Hong Kong, le repoussoir chinois

Des manifestants contre la nouvelle politique d'extradition marchant non loin du centre-ville de Hong Kong, le 7 juillet dernier.
Photo: Kin Cheung Associated Press Des manifestants contre la nouvelle politique d'extradition marchant non loin du centre-ville de Hong Kong, le 7 juillet dernier.

En 2014, la révolution des parapluies avait choisi un lieu symbolique pour ses manifestations : Central District, le quartier des affaires de Hong Kong, haut lieu de la finance internationale. Beaucoup plus importante, la nouvelle vague de contestation s’est vite étendue à toute la ville. Pour comprendre pourquoi elle déstabilise tant Beijing, une optique géopolitique s’impose.

La métropole économique du nouvel Empire du Milieu est située à Shanghaï, tandis que la capitale politique et le centre nerveux du Parti résident toujours à Beijing. Cela n’empêche pas Hong Kong de jouer un rôle stratégique, car il jouxte Shenzhen.

Cette ville-champignon est en effet l’indice le plus patent d’une révolution industrielle réalisée sur une échelle difficile à imaginer pour nous, Occidentaux. Simple village de pêcheur en 1945, Shenzhen est devenue, en trois générations à peine, une trépidante mégapole de 13 millions d’habitants. Autrement dit, sa population a été multipliée par environ 7000 en trois quarts de siècle ! Comment est-ce possible ? Durant les quarante dernières années, sa croissance économique, tirée par la locomotive hongkongaise, a avoisiné en moyenne 26 % par année, et la population a suivi… Comme les autres zones économiques spéciales créées en 1979, Shenzhen fut, durant ces années d’ouverture, l’une des portes d’entrée du capitalisme dans l’Empire du Milieu. Lors de la politique des « quatre modernisations » (1978) lancée par Deng Xiaoping peu après son accession au pouvoir, elle servit de zone tampon entre les économies développées et le capitalisme expérimental de la Chine continentale. Maintenant que le système économique occidental est solidement implanté dans la Chine entière, Shenzhen est devenue l’une de ses principales vitrines technologiques, une métropole du futur.

Située au sud du Guangdong, une province de plus de 110 millions d’habitants entourant la capitale Guǎngzhōu (Canton), l’ancienne colonie britannique forme à présent, avec Shenzhen, un duopole qui constitue l’un des principaux moteurs économiques et financiers du pays. Ancré dans le delta de la rivière des Perles, le Guangdong est à la fois la plus peuplée et la plus riche des provinces de la Chine : elle totalise, à elle seule, près de 12 % de toutes ses exportations.

Aux yeux des autorités de Beijing, c’est ce « miracle de Shenzhen » que met en péril la révolte hongkongaise. Taïwan et Hong Kong, ces îlots de liberté dans une mer servile, manifestent en effet une indépendance politique difficilement admissible dans la Chine actuelle. Le Tibet, on le sait, est en ce moment noyé démographiquement par une politique de sinisation forcée, une normalisation coloniale qu’a accélérée la jonction ferroviaire de la ligne Qing-Zang (2006), à laquelle ont contribué les firmes occidentales, comme Bombardier, qui a fourni les voitures conçues pour la haute altitude. De même, Taïwan et Hong Kong doivent à terme intégrer le giron de la nouvelle puissance mondiale. C’est pourquoi Xi Jinping, depuis son accession au pouvoir en 2012, a imposé un virage autoritaire qui colle parfaitement à cette résurrection des ambitions impériales. En effet, l’éclatante réussite économique chinoise s’accompagne d’abord de la mainmise complète du Parti sur la vie politique, grâce entre autres au Great Firewall numérique, mais aussi à une cybersurveillance généralisée, liée au SCS, le Social Credit System.

