Changements climatiques: Greta Thunberg, figure messianique du XXIe siècle?

«Cheval de Troie de l’écologisme, il se développe autour de sa personne une fascination fondamentalement spirituelle qui n’est pas sans rappeler l’idéal type de la figure messianique», écrit l'auteur.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse «Cheval de Troie de l’écologisme, il se développe autour de sa personne une fascination fondamentalement spirituelle qui n’est pas sans rappeler l’idéal type de la figure messianique», écrit l'auteur.

Notre siècle a ceci de singulier qu’il se révèle le support d’un phénomène gravissime pour la continuité de l’humanité dans ses conditions actuelles, c’est-à-dire les changements climatiques. Sans pour autant être absolument exclusive, cette dynamique a ceci de spécifique qu’elle survient durant un stade tardif de l’évolution de notre civilisation, au sein d’un régime capitaliste quasi omniprésent qui nécessite une quantité abyssale de ressources naturelles afin de fonctionner de façon optimale. En conséquence, le phénomène des changements climatiques nous pousse, en tant qu’espèce humaine, à une réflexion éthique globale infiniment délicate, mais malgré tout requise. Le fruit de cette réflexion pourrait bien être garant de notre pérennité.

Une fois cette conjoncture écologique reconnue, malgré la tentation causale qui pourrait viser à appliquer des mesures politiques radicales, il n’en reste pas moins que la délibération populaire doit malgré tout persister à s’exercer afin d’adapter nos actions en fonction d’une volonté populaire relative. En tant que sujets d’une démocratie libérale, nous avons le droit de débattre en matière d’écologie, tout comme des modalités économiques et des politiques adéquates au bien-être de la cité. Naturellement, le produit de cette délibération ne sera pas absolument homogène, cohérent et pur. Il y aura inévitablement des zones de tensions, ce qui est néanmoins vital à tout espace de débat le moindrement substantiel.

Fascination spirituelle

Cependant, de façon spectaculaire, la figure de Greta Thunberg vient bouleverser cet équilibre des choses. Cheval de Troie de l’écologisme, il se développe autour de sa personne une fascination fondamentalement spirituelle qui n’est pas sans rappeler l’idéal type de la figure messianique. Au sein des tribunes médiatiques, il devient de plus en plus difficile d’exprimer une quelconque critique quant à cette situation, même quand cela relève d’arguments rationnels et légitimes. Pour ses fervents partisans, critiquer cette jeune Suédoise se ramène inéluctablement à une forme de climatoscepticisme, voire de négationnisme. Comme si l’avenir de l’humanité était désormais entre ses mains. Bien que ce type de rhétorique n’ait rien de révolutionnaire en soi, il n’en demeure pas moins qu’un dossier aussi criant que les changements climatiques ne devrait être instrumentalisé ni par des idéologies quelconques ni par des forces partisanes particulières.

Il importe de le rappeler, l’écologie est un enjeu qui concerne l’humanité dans son ensemble. Idéalement, ce sujet devrait transcender la partisanerie afin de pouvoir véritablement mener au développement d’une coordination politique adéquate et transversale, quitte à opérer des changements structurels majeurs. Cependant, cela ne se fera pas sans délibération ni débat. C’est pourquoi ce texte se veut un appel à l’ouverture plutôt qu’au sectarisme, afin de féconder une riche réflexion.

Il est possible de critiquer la figure de Greta Thunberg et le phénomène qui entoure l’engouement de masse pour sa personne sans pour autant être un quelconque antenvironnementaliste, négationniste ou inconscient. On peut prendre au sérieux l’évolution climatique sans pour autant vouer un culte immodéré à la figure de Greta Thunberg. Après tout, le débat, garant de la diversité d’opinions, est consubstantiel à la démocratie libérale.

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39 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 7 août 2019 00 h 39

    Contradiction

    «On peut prendre au sérieux l’évolution climatique sans pour autant vouer un culte immodéré à la figure de Greta Thunberg.»

