Une première navette autonome au service de la sécurité alimentaire

Les navettes autonomes sont des minibus guidés par une intelligence artificielle.
Photo: Quartier de l’innovation Les navettes autonomes sont des minibus guidés par une intelligence artificielle.

Le Quartier de l’innovation de Montréal (Qi) et deux chercheurs du département d’Études urbaine de l’UQAM se sont réuni autour de la conception d’un projet unique de navette autonome sociale et alimentaire à Montréal. Les navettes autonomes sont des minibus guidés par une intelligence artificielle. Actuellement supervisé par un agent de bord, ces minibus pourrait se déplacer à terme sans assistance humaine directe. La navette autonome sociale et alimentaire qui sera implantée dans le quartier de la Petite Bourgogne à l’horizon 2020 a initialement pour objectif d’apporter des pistes de solutions dans le domaine de la mobilité pour aider à résoudre des problématiques alimentaires par l’accessibilité à la seule grande surface du quartier.

La démarche a débuté par une identification des sources d’alimentation, des besoins de mobilité et d’accès de certaines populations fragilisées, et des contraintes technologiques et sociales. Cette démarche a permis de bonifier l’élaboration de parcours potentiels par l’ajout de l’offre communautaire.

La visée sociale du projet est maintenant d’assurer à chacun l’accès à l’ensemble de l’offre alimentaire marchande et communautaire du quartier. Nous travaillons sur un parcours social qui permettrait aux habitants de « sécuriser » leur alimentation. On entend par là faciliter l’accès à l’épicerie, mais également permettre d’avoir un accès au soutien social, culturel et matériel des structures communautaires. Si s’alimenter peut simplement être associé à acheter des denrées, le consommateur doit détenir les capitaux culturels pour comprendre les apports nutritionnels des aliments, la manière de les conserver et de les préparer. Le parcours de la navette aiderait à terme à résorber la situation de désert alimentaire présente dans le quartier et permettrait à l’ensemble des habitants de se rendre à la douzaine d’actions communautaires présente dans la Petite Bourgogne. Certains organismes oeuvrent pour la connaissance des produits, la production d’agriculture urbaine, la distribution gratuite de repas et de denrées ou encore la tenue d’une épicerie solidaire. C’est l’ensemble de ces services que l’on souhaite relier par la navette.

Cependant, le passage par de grands axes achalandés, l’absence de cadre juridique dédié, la topographie et les conflits d’usages de la chaussée posent plusieurs défis à surmonter. Dans ce contexte nous travaillons pour élaborer des alternatives réalistes. Le Qi souhaite créer un impact positif sur les conditions de vie des résidents en utilisant la mobilité durable comme levier d’amélioration des conditions de vie. Le projet s’inscrit dans les réflexions de la ville de Montréal pour résoudre l’enjeu des déserts alimentaires, dans le travail de proximité des organismes communautaires et dans les orientations et actions de fondations. Par exemple, la Fondation du Grand Montréal oeuvre contre l’insécurité alimentaire à Montréal dans le cadre de son projet « Faim-zéro ».

Les expérimentations de navette autonome se multiplient à des fins d’expérience technologique sans réellement questionner la pertinence sociale d’un tel moyen de transport. Le Qi a engagé une collaboration avec deux chercheurs de l’UQAM pour tenter de faciliter l’accès à l’alimentation des 10,000 résidents du quartier dont 43% vivent sous le seuil de faible revenu (SFR). Jusqu’à aujourd’hui, les projets de navettes consistaient à déplacer des usagers sans nécessairement répondre à un enjeu social étudié et documenté pour y apporter une solution probante. Le succès, qui n’a pas toujours été au rendez-vous pour d’autres projets, repose en partie sur cette définition d’objectifs pour la communauté.

Nous croyons qu’il est pertinent d’utiliser les phases d’expérimentation technologique comme des laboratoires d’innovations qui répondent à des enjeux sociétaux dès leur conception. L’image que le public se formera à propos d’une nouvelle technologie est intimement liée aux premières applications de celle-ci. Des projets expérimentaux aux objectifs vagues peuvent nuire à l’acceptabilité et l’adoption subséquente par les utilisateurs, de même qu’au désir des gestionnaires de mettre en application cette technologie.

La force de la démarche entreprise par le Qi est d’acquérir une compréhension des enjeux individuels et communautaires qui servira à guider les acteurs privés dans la mise en place de l’expérimentation technologique. La consultation des organismes communautaires du quartier devrait, à terme, permettre de valider et bonifier le travail entrepris.

Une telle recherche a pour objectif d’inspirer les démarches d’innovation sociale mais aussi de favoriser dans d’autres lieux et contextes le développement de projet de navette socialement pertinente dès les phases de test.

Bien que les contraintes technologiques et juridiques actuelles limitent les capacités de la navette à optimiser les retombées d’un parcours, nous aspirons à éveiller l’intérêt des secteurs tant privé que public à travailler sur ces limites et à donner au projet de navette autonome sociale et communautaire la réelle portée sociétale dont elle est capable.

Les évolutions et la diversification que nous constatons ces dernières années dans le monde de l’accès à l’alimentation sont nombreuses : « panier bio » livré en point de chute, agriculture urbaine soutenue par la communauté, épicerie en ligne livré à domicile … et navette autonome sociale et communautaire. Il nous semble important de tenter de s’assurer que ces évolutions permettent de réellement améliorer la sécurité alimentaire de l’ensemble de la société.

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1 commentaire
  • Manuel H. Cisneros - Abonné 12 août 2019 14 h 23

    Travailler avec les citoyens et les organismes du quartier

    Bonjour,
    Cette initiative est intéressante. Il faut dire qu'il y a dans les différentes quartiers de Montréal des projets importants pour répondre à l'insécurité alimentaire, entre autres, des projets de création des marchés mobiles. Il y a deux enjeux importants : 1) de travailler avec les gens qui vivent le problème non seulement pour valider un projet mais pour les construire avec eux et 2) de travailler de façon étroite avec les organismes communautaires qui dans certains cas ont réussi à se doter d'un camion pour faire la collecte et distribution des aliments. (Le coût d'achat de ces camions sont aussi une difficulté importante). Il serait important de travailler avec eux sur les difficutés rencontrées et sur comment des projets technologiques pourraient faire une contribution dans le sens de rendre les aliments abordables mais aussi de créer des emplois et d'avoir un accès facile à des technologies qui sont toujours trop chers.