Transports: un lien autre entre Québec et Lévis

«Ce projet créerait un pôle d’échanges intermodaux qui facilite les déplacements tout en redynamisant les centres urbains des deux municipalités riveraines», écrivent les auteurs.
Photo: Francis Vachon Le Devoir «Ce projet créerait un pôle d’échanges intermodaux qui facilite les déplacements tout en redynamisant les centres urbains des deux municipalités riveraines», écrivent les auteurs.

Beaucoup a été dit et écrit sur un nouveau lien entre Québec et Lévis : soit un tunnel sous le fleuve pour relier les autoroutes 20 et 40, voire les centres-villes ; soit, en périphérie, un troisième pont situé en amont ou en aval, direction ouest ou est. Toutes des propositions qui présentent de l’intérêt à court terme (désengorger le réseau routier), mais demeurent prisonnières d’un mode de transport dominant : l’automobile, véhicule émetteur de gaz à effets de serre. Et à long terme, des propositions qui conduisent fatalement à une impasse.

On sait que l’ajout de voies de circulation stimule le développement immobilier et accroît la demande et l’achalandage sur les axes de transport. Cela fait en sorte que la capacité routière est à nouveau rapidement insuffisante, malgré les dépenses importantes engagées en construction et en entretien. Bref, des réponses partielles et temporaires à un problème vaste et complexe.

Alors que faire ? Peut-être qu’il existe des avenues plus écologiques, plus efficaces et plus rentables…

Un concept écologique

Le concept proposé ici est simple, mais ambitieux : relier les centres-villes de Québec et de Lévis par un pont léger sur lequel circulerait un tