Médicaments génériques: lorsque des résultats ébranlent le statu quo

Il y aurait peu de chances que le statut socioéconomique explique l’augmentation des hospitalisations chez les patients qui sont passés aux médicaments génériques par rapport à ceux qui prennent toujours l’original.
Photo: Getty Images Il y aurait peu de chances que le statut socioéconomique explique l’augmentation des hospitalisations chez les patients qui sont passés aux médicaments génériques par rapport à ceux qui prennent toujours l’original.

Le samedi 3 août paraissait dans Le Devoir un article présentant les résultats de nos recherches : chez plus de 500 000 Québécois traités pour des maladies cardiovasculaires et assurés par le régime public d’assurance médicaments, l’utilisation de médicaments génériques est associée à une augmentation de 8 à 20 % des consultations à l’urgence et des hospitalisations.

En réaction, le 6 août paraissait un article d’opinion soulevant de nombreuses (et pertinentes) questions quant aux résultats présentés. En ce sens, il est important de clarifier certains points pour la population concernée par l’utilisation des médicaments génériques.

Est-ce que tous les patients qui prennent les médicaments génériques sont moins nantis que ceux qui prennent le médicament original ?

Non, ils ne le sont pas tous. Il faut savoir que, quelques mois après l’arrivée d’un médicament générique, 95 % de ceux qui utilisaient déjà le médicament original changeront celui-ci pour le générique, peu importe leur statut socioéconomique.

Est-ce que les différences observées pourraient être expliquées par le fait que les gens moins nantis qui sont passés aux génériques ont tendance à consulter plus souvent ?

Pas totalement. En lisant bien les articles publiés sur le sujet, on constate que l’augmentation des visites à l’hôpital est similaire chez les gens plus favorisés, moins favorisés et entre les deux. Il y aurait donc peu de chances que le statut socioéconomique explique l’augmentation des hospitalisations chez les patients qui sont passés aux médicaments génériques par rapport à ceux qui prennent toujours l’original.

Même chose pour ce qui est du niveau de sévérité de la maladie : l’augmentation des visites à l’hôpital à la suite d’un passage aux médicaments génériques a été observée tant au sein de la population plus malade qu’auprès de celle qui est moins malade.

Qu’est-ce qui explique, alors, cette augmentation des visites à l’hôpital des utilisateurs de génériques par rapport à ceux qui ont conservé les médicaments d’origine ?

Possiblement des différences entre les deux types de médicaments, notamment dans la proportion de l’ingrédient actif qui agit sur la circulation sanguine. Ces différences, induites par le fait que les ingrédients inactifs diffèrent entre les deux types de médicaments, sont jugées négligeables par plusieurs, faute de preuves suffisantes pour évaluer leur impact clinique. Nos résultats ébranlent ce statu quo.

Les études sont-elles parfaites ?

Non, comme toutes les études scientifiques d’ailleurs. Par contre, les chercheurs de ce milieu savent à quel point le processus de publication est exigeant, qui comprend une révision rigoureuse par les pairs. Nous répondons à des questions de recherche soulevées en clinique ou par des patients eux-mêmes. Évidemment, il faut toujours être prudents quant à l’interprétation des résultats d’une étude isolée ou de quelques études. Cela dit, devrait-on éviter de discuter publiquement de résultats de recherche « sensibles » comme ceux-ci ?

Les médicaments génériques sont-ils sûrs ?

Nos études soulèvent davantage la question de la substitution que celle de l’usage des génériques en tant que tel. Néanmoins, rappelons-nous qu’à pareille date l’été dernier, plusieurs millions de Canadiens (et citoyens de 21 autres pays) ont appris que leur antihypertenseur était contaminé par une impureté potentiellement cancérogène, et ce, depuis 2015. Ces antihypertenseurs étaient tous des génériques.