Cependant, on a tendance à l’oublier, elle repose aussi sur un système concentrationnaire, les laogais, ces camps de réforme (gaizao) par le travail (laodong), qui ont pris, dès les années 1930, le relais de l’archipel du goulag soviétique. Bien qu’il ait changé depuis, ce lieu d’internement des opposants politiques, espace de privation complète, constitue un réservoir de travailleurs, abondant et gratuit, largement mis à profit par le régime. D’ailleurs, la ligne Qing-Zang a sans doute été construite par la main-d’oeuvre captive provenant des nombreux camps de la région tibétaine.

À ces laogais, il faut ajouter les laojiaos, des prisons plus clémentes oeuvrant à la rééducation idéologique. La Laogai Research Foundation, une ONG basée à Washington, estime à environ cinq millions le nombre de personnes actuellement internées dans les quelque 1000 laogais et 300 laojiaos qui constellent le territoire chinois. Or, autant Shenzhen illustre avec éclat le miracle chinois, autant Hong Kong, sa contrepartie, constitue le repoussoir parfait de son doublet, l’asservissement au Parti unique. Miracle et avers, ou les deux faces d’une médaille unique, blason de la grande République populaire de Chine…

Jusqu’à présent, Beijing avait utilisé divers procédés plus ou moins directs pour mettre discrètement au pas l’ancienne concession britannique : politique de sinisation grâce aux quelque 60 000 immigrants annuels, mise en place de gouvernements inféodés, comme celui de Mme Lam, actuelle chef de l’exécutif, ainsi de suite. Mais elles ne suffisaient plus, comme le montre l’adoption de la nouvelle politique d’extradition, qui a mis le feu aux poudres.

Jusqu’où ira Beijing ? Comment se terminera cette épreuve de force ? Nul ne peut le dire avec certitude. Mais la valeureuse résistance hongkongaise constitue un révélateur de premier ordre, car ce laboratoire politique fait entrevoir un nouveau monde, qui émerge présentement sous nos yeux.

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10 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 19 août 2019 07 h 03

    J'ai bien apprécié votre mise en contexte de la dynamique interne qui, il ne faut pas l’oublier, se déploie avec des forces antinomiques.

    D’une part des assises capitalistes à Taïwan et Hong Kong, un virage pro-capitaliste du Parti communiste depuis bientôt plus de quarante ans, la montée en flèche de Shanghaï comme centre de l’économie de la Chine.

    Ce centre a des ramifications internationales majeures et s’appuient sur une pléthore d’hommes et de femmes d’affaire avec des portes-feuilles plus que bien garnies qui rayonnent en Chine et ailleurs..

    Ces dirigeants d’entreprises ont accès à une main-d’œuvre asservie et sous contrôle militaire. À l’opposé, ce ne sont pas ces millions de personnes asservies qui manifestent et peuvent le faire, mais

    Comme à Hong Kong, des gens, qui font partie d’une classe moyenne en émergence, constituent la force d’opposition., comme ce fut le cas dans l’ex-URSS dans les années 1990.

    Les dirigeants communistes à Beijing, à l’évidence, cherchent à mettre au pas les manifestants actuels par crainte d’une irradiation à l’interne, passant par Shenzhen et les environs de Shanghaï.

    Pour eux, le pouvoir, qui s’ouvrit au capital, doit demeurer sous leur contrôle alors que cette ouverture a ouvert la voie à l‘explosion d’une classe moyenne et, avec elle, à des revendications pour assurer leur mieux vivre.

    À Taïwan comme à Hong Kong, ces revendications s’expriment en valorisant l’alternative au communiste des années 1970, qui est une ouverture à la démocratie. C’est ce nouveau monde qui est l’enjeu du conflit qui émerge et n’a pas fini d’émerger.

    Il suffirait de quelques autres lieux en ébullition pour que s’exprime une contestation venant des nouveaux riches, car la répression signifiera pour eux des pertes de pouvoir, qui peuvent s’exprimer aussi à l’extérieur de la Chine.

    • Claude Bariteau - Abonné 20 août 2019 07 h 25

      M. Fortin cible Hong Kong dans son texte.

      Je pense qu'il faut aussi prendre en compte Taïwan et Shanghaï. Ce sont trois zones économiques puissantes qui servent de relais au capitalistes locaux et internationaux que la direction de la Chine entend ramener à l'ordre pour revoir son alignement international.

