Hausser les seuils d’immigration constitue un acte de nationalisme économique

Il y avait plus de 120 000 postes à pourvoir au début de l’année 2019.
Photo: Pixabay Il y avait plus de 120 000 postes à pourvoir au début de l’année 2019.

Le Québec est possiblement à l’aube d’un âge d’or économique. Le PIB de la province et de sa métropole est à la hausse, nettement supérieur à celui des autres provinces canadiennes depuis deux ans.

On ne compte plus les records. Notre taux de chômage est à son plus bas niveau depuis 40 ans. L’écart entre le taux de chômage global au Québec et celui des immigrants se résorbe très rapidement, passant de 9,7 % en 2017 à 5,9 % en 2018. Tout indique qu’il continue de rétrécir cette année.

Les salaires ont crû de 5 % depuis février, un sommet en 10 ans. C’est bien plus que dans le reste du Canada. Il y a 154 chantiers de plus de 20 millions de dollars dans la région métropolitaine, ce qui représente un investissement total de 40 milliards de dollars. Depuis un an, Montréal International a généré 60 projets d’investissements étrangers, pour plus de 2,5 milliards de dollars.

Le Port de Montréal travaille à plein régime et planifie une expansion majeure à Contrecoeur. Les nombreux accords de libre-échange laissent entrevoir une croissance soutenue. Selon Tourisme Montréal, les touristes affluent comme jamais depuis l’Expo 67, si bien que l’aéroport Montréal-Trudeau connaît lui aussi des records d’achalandage.

Le temps du Québec est venu

Cette situation extrêmement positive pourrait même s’améliorer encore davantage. Les indicateurs du secteur privé sont au vert. Les indices de confiance sont élevés, les intentions d’investir sont robustes.

Le gouvernement du Québec est lui-même très ambitieux. Le premier ministre, François Legault, est déterminé à atteindre une croissance économique telle que nous puissions, un jour, nous affranchir de la péréquation. L’atteinte de cet objectif exigera un taux de croissance encore plus élevé que celui que nous connaissons présentement.

Le gouvernement prend de bonnes décisions pour y parvenir. Les finances publiques sont en ordre. Le gouvernement dispose de marges de manoeuvre importantes, un levier dont le ministre des Finances, Eric Girard, a l’intention de se servir pour accélérer la croissance économique.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, incite les entreprises à investir, à se moderniser et à accroître leur productivité et leurs exportations. Il a amorcé une restructuration majeure du dispositif de développement économique et confié un mandat ambitieux au nouveau président d’Investissement Québec. Il soutient l’émergence d’une expertise exceptionnelle en intelligence artificielle, susceptible d’entraîner ici la création d’entreprises à la fine pointe de l’innovation mondiale.

Le ministre Jean-François Roberge déploie des efforts majeurs pour améliorer le système d’éducation. Il veut qu’on aide les jeunes à bien choisir leur formation et à aller jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Il souhaite également un meilleur arrimage entre la formation et le marché du travail, et il désire renforcer le dispositif de formation continue.

Le ministre de l’Immigration, M. Jolin-Barrette, a récemment fait des gestes importants pour notre réussite économique. L’adoption de la plateforme Arrima nous permettra de disposer de l’un des meilleurs arrimages au monde entre les bassins d’immigrants et les besoins du marché du travail. La mise en place d’un parcours d’accompagnement personnalisé des immigrants facilitera grandement leur intégration et leur francisation. Il veut aussi qu’on réussisse enfin à attirer des immigrants dans toutes les régions du Québec.

Et la main-d’oeuvre ?

Une décision déterminante reste à prendre : combien d’immigrants souhaiterons-nous accueillir au cours des prochaines années ?

Pour cette année, le gouvernement a diminué le nombre de 51 000 à 40 000 immigrants. Il a récemment annoncé son intention de rehausser ce nombre à un niveau similaire à celui observé au cours des trois dernières années.

Nous estimons que nous aurons besoin de beaucoup plus d’aide si nous voulons pleinement saisir l’occasion unique qui se présente à nous. Les niveaux récents n’ont pas empêché le nombre de postes vacants de croître rapidement. Et on ne peut envisager de renforcer les économies des régions au détriment des entreprises de la métropole, qui ont tout aussi besoin de relève et de nouveaux talents.

Les regroupements d’employeurs et les organismes économiques régionaux ont tous témoigné des besoins importants et immédiats en main-d’oeuvre. Il y avait plus de 120 000 postes à pourvoir au début de l’année 2019. C’est 9000 de plus qu’au trimestre précédent ! Dans tous les secteurs, en TI, dans le transport, en restauration, en aéronautique ou en hôtellerie, les postes à pourvoir sont nombreux, et ils continueront à l’être alors que s’accéléreront les départs à la retraite.

Voilà une réalité qui pourrait avoir des conséquences néfastes : 53 % des entrepreneurs affirment que le manque d’employés qualifiés limiterait leurs investissements.

C’est donc un minimum de 60 000 immigrants que nous devrons accueillir chaque année d’ici 2022, pour pourvoir les postes vacants et accompagner une forte croissance économique. Les entreprises peuvent offrir du travail aux nouveaux arrivants immédiatement, nous avons mis en place les bons outils pour les intégrer et les régions sont prêtes à les accueillir.

Nous avons devant nous une possibilité unique.

Le Québec pourrait connaître un âge d’or économique inédit.

Pour y parvenir, nous aurons besoin de davantage de bras et de cerveaux. Devant pareille occasion, hausser significativement les seuils d’immigration constitue un acte de nationalisme économique.

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25 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 19 août 2019 08 h 23

    Les demi-vérités de l’immigration

    Le chômage global au Québec et celui des immigrants a encore 6 point de différence. La hausse de salaire de 4,8% ne compense pas pour l’inflation et le coût de vivre dans le Montréal métropolitain. En fait, le pouvoir d’achat de la classe moyenne s’est amoindri et est en baisse. Désolé, mais c’est comme ça.

    Oui, il a plus de 120 000 postes à pourvoir cette année, mais la grande majorité se retrouve au salaire minimum et où la dignité socioéconomique est absente et inexistante. Pour le reste, ceux techniques, c’est parce que le Québec tarde à mettre à jour ses méthodes de production et il carbure encore à la 2e révolution industrielle alors que nous entamons la 4e.

    Ceci dit, il y a une récession qui devient de plus en plus visible dans notre quotidien. On pourra peut-être encore s’en sauver pour un an, mais lorsqu’elle frappera, le Québec retournera à ses taux de 9 ou 10% de chômage. Et là, il aura à composer avec toute cette main-d’œuvre non qualifiée qui sera sur l’aide sociale et la chambre de commerce s’en lavera les mains. Bravo les champions.

    L’âge d’or du Québec ne passe pas par une immigration massive, en fait c’est tout le contraire. Les pays qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont les pays avec un faible taux de population. On vante les pays scandinaves et pourtant aucun n’est plus populeux que le Québec. Que dire de la Suisse? Désolé, les cerveaux ne viendront pas au Québec et le projet d’intelligence artificielle avec Yoshua Bengio est une anomalie. Il est un de seul à ne pas partir vers des horizons technologiques plus verts. Et sans lui, le secteur de l’intelligence artificielle n’existe pas au Québec, apprentissage profond oblige.

    On commence seulement à comprendre où nous a menée notre politique libérale de l'immigration. Nous nous sommes rendu compte que la chose nommée société multiculturelle n'existe pas. Et la seule raison qu’on parle d’immigration maintenant, c’est pour que les riches deviennent encore plus riches. Misère.

    • Marc Pelletier - Abonné 19 août 2019 11 h 20

      Plus négatif que ça, tu meurs !

      Misère de misère !

  • Marc Pelletier - Abonné 19 août 2019 09 h 27

    Excellent article !

    M. Michel Leblanc, je crois que tous les faits que vous relevez de notre situation dans le Québec d'aujourd'hui sont incontestables et tout à fait précis : merci de remettre les pendules à l'heure !

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 19 août 2019 10 h 10

    Sérieux?

    On dirait un pitch de vente savamment conçu par une équipe de marketing chevronnée. En effet, tout est tellement beau présentement au Québec et on nous annonce que ce sera encore plus beau dans l’avenir. Mais attention, pour cela, il faut faire venir beaucoup, beaucoup d’immigrants car ce sont nos sauveurs, ceux qui sont en mesure de nous garantir cet avenir merveilleux, sinon le Québec pourrait fort bien passer à côté d’une super occasion. Parce que les récessions, ça n’existe plus, tout est beau et restera beau. Faut rester positif! Chanceux comme nous sommes, jamais les lunettes roses ne deviendront noires.

