La jeunesse comme projet de société

Un bureau de vote lors de la campagne fédérale de 2015
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Un bureau de vote lors de la campagne fédérale de 2015

La campagne officielle pour les prochaines élections fédérales sera lancée dans quelques semaines. Historiquement en déclin, la participation des jeunes a rebondi en 2015. Animée massivement par les enjeux de lutte contre les changements climatiques et de démocratie participative la jeunesse canadienne s’était plus mobilisée. Ces enjeux ayant pris encore davantage d’importance, la classe politique n’y ayant pas encore répondu adéquatement et le cynisme envers les personnalités politiques augmentant, il est malheureusement probable que le taux de participation des jeunes soit de nouveau en berne. Néanmoins, les nouvelles générations estiment que voter n’est pas l’unique façon pour avoir de l’influence et mener une citoyenneté active.

Les enjeux jeunesse ne doivent donc pas être réduits à la question du vote, les jeunes ne sont pas une simple part de marché pour les partis politiques.

Plus que la participation aux élections, c’est davantage le questionnement autour de la construction d’une jeunesse citoyenne, autonome et qualifiée qui est primordiale. Les jeunes doivent être reconnus et respectés comme des citoyens à part entière. Leur autonomie doit être assurée. Leurs droits étendus, défendus et renforcés !

Brisons d’abord les préjugés tenaces. On définit souvent la jeune génération comme consumériste et égoïste. De nombreux exemples autour de nous démontrent le contraire.

Pensons à l’émergence de figures jeunes, mondialement connues, s’impliquant activement pour le bien commun et l’utilité collective. Pensons notamment à Greta Thunberg, jeune activiste écologiste, Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix et militante pour l’accès à l’éducation, Emma González, survivante de la tuerie de Parkland et qui lutte maintenant pour le contrôle des armes à feu aux États-Unis ainsi qu’à tous les autres qui, au quotidien, agissent dans nos communautés afin de comprendre et transformer nos territoires pour plus de dignité, de justice et d’équité.

Un nouveau pacte

Il faut alors se donner les moyens d’accompagner cette citoyenneté active et plurielle. Permettre l’émancipation de notre jeunesse, c’est donner la possibilité à tous de faire des choix éclairés. La citoyenneté démocratique impliquant une réflexion sur l’égalité et la justice, elle fait appel également à des compétences délibératives, critiques et collectives. Il est impératif que ce temps de formation ne soit plus le privilège de quelques-uns, mais une étape essentielle dans le parcours de chaque citoyen. Ainsi, chacun doit avoir les moyens d’affirmer « Ma voix compte ».

Il est donc aujourd’hui primordial de se donner collectivement les moyens de bâtir un nouveau pacte social, un nouveau projet de société, entre nos jeunesses, la société civile, les institutions publiques, nos représentants politiques et les organismes communautaires. Nous nous devons de réinventer nos modèles pour nous assurer de la continuité et de la complémentarité des services et ainsi permettre à chaque jeune de se construire et de façonner la société de demain. C’est ainsi que les jeunes s’intéressent à la chose publique.

Nous sommes persuadés que les équipes des carrefours jeunesse-emploi peuvent participer activement au déploiement de cette vision audacieuse et indispensable, car, collectivement, nous n’avons pas le droit de laisser un seul jeune sur le bord du chemin !

En campagne électorale, on emploie souvent l’expression « promesse ». Or, les seules promesses crédibles sont celles que l’on tient. Il faudra du temps, de la volonté et surtout des moyens. Mais nous devons être conscients qu’il s’agit d’un combat essentiel pour l’avenir même de notre société et de notre démocratie. Il s’agit du projet de société dont la jeunesse a besoin.

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5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 9 août 2019 08 h 32

    « L'individualisme est comme le vent qui anime un brasier, mais qui éteint une chandelle » Etienne Parent

    La génération des enfants rois, celle qui gagnait un trophée pour avoir participé même si on arrivait bon dernier, ne croit plus dans le système politique. Ah ! « ben ». Si au moins ils réaliseraient tous les sacrifices qui ont dû être fait pour arriver à un système démocratique basé sur les capacités d’une personne et non d’avoir été bien né comme un certain petit bambin appelé « Justin ».