      Cette direction a effectué un ménage anti-corruption au sein de l'armée et, sur le plan financier, s'est attaqué aux paradis fiscaux et aux compagnies offshores. Par ailleurs, il a créé l'Asian Infrastructure Investment Bank à laquelle se sont associés la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l'Allemagne. Cette AIIB joue sur le terrain du capital américain dans les pays émergents.

      Les États-Unis du président Trump ne voient pas d'un bon œil cette AIIB qui allie le capital chinois collectif et le capital européen pour jouer dans son arrière cours africaine et ailleurs. Ses blocages d'entrer de produits « chinois » et les copies utilisées sans paiement de droits ciblent les fonds chinois qui alimentent AIIB et, en même temps, font des pressions sur les « oligarches », qui se trouvent devant une double contrainte : baisse de revenu et pressurisation par la direction chinoise pour malversation.

      Il se peut, comme le signale M. Fortin, que des « oligarches »soient derrière les manifestants à Hong Kong. Il se peut aussi que les manifestants soient des membres d'une classe moyenne qui a émergé et qui se trouve coincée entre deux forces opposées. Cette classe est aussi émergente partout en Chine. La question est de savoir avec quel camp elle se battra.

      L'armée ayant été « décorrompue », on peut présumer qu'elle suivra la direction actuelle. Le président Xi Jinping en est certes conscient.

      Pourrait-il éliminer ou emprisonner une classe moyenne émergente qui conteste comme il a été en mesure de mettre au pas des dirigeants militaires et des capitalistes corrompus alors qu'en Chine cette classe en émergence réactivera son économie interne ?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 août 2019 09 h 00

    Nuance

    Je ne prendrais pas à la lettre ce qu’affirme une ONG américaine quant à l’ampleur des internements en Chine.

    Oui, ces camps existent. Mais on doit se rappeler que deux millions de personnes sont incarcérés aux Etats-Unis, un pays quatre fois moins peuplé que la Chine.

    De plus, quand Washington n’hésite pas à séparer des mères migrantes de leurs enfants et à priver ces derniers des soins les plus élémentaires au point que certains meurent de soif (une fin particulièrement cruelle), on ne fait plus la distinction entre un régime totalitaire et un régime ‘démocratique’ qui s’est engagé depuis quelques années sur la même pente glissante que l’Allemagne des années 1930.

    Bref, je suis d’accord avec la grande majorité des affirmations de M. Simard, mais je crois opportun de nuancer ses propos.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 août 2019 09 h 45

      SVP M. Martel, les faits.

      Ne pas comparer les États-Unis à la Chine. Les camps de rééducation ou d'internement en Chine vont dans la même lignée que ceux que le monde a connue en Allemagne et en Union soviétique. Il n'y en a aucun aux USA. Mao Zedong a fait assassiner au moins 50 millions d'opposants à son régime. Les nazis jouaient dans les ligues mineures si on les compare aux Chinois. Les États-Unis sont le 3e pays le populeux de la Terre et la Chine vient en second.

      Séparer les mères des enfants, même si cette situation est affreuse, a toujours été une pratiquante courante aux USA pour l'immigration illégale comme partout ailleurs dans le monde. Les gouvernements d’Obama l’ont fait. Mais de comparer un camp où les illégaux sont basés temporairement à un camp de concentration, il y a toujours une limite au point Godwin.

      La Chine est une dictature avec un président qui s’est nommé à vie. Tout le monde est surveillé 24 heures sur 24. Avec la reconnaissance faciale et les systèmes informatiques, chaque citoyen reçoit un pointage résultant de ses actions bonnes ou moins bonnes selon les lignes du régime totalitaire. Durant les Olympiques, aucune information des journalistes étrangers sortait à moins d’avoir été vérifiée et aseptisée par les autorités chinoises. La Chine n’envahit pas les pays de façon traditionnelle, elle le fait par le biais d’une compétition économique biaisée avec son milliard d’esclaves/travailleurs. Elle détruit les classes moyennes des pays occidentaux pour accentuer le décalage entre les riches et les pauvres et bonjour confrontations sociales. En Afrique, elle s’accapare de toutes les richesses naturelles et laisse les pays dans des guerres civiles interminables.