    Je me demande comment on peut écrire un texte pareil, le faire publier dans Le Devoir et se prendre au sérieux…

  • Léonce Naud - Abonné 19 août 2019 10 h 23

    Immigration : l’amertume d’Ammien Marcellin, historien romain

    À l’heure où les migrations font débat, il n’est pas sans intérêt de lire l’extrait suivant d’un article de Michel De Jaeghere, journaliste au Figaro et auteur d'un livre remarquable : « Les Derniers jours – La fin de l’empire romain d’Occident ». On y découvre toute l’amertume d’Ammien Marcellin, l'un des derniers grands historiens romains (330-395).

    « Lorsqu'en 376, chassés de leur royaume par l'irruption des Huns, les Goths se présentent en masse sur les rives du Danube pour demander asile en suppliants, l'empereur Valens ne croit donc pas devoir fournir l'effort militaire exceptionnel qui serait nécessaire pour refuser à leur peuple l'accès au territoire romain. Il organise au contraire leur transfert, escomptant qu'ils lui procureront un réservoir de main-d'œuvre et surtout, de soldats aguerris pour étoffer les rangs de ses légions.

    « La traversée n'est pas facile. Elle va se faire dans la plus grande confusion. Des pluies continuelles ont prodigieusement élargi le cours du fleuve. Une foule de bateaux, de radeaux, de troncs d'arbres creusés passent et repassent le Danube. Des milliers de guerriers barbares, escortés de leurs femmes, leurs enfants, leurs esclaves, entrent sans coup férir dans l'Empire, tandis que les rives du fleuve se transforment en un immense camp de réfugiés où les migrants sont la proie des violences, des chantages et des exactions.

    « Jour et nuit, de nouveaux arrivants se présentent : la nouvelle s'est répandue que la frontière de l'Empire est ouverte. On s'y précipite pour profiter de l'aubaine. « Et un soin diligent, note avec amertume Ammien Marcellin, était déployé pour ne pas abandonner à l'arrière un seul de ces hommes destinés à renverser la puissance romaine ».

  • Bernard Dupuis - Abonné 19 août 2019 11 h 17

    Une démonstration étonnante

    Je ne suis pas un spécialiste de l’économie et du marché comme M. Leblanc, mais son texte contient tellement de contradictions que j’ai peine à comprendre sa démonstration.

    Il parle de salaires qui auraient crû de 5% depuis février. Mais, d’où provient ce chiffre soudain? Je ne connais aucun économiste, aucun organe d’information qui a fait état de pareils progrès dans l’échelle salariale. Dernièrement, personne autour de moi n’a touché un tel pactole.

    Il apporte l’argument de l’affranchissement de la péréquation. Toutefois, M. Legault vient de se livrer pieds et poings liés au Canada anglais en souhaitant le maintien de la péréquation telle quelle. Les canadianistes pourront continuer à utiliser la péréquation comme outil de chantage et d’humiliation des Québécois comme certains utilisent l’aide sociale comme outil d’humiliation et de chantage envers le bénéficiaire.

    Il est fier de voir les finances publiques en ordre, mais il ne se préoccupe pas le moins du monde de l’état de détérioration épouvantable des services publics comme les écoles et les hôpitaux, l’agriculture, le tourisme et le transport, etc.

    Il mentionne que le ministre de l’Éducation veut un meilleur arrimage entre la formation et le marché du travail. Pourtant ce même ministre soutient un système d’éducation à deux vitesses. L’école privée favorise-t-elle la formation dans les domaines du transport, de la restauration, de l’aéronautique ou de l’hôtellerie où les postes vacants sont nombreux? Pas du tout. L’école privée, toujours en expansion au Québec, forme une certaine élite qui n’a rien à voir avec de la main-d’œuvre.

    Enfin, M. Leblanc utilise la tarte à la crème du nationalisme économique. Il y a là une duplicité évidente, car pour qui connaît la Chambre de commerce de Montréal le nationalisme fut souvent diabolisé. N’eût été la loi 101, la Chambre de commerce de Montréal porterait encore un nom anglophone.

    En réalité, M. Leblanc s’imagine que pour combler les besoins en main

    • Bernard Dupuis - Abonné 19 août 2019 11 h 20

      Une démonstration étonnante (suite et fin)

      En réalité, M. Leblanc s’imagine que pour combler les besoins en main d’œuvre du Québec il faudrait recourir à l’immigration à tout prix, peu importe les conséquences sur notre société. L’économiste Pierre Fortin affirme qu’aucune étude scientifique ne peut confirmer que l’immigration a une influence positive ou négative sur l’économie du Québec. Car, si l’immigration peut combler des besoins en main-d’œuvre, elle exige des dépenses en santé, en éducation et en aide sociale.