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8 commentaires
  • Jean-Henry Noël - Abonné 8 août 2019 08 h 59

    Les résultats

    SVP, Docteur, citez vos sources. Dans quels journaux scientifiques vous avez publié vos résultats ? Nature, PNAS, PLos ... ? Alors nous pourrions discuter.

  • François Beaulé - Abonné 8 août 2019 09 h 46

    D'autres questions

    L'étude en question a-t-elle comparé le nombre de consultations à l'urgence et le nombre d'hospitalisations des gens qui prenaient le médicament générique dès le début ou seulement ceux qui sont passés du médicament d'origine au générique ?

    Si l'augmentation de ces nombres est mesurée seulement dans le 2e cas, le médicament générique n'est pas problématique en soi.

    Et que se passe-t-il après la consultation ou l'hospitalisation ? Le patient doit-il revenir au médicament d'origine pour régler son problème ou peut-il continuer avec le médicament générique ?

    Dans son dernier paragraphe Mme Jacinthe Leclerc écrit: « Nos études soulèvent davantage la question de la substitution que celle de l’usage des génériques en tant que tel ». Davantage la substitution... ou exclusivement ?
    Le rappel qu'elle fait par la suite indique un " a priori " de sa part qui n'a pas sa place dans une étude scientifique.

  • Monique Bisson - Abonné 8 août 2019 09 h 55

    Persévérance et longueur de temps

    Madame Leclerc,

    Merci pour ces mises aux points des plus pertinentes au sujet des médicaments génériques. Toutefois, je me permets d’ajouter que le choix véritable n’existe pas quant à la prise de médicaments originaux du moins dans la réalité outaouaises. En effet, pour prendre le médicament original, le médecin doit inscrire un code obligatoire pour que vous n’ayez pas à payer votre médicament au complet et ce code nécessite des preuves tangibles pour que votre médecin l’inscrive dans votre dossier. De plus, lors de renouvellement sans voir le médecin, ce qui est de plus en plus fréquent, vous devez vous assurer que ce code est bel et bien inscrit.

    Puissiez-vous, Madame, poursuivre ces recherches indispensables pour la santé publique en général.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Marc-André Gagnon - Abonné 8 août 2019 13 h 28

    Les médicaments génériques sont-ils sûrs ?

    Je suis tout à fait en faveur d'ébranler le statu quo mais les critiques de l'article semblent tout à fait fondées.
    La réplique ci-haut met en évidence que le problème est la substitution, plus que le générique par rapport au médicament de marque. On pourrait ajouter qu'il existe un effet placebo/nocebo certain entre le générique et le médicament de marque (si on a deux pilules identiques mais une coûte 10 fois plus cher, le patient aura plus de bénéfices thérapeutique avec la pilule plus chère...). L'article comme celui ci-haut ne peut que contribuer à augmenter cet effet placebo/nocebo.
    Le dernier argument sur la sécurité des produits génériques est toutefois problématique puisqu'on mentionne que l'ingédient actif d'un antihypertenseur contenait des éléments cancérigènes dans les versions génériques. Toutefois, le médicament de marque contenait aussi des éléments cancérigènes: https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-06-18/fourth-carcinogen-discovered-in-heart-pills-used-by-millions
    Au final, l'article semble vouloir laisser planer un doute sur la qualité des génériques de manière générale mais je ne vois rien dans l'article publié qui permet de nourrir ce doute. Toutefois, il est vrai que la recherche sur la substitution n'est pas très développée et on gagnerait à explorer ces élémetns davantage pour mieux comprendre comment permettre de consommer de médicaments à meilleurs sans effets négatifs sur la population.
    Marc-André Gagnon, Gatineau

    • Jean-Henry Noël - Abonné 8 août 2019 20 h 02

      Article publié ? On ne publie des articles scientifiques que dans des journaux sciebtifiques. Le Devoir n'en est pas un, M. Gagnon.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 août 2019 16 h 57

    Mauvais odeur

    Ce texte semble dégager discrètement une odeur douteuse et intéressée.