Les médicaments génériques sont-ils sécuritaires?

Selon les auteurs, les compagnies pharmaceutiques doivent répondre aux standards de Santé Canada, qu’ils fabriquent des médicaments originaux, des génériques ou même les deux.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Selon les auteurs, les compagnies pharmaceutiques doivent répondre aux standards de Santé Canada, qu’ils fabriquent des médicaments originaux, des génériques ou même les deux.

Des études récentes ont généré un doute sur la sécurité des médicaments génériques. Bien qu’intéressants, leurs résultats doivent être interprétés avec prudence. Elles ne permettent pas de conclure que les médicaments génériques sont risqués. Voici pourquoi :

Une association entre deux phénomènes ne veut pas dire que l’un cause l’autre.

Si on étudie le taux d’hospitalisation des patients possédant une voiture de luxe par rapport à ceux qui n’en ont pas, il y a fort à parier qu’ils sont moins hospitalisés. Peut-on pour autant conclure qu’une voiture de luxe est bonne pour la santé ?

Le fait d’observer que les patients qui passent du médicament original au générique ont un risque plus élevé d’être hospitalisés ne permet pas de conclure que les génériques augmentent ce risque.

Cela nous indiquerait plutôt que les patients qui doivent faire ce changement sont « différents » de ceux qui continuent l’original. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette observation, la plus plausible étant que ces patients sont ceux qui sont moins nantis.

Lorsque la version générique d’un médicament arrive sur le marché, les personnes assurées doivent généralement le prendre ou accepter de payer « l’excédent non assuré » pour conserver l’original. Ceux qui conserveront l’original sont probablement ceux qui peuvent se permettre de payer ce surplus chaque mois.

Or, il est connu depuis longtemps que le niveau socioéconomique (revenu, niveau d’éducation, etc.) d’une personne est un des déterminants les plus importants de son état de santé. De plus, les données disponibles pour la recherche ne permettent pas de caractériser précisément ce niveau socioéconomique des individus. Pas plus qu’elles ne permettent de décrire les effets indésirables des médicaments.

Les chercheurs utilisent ces données pour mener des études observationnelles depuis des décennies, mais il semble temps de lever le drapeau rouge en ce qui concerne leur utilité pour évaluer les effets des médicaments. Ces informations peuvent détecter certaines associations potentielles, mais des données plus détaillées doivent être colligées afin de porter un jugement sur les effets des médicaments en « vie réelle », que ce soit les génériques ou les originaux.

Contrôle de qualité

Les génériques sont des versions moins chères, mais pas de moindre qualité.

Les médicaments génériques font l’objet d’un contrôle serré, et leur qualité n’est pas mise en doute. Les compagnies pharmaceutiques doivent répondre aux standards de Santé Canada, qu’ils fabriquent des originaux, des génériques ou même les deux.

Entre un original et son générique, l’absorption, la distribution et l’élimination de la molécule active dans le corps humain sont « équivalentes ». Non pas égales, car il existe tellement de variables (par exemple : l’âge, le genre, les habitudes de vie — tabac, alcool, etc. —, l’origine ethnique, etc.) qu’une certaine « tolérance » est indispensable. Mais ces différences sont négligeables et ne posent pas de risque pour les patients. Ceci ne veut pas dire qu’une personne ne pourrait pas ressentir d’effets indésirables à la suite du changement d’un original vers le générique, car ces données restent des statistiques et qu’un individu peut réagir d’une façon différente. Mais ceci pourrait tout autant se produire lors du changement d’un générique vers l’original.

Le vrai danger est de nuire injustement à la réputation des génériques, ce qui pourrait conduire à l’arrêt de ces médicaments par les patients ou amener une pression financière plus élevée sur les payeurs. En effet, le budget de la santé étant limité, l’argent consacré à payer des originaux lorsque des génériques sont disponibles ne pourrait être utilisé à d’autres fins. Voilà qui affecterait de façon concrète et indiscutable la santé des Québécois.

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1 commentaire
  • Jean-Henry Noël - Abonné 6 août 2019 19 h 45

    Les statistiques

    Plusieurs résultats expérimentaux s'expriment en pourcentages. Il est impossible de faire des statistiques rigoureuses avec ces résultats. Par conséquent, je pense que ces résultats devraient être discutés entre spécialistes, loin des oreilles des profanes. Les scientifiques le savent très bien. Leurs résultats devraient être d'abord analysés par des pairs et éventuellement publiés dans des revues scientifiques de bon aloi et non pas dans des journaux à potins. Un scientifique en mal de publicité peut toujours se rabattre sur un journaliste scientifique. Mais que vaut son analyse ?