des dizaines de millions de pièces musicales. Pour 10 $ de plus, on nous propose des milliers d’heures de séries et de films. Il n’a jamais été aussi facile d’emporter sa bibliothèque avec soi ni aussi rapide d’accéder à un nombre illimité de nouveaux titres.

Des contenus illimités, instantanés et universels, que nous payons peu. Alors, pourquoi s’en plaindre ?

Parce que le numérique n’a pas seulement transformé les modes d’accès aux contenus culturels, il a aussi bouleversé les écosystèmes culturels sans que l’on adapte les règles du jeu.

Dans l’industrie de la musique, selon les chiffres de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), il faut aujourd’hui récolter 30 millions d’écoutes en ligne pour rentabiliser un projet d’album, contre 15 000 exemplaires physiques vendus. Un membre de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) qui a touché des redevances en 2018 n’a en moyenne reçu que 54 $ provenant des sources numériques.

Dans le secteur audiovisuel, le budget des productions de langue française ne cesse de décroître, les diffuseurs connaissent à la fois une baisse des auditoires et une baisse des revenus publicitaires. En 2013, le total des revenus publicitaires sur le Web a dépassé les revenus publicitaires à la télévision au Canada et l’écart n’a fait qu’augmenter au cours des années suivantes.

Les plateformes en ligne comme Netflix et Spotify, pour la plupart étrangères, n’ont aucune obligation de mise en valeur et de financement des contenus culturels canadiens, contrairement aux stations de radio, de télévision, aux détaillants et aux câblodistributeurs nationaux. Il en va de même pour les fournisseurs d’accès Internet et de téléphonie mobile, qui connaissent une croissance de leurs revenus et des marges bénéficiaires dépassant les 38 %.

Il est temps de passer à l’action !

Par le passé, le Canada a su adopter des politiques protégeant la culture et favorisant le développement d’écosystèmes culturels locaux riches et variés. Ces politiques sont désormais inadaptées à l’environnement numérique et ne suffisent plus à faire rayonner notre culture ni à générer des revenus suffisants pour les artistes, auteurs, créateurs, producteurs, professionnels et entrepreneurs de la culture. Le gouvernement a, certes, lancé plusieurs consultations et amorcé la révision de lois fondamentales pour le secteur culturel, mais le prochain mandat doit à tout prix être celui de l’action. C’est pour nous en assurer que nous lançons aujourd’hui une campagne pancanadienne.

Il est encore possible de prendre des mesures pour sauver notre culture. Suivons l’exemple de l’Union européenne, où de nombreuses réformes ont été adoptées au cours des dernières années. Elles permettent maintenant aux États de protéger les droits d’auteur dans l’espace numérique, de récolter des redevances et de fixer des quotas de contenus européens et nationaux aux plateformes.

Nous souhaitons que chacun des candidats des partis fédéraux ait connaissance des enjeux qui bouleversent le secteur depuis plusieurs années et s’engage à prendre rapidement des mesures pour que nos politiques s’appliquent au Web. Notre culture doit être financée de façon adéquate et équitable par tous les acteurs qui en tirent profit.

Nos entreprises doivent avoir les moyens d’appuyer des productions de qualité. Nos artistes et créateurs doivent pouvoir vivre de leur art et de leur travail. Notre culture doit être visible en ligne. Nous devons conserver cette capacité de comprendre qui nous sommes à travers notre culture et de la partager avec d’autres. Car c’est aussi notre identité qui est jeu.

Notre culture est menacée à haute vitesse. Agissons… plus vite ! #SauvonsNotreCulture

*Signataires de cette lettre:
Solange Drouin, coprésidente de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ;
Bill Skolnik, coprésident de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC) et président-directeur général de la Guilde canadienne des réalisateurs, division de l’Ontario (DGC-Ontario);
Philippe Archambault, président de l’Association québécoise de l'industrie du spectacle et de la vidéo (ADISQ);
Edgar Bori, président de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ);
Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM);
Jérôme Payette, directeur général de l’Association des professionnels de l’édition musicale (APEM);
Gabriel Pelletier, président de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ);
Mathieu Plante, président de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC);
Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes (UDA);
Richard Prieur, directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL);
Élisabeth Schlittler, délégué général au Canada, Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) et Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM);
Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications – CSN (FNC);
Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF);
Fortner Anderson, membre du Conseil national, League of Canadian Poets (LCP);
Kate Edwards, directrice générale, Association of Canadian Publishers (ACP);
Dave Forget, directeur général national de la Guilde canadienne des réalisateurs (GCR);
Greg Johnston, président de l’Association des auteurs-compositeurs canadiens (S.A.C.);
Stuart Johnston, président, Canadian Independent Music Association (CIMA);
Maureen Parker, directrice générale, Writers Guild of Canada (WGC);
David Sparrow, président national, Alliance of Canadian Cinema, Television and Radio Artists (ACTRA);
Meg Symsyk, présidente, Music Managers Forum Canada (MMF);
Alan Willaert, vice-président du Canada, American Federation of Musicians of the United States and Canada

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2 commentaires
  • Christian Beaudet - Abonné 20 août 2019 10 h 13

    La culture au Canada anglais n'est plus c qu'elle était

    L’avènement de la radio dans les années 1930 et de la télé dans les années 1950 a aussi bouleversé l’écho système culturel et l’État canadien a alors géré la situation en régissant les ondes et en créant un réseau national. Les changements technologiques dits «numériques» ne sont qu’un nouvel épisode. Mais cette fois, l’État canadien devenu post-national semble indifférent.
    Le véritable changement n’est donc pas technologique, il est culturel, c’est l’attitude des citoyens et citoyennes par rapport à leur culture qui a changé. Particulièrement au Canada anglais, la culture est essentiellement américaine. Mes amis anglophones ne consomment que la culture américaine et les artistes canadiens qui réussissent sont devenus des artistes américains. Taxer Netflix est un enjeu culturel au Québec mais une aubaine fiscale au Canada anglais.
    Voilà pourquoi malgré toute la sympathie qu’inspire votre démarche, l’alliance avec des acteurs anglophones laisse perplexe.

  • René Pigeon - Abonné 20 août 2019 12 h 27

    Pourquoi nos lois sur les droits d’auteur n’attribuent-elles pas aux médias un droit d’auteur sur leurs contenus ?

    Merci d’avoir rappelé le fait que :
    « Suivons l’exemple de l’Union européenne, où de nombreuses réformes ont été adoptées au cours des dernières années. Elles permettent maintenant aux États de protéger les droits d’auteur dans l’espace numérique, de récolter des redevances et de fixer des quotas de contenus européens et nationaux aux plateformes. »
    Question :
    Pourquoi nos lois sur les droits d’auteur n’attribuent-elles pas aux médias un droit d’auteur sur leurs contenus ? Quelles particularités des articles créés par des médias imprimés ou en ligne, ou par quel subterfuge du droit, peuvent justifier que leurs droits d’auteur soient niés ?