    Tout à fait d'accord. Je ne connais d'ailleurs personne qui la vénère ou qui lui voueun culte immodéré, même pas un culte modéré . Mais, ne pas la vénérer ne veut pas dire d'accepter sans réagir qu'on la qualifie de sainte ou qu'on la compare à une figure messianique. C'est une jeune qui s'est informée, qui a consulté des documents scientifiques et qui milite pour que la société prenne des actions concrètes en fonction de ce que nous dit la science. Je ne vois rien de religieux dans cet engagement politique. Et comme j'appuyais les jeunes qui se sont impliqués dans la grève étudiante de 2012 (eux et elles qu'on qualifait auparavant d'amorphes et de dépolitisé.es), j'appuie aussi son militantisme.

    • Christian Roy - Abonné 7 août 2019 22 h 12

      La figure de Greta Thunberg n'est que le doigt qui pointe vers la lune. Les pharisiens qui restent allergiques aux changements nécessaires se sont passé le mot pour ne considérer que le doigt en question...

      De toute façon, ces pharisiens n'ont en tête que le maintien de leur position égocentrique.

      Jamais ils ne lâcheront le morceau. Il auront toutes les raisons du mode pour rester sur place.

  • Sylvain Rivest - Abonné 7 août 2019 07 h 05

    signe des temps ou d’un mouvement

    Vous avec mis le doigt dessus!
    On a vue les débat sur l’islam, l’appropriation culture, l’immigration de masse, le nationalisme prendre cette même tournure. Et ce dérapage porte un blason, c’est celui de l’extreme gauche. J’ai toujours été politiquement parlant à gauche mais je ne me reconnais pas dans ce mouvement où on est « avec eux ou contre eux ». C’est un retour du balancier plutôt agressif qui risque de dégénérer.

    • Hélène Lecours - Abonnée 8 août 2019 10 h 17

      Monsieur Blais, toutes les raisons du monde se trouvent être toutes les devises et les monnaies du monde.

  • Denis Vallières - Abonné 7 août 2019 07 h 16

    La création d'un épouvantail

    Il faut avoir lu ici même les propos d'un chroniqueur, auquels n'ont pas manqué de faire écho ceux qu'ont publiés peu de temps après un autre média, pour constater que les critiques contre la figure de Greta Thunberg vont jusqu'à viser sa personne. Le messianisme environnementaliste dans lequel on tente de l'encadrer me semble moins un phénomène observable qu'un épouvantail très pratique. La stratégie n'est pas nouvelle : il s'agit de détourner les regards des véritables problèmes (qui ne sont pas soulevés depuis seulement quelques jours) pour s'attaquer aux différentes formes que prend leur mise en évidence. Le climatoscepticisme n'a plus la cote. Place à la guerre idéologique...

  • Marc Therrien - Abonné 7 août 2019 07 h 25

    Le projet Greta Thunberg

    Est-ce qu'on sait ce que Greta Thunberg voudrait faire plus tard dans la vie quand elle sera plus grande? Est-ce que quelqu'un lui a déjà demandé ce qu'elle projetait devenir?

    Marc Therrien

  • Daniel Grant - Abonné 7 août 2019 07 h 32

    Aucune tolérance à l’irrationalité

    Est-ce une caractéristique des Aspergers de n’avoir aucun temps à perdre avec ceux qui ne sont pas rationnels.
    Quand je compare Greta avec Doc Martin qui est aussi Asperger et probablement Dr Spock, on est forcés de réaliser la part d’irrationalité qui mène le monde.

    Dit autrement par Gandhi
    « La terre est assez grande pour satisfaire tout le monde, mais trop petite pour satisfaire l’avidité de quelques-uns »

    On ne règle pas le sort de la planète en cochant oui ou non sur un formulaire ou avec plus de débat comme vous semblez nous inviter à le faire, tout à été dit et prouvé scientifiquement.

    Alors qu’on aimerait que les lois du marché règlent tout, la planète elle fonctionne avec les lois de physique, chimie et thermodynamiques, et depuis les années 1970 la NASA nous avertis que nous sommes en plein milieu de l’anthropocène en jouant avec la géo-ingénierie de façon irresponsable et irrationnelle.

    Comment peut-on être rationnel en continuant à subventionner les énergies fossiles, quand les énergies renouvelables existent et en plus elles coûtent moins chères et on a pas besoin d’aller en guerre?