      Bernard Dupuis, 19/08/2019

    • Marc Pelletier - Abonné 19 août 2019 15 h 22

      M. Dupuis,

      Je conviens avec vous que le 5 % d'augmentation de salaire semble élevé, mais je crois que le niveau exceptionnellement bas du taux de chômage et le besoin de main d'oeuvre dans tous les secteurs d'activité entraînent dans leur sillage une hausse des salaires, la compétition aidant .

      Les autres points couverts par M. Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de Commerce de Montréal métropolitain, tels : le PIB, taux de chômage, chantiers à Montréal, port de Montréal, les finances en ordre, Investissement Québec, arrimage au milieu du travail, les besoins en immigration et les120,000 postes à pourvoir au Québec , tiennent la route et m' apparaissent comme des faits connus de tous.

      Dites-moi seulement qu'elle solution vous envisagez pour combler, ne serais que la moitié des 120,000 postes à pourvoir, et je percevrai peut-être votre commentaire comme n'étant pas uniquement biaisé par votre idéologie politique .

      De plus vous serez sans doute d'accord avec le fait que les 13 milliards qui revient au Québec par la péréquation ne peuvent se remplacer par un coup de baguette magique.

    • Bernard Dupuis - Abonné 20 août 2019 10 h 34

      Pas facile d'être responsable!

      Pour ce qui est des 120 000 postes, ça impressionne, c’est un grand nombre. Toutefois, il ne faudrait pas se fier uniquement aux autres pour parvenir à les combler. Il va falloir prendre nos responsabilités. Perpétuer un système d’éducation à deux vitesses dont une composante forme une élite qui n’aura pas nécessairement les compétences pour pourvoir les nombreux postes vacants. Il est évident que l’école privée draine de plus en plus d’élèves qui ne deviendront jamais des techniciens, des travailleurs et travailleuses d’usine, de la restauration et de l’hôtellerie.

      Prendre nos responsabilités s’applique aussi au système de la péréquation canadienne. Si l'on se fie au discours de Kevin Kenny et aux journaux du Canada hors Québec, ce système est devenu une manière de faire chanter les Québécois et de les culpabiliser de ne pas se soumettre aux désidératas canadianistes. De plus, c’est devenu un prétexte pour Ottawa de faire des investissements considérables dans le développement de l’industrie automobile ontarienne et dans le rapatriement des employés du gouvernement en Ontario. Ces fonctionnaires gagnent plus de 100 000 dollars par année. Imaginé ce que ces milliers de fonctionnaires apportent à l’économie ontarienne.

      Le 13 milliards de péréquations n’est que de la poudre aux yeux. Ce 13 milliards provient des taxes et des impôts payés par tous les Canadiens y compris les Québécois qui représentent 23 % de la population. En tout, les Québécois fournissent près de 50 milliards de dollars au gouvernement d’Ottawa. S’ils étaient moins craintifs et osaient prendre leurs propres responsabilités, ils seraient capables d’administrer eux-mêmes de 50 milliards plutôt que de laisser aux autres le soin de s’en occuper.

      Je reste convaincu que ces solutions simplistes comme profiter de l’immigration et de la péréquation sont le reflet d’un certain trait plus sombre des Québécois : la peur de prendre ses responsabilités.

    • Marc Pelletier - Abonné 20 août 2019 11 h 21

      1- École à deux vitesses : à mon avis, aussi longtemps que l'école publique n'aura pas atteint un niveau de qualité acceptable, le Québec ne pourra prendre le risque de se départir du privé. Ce n'est pas demain la veille !

      2- La péréquation : là aussi, je crois " qu'un tient vaut mieux que deux tu l'auras " !
      Malheureusement pour vous, l'indépendance du Québec ne me semble pas faire partie présentement des priorités des Québécois.

    • Bernard Dupuis - Abonné 20 août 2019 13 h 13

      Si l’école privée ne forme pas la main-d’œuvre dont nous avons besoin, à quoi sert-elle alors? Elle n’a pas tant de qualités acceptables que cela.

      Ce n’est pas parce que la question de l’indépendance ne fait pas partie des priorités de la majorité qu’on peut se permettre de l’enterrer et de ne plus en parler. Ce n’est pas malheureux pour moi qu’on ne s’en préoccupe pas. C’est malheureux pour le Québec lui-même. En tous les cas, vous ne pourrez pas compter sur moi pour en être le fossoyeur. Je laisse cela aux irresponsables.