      En fait, elle veut devenir une dictature mondiale et elle est bien partie pour le devenir.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 août 2019 13 h 38

      Il manque au texte de M. Simard le rôle des oligarques de Hong Kong qui contrôlent le marché de l'immombilier et l'économie depuis l'établissement de la colonie en 1841 et qui voient leur influence décliner. Il serait étonnant qu'ils ne soient pas concernés par la situation actuelle qui, d'une manière ou d'une autre, ne peut que nuire à leurs affaires.

      Les Britanniques désiraient que leurs colonies soient indépendantes économiquement, forçant ainsi le gouvernement à profiter des rares terres de Hong Kong et Kwoloon en vendant aux enchères le droit de les louer pour des baux à long terme (75 ans ou plus). Les oligarques du secteur de l'aménagement du territoire (les sept principales sociétés de développement foncier) ont su profiter de l'occasion pour en tirer un énorme profit en contrôlant le développement de nombreux secteurs industriels : télécommunications, transports, énergie, médias, centres commerciaux, chaînes de restaurants ... Il va sans dire que ces oligarques se sont aussi mêlés de la politique hongkongaise, seraient-ils aujourd'hui indifférents à toute cette agitation ?

      De plus, il faut considérer l'importance déclinante de l'économie de Hong Kong dans l'ensemble chinois. Alors que la part de Hong Kong représentait 27% du PIB de la Chine en 1993, cette contribution n'était plus de que de 2,9% en 2017, ce qui n'est pas pour rassurer les oligarques qui ont toujours eu une influence énorme dans le gouvernement de Hong Kong. Il serait surprenant qu'ils se désintéressent de la situation politique et de l'agitation actuelle qui menacent leur ville et leurs intérêts.

      Les oligarques jouent-ils un rôle dans les émeutes de Hong Kong et, si oui, lequel ?
      __________________
      Suggesion de lecture : le livre d'Alice Poon : Le terrain et la classe dirigeante à Hong Kong.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 août 2019 14 h 08

      Monsieur Dionne,

      Si je n’avais pas visité la Chine à deux reprises, je croirais, comme vous, tout le mal qu’en dit la propagande occidentale. Cette propagande est en partie vraie. Mais il s’agit d’une grossière exagération.

      Oui la Chine épie ses citoyens. Comme les États-Unis épient la planète toute entière, si je me fie aux révélations d’Edward Snowden.

      Il vous suffirait de lire les compte-rendus quotidiens que j’ai publiés sur l’internet au cours de ces voyages pour voir que je me suis aventuré dans des endroits où les touristes ne vont jamais. Et je l’ai fait sans jamais être suivi.

      De plus, j’ai publié de là-bas mes compte-rendus sans que jamais l’État y change une virgule ou en bloque la publication.

      Je suis absolument certain que tous mes messages ont été lus par des espions chinois. Sauf que la Chine n’a pas suffisamment d’espions qui comprennent le français.

      Mais croyez-moi, les Etats-Unis ont tout ce qui leur faut pour espionner nos entreprises et leur livrer la guerre économique qu’elle leur livre déjà.

      Je vous invite à écouter les entrevues sur Youtube que l’ex-ministre Montebourg et l’ex-cadre Pierucci donnaient récemment sur la chaîne Thinkerview pour vous en convaincre :
      https://m.youtube.com/channel/UCQgWpmt02UtJkyO32HGUASQ

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 août 2019 14 h 17

      Ajout à ma réponse précédente :

      Puisque vous croyez dur comme fer que nous vivons, en Occident, dans un monde où l’information circule librement, je vais vous lancer un défi.

      Trouvez-moi l’hyperlien qui conduit à la décision du juge Anthony Dudley, ordonnant la libération du pétrolier iranien Grace One à Gibraltar.

      Pas le texte d’un journaliste ou le texte d’une dépêche d’agence de presse : le texte exact du jugement lui-même.

      Bonne chance !

    • Pierre Fortin - Abonné 19 août 2019 17 h 15

      Monsieur Dionne,

      Puisque vous faites allusion aux systèmes carcéraux chinois et US en insistant « Ne pas comparer les États-Unis à la Chine », et comme M. Martel vous invite à écouter l'entrevue de Frédéric Pierucci, je vous suggère aussi le livre " Le piège américain " qu'il a écrit après avoir connu de l'intérieur cette entreprise privée à but lucratif qu'est le système pénitentiaire US.

      Le XIIIe amendement à la Constitution des États-Unis a aboli l'esclavage et la servitude involontaire aux États-Unis, sauf en cas de punition pour un crime. Les conditions de détention que M. Pierucci a vécues en prison illustrent à la perfection l'exception au XIIIe amendement pour ce qui concernent le statut de prisonnier.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 août 2019 19 h 18

      M. Martel, j'ai bien aimé votre réponse. Mais c'est le 27% du PIB en 1993 et le 2,7% en 2017 que j'ai retenu de Hong Kong. La Chine va l'écraser militairement. Ils ne veulent pas de démocratie en territoire chinois. Pour les oligarques de Hong Kong, on s’en fout, mais pour la population en générale, ce n’est pas la même paire de manches.

      Pour le « Et je l’ai fait sans jamais être suivi », vous les sous-estimez. Croyez-moi, vous avez été suivi et ils savaient exactement ce que vous faisiez là-bas. S'ils n'ont pas changer une virgule de vos textes ou courriels, c'est que vous ne représentiez pas une menace pour eux.

      @ Pierre Fortin

      Même les pires prisons aux États-Unis ne sont rien à comparer de celles qu’on retrouve en Chine. La Chine est une dictature et les gens disparaissent à tous les jours lorsque le comité central vous voit comme une menace. Et vous savez ce que je veux dire par disparaître en Chine.

    • Pierre Fortin - Abonné 20 août 2019 11 h 34

      Monsieur Dionne,

      J'ai comme philosophie de me faire ma propre idée des réalités de ce monde en multipliant les sources d'information qui sont disponibles. Ne me demandez pas ce qu'est la Chine ou si elle représente une menace pour le reste du monde. Je sais toutefois qu'il est illusoire d'espérer qu'une civilisation aussi différente de la nôtre, plusieurs fois millénaires et comptant 1,4 milliard de personnes se plie à nos critères de démocratie que nous ne savons pas nous-mêmes appliquer chez nous. Croyez-vous vraiment que nos élus dirigent le pays dans l'intérêt et selon la volonté de la population, qui n'équivaut qu'à celle de la ville de Shangaï, ainsi qu'avec son consentement éclairé ?

      Justin Trudeau a beau se déguiser en preux chevalier et donner des leçons de droits de l'homme à Xi Jinping, il ne convaincra personne que la démocratie occidentale doive être imposée à une civilisation qui en a vu d'autres en matière d'invasion étrangère et qui vit dans le temps long plutôt que dans l'instantanéité médiatique. On peut considérer à cet égard que la rétrocession de Hong Kong n'est que le dernier règlement des dommages des deux guerres de l'opium. La Chine est ce qu'elle est et ce n'est pas la volonté US de la mettre à sa botte qui changera les choses. Il n'y a que par la diplomatie — que nous avons inconsidérément mise au rancart — que les espoirs de bon voisinage auront une chance de se concrétiser.

      La Chine a publié récemment sa politique en matière de défense nationale. Le site habituellement sérieux New Eastern Outlook a publié il y a peu un article sur la question. Si ça vous intéresse : « To the Release of the New Chinese Defense Concept » ( https://journal-neo.org/2019/08/06/to-the-release-of-the-new-chinese-defense-concept/ )

      Bonne journée Monsieur Dionne.