    Il faudra un jour qu’ils comprennent que le monde n’a pas à transformer leur quotidien ou bien d’améliorer leurs conditions parce que personne ne le fera pour eux. S’ils ne participent pas, c’est eux qui sont les grands perdants. Ce n’est pas ce que la collectivité peut faire pour vous dans une démocratie basée sur l’égalité des chances et la liberté, mais bien ce que vous pouvez faire pour les autres. Mais lorsqu’on souffre de cette maladie qu’on appelle l’hyper-individualisme, c’est très difficile de voir plus loin que soi. Et c’est sur les épaules de ceux qui ont porté le combat, qu’on peut voir plus loin.

    Le respect se gagne et ne se donne pas. Tous ont les mêmes droits, on l’espère en tout cas, qui sont défendus et renforcés par les mesures mises en place. Et la liberté engendre toujours les responsabilités, un concept que les jeunes semblent occulter avec vigueur.

    SVP, ne pas mentionner Greta Thunberg et Malala Yousafzai dans la même phrase. La première représente justement ce concept individualiste de se faire voir au gré du gros bon sens sans sacrifice personnel. La deuxième est l’exemple typique de quelqu’un qui fait don de soi pour le bien de tous et surtout l’éducation des femmes dans les pays du tiers monde, vous savez, l’élément émancipateur qui est notre porte de salut pour un monde meilleur.

    Cette maladie qu’on appelle l’individualisme et qui est rampante chez les générations benjamines consiste à vouloir se déresponsabiliser des conséquences de ses actions et vouloir jouir de la liberté portée par le combat des autres sans payer aucun tribun personnel

  • Jacques Patenaude - Abonné 9 août 2019 09 h 10

    Le vote comme expression démocratique

    "Les enjeux jeunesse ne doivent donc pas être réduits à la question du vote, les jeunes ne sont pas une simple part de marché pour les partis politiques."

    Bien d'accord avec avec vous pour dire que lesactes démocratiques ne peuvent être réduits au vote. Cependant depuis quelque années l'appel à l'abstentionnisme comme expression politique n'a en rien servit la cause de la démocratie. Voter aux élections n'est qu'une des formes de l'expression démocratique mais c'est fondamental. Le dévaloriser comme certains commentateurs l'ont fait au cours des récentes années n'a fait que qu'affaiblir les positions de ceux qui ne votent pas. Le vote par son rôle dans le choix des dirigeants politiques qui nous gouvernent est un geste que l'on ne peut déconsidérer sans affaiblir la démocratie. Il serait temps que le rôle central du droit de vote en démocratie soit remis de l'avant particulièrement par les libertaires qui se définissent comme la nouvelle gauche.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 9 août 2019 09 h 37

    Commentaire très juste...

    ... mais qui va choquer tous les bien-pensants.

  • Gilles Bonin - Inscrit 9 août 2019 10 h 21

    Peut-être,

    mais ça vieillit vite la jeunesse - bien sûr une nouvelle génération pousse toujours et oh! surprise, elle prend souvent le contre-pied de celle évincée. Cela s'appelle la vie et doit englober TOUTES les générations

  • Bernard Dupuis - Abonné 9 août 2019 12 h 21

    Les nouveaux conformistes

    Il est clair que la jeunesse est perméable plus que jamais aux idéologies dominantes de notre époque. Au risque de me faire accuser de « socialisant », je serais d’avis qu’il n’y a plus de réflexions sur l’égalité et la justice, mais affirmation féroce de préoccupations individualistes.

    Il existe une valorisation du conformisme relativement aux idéologies à la mode. La jeunesse se conforme tout naturellement à l’écologisme, au véganisme, à l’idéologie LGBTQ, au néo-féminisme, au franglais, etc. Certains m’objecterons que ces idéologies sont tout de même en contradiction avec certains dogmes conservateurs encore assez vivaces. C’est vrai, mais peut-on véritablement parler de projet de société ou de conformisme à l'égard nouvelles tendances?

    Il n’y a plus de réflexion collective relativement à l’avenir de notre société. Par exemple, d’ici vingt-cinq ans la terre continuera de tourner, mais qu’en sera-t-il du Québec? La société québécoise sera-t-elle totalement soumise au nationalisme canadien? Et la langue française aura-t-elle laissé la place à cette nouvelle langue que la jeunesse appelle le néo-joual, mais que j’appellerais plutôt le « Canada french » du futur. La jeunesse a tourné le dos à ce genre de questions que l’individualisme aurait réglées selon elle.

    Bernard Dupuis, 09/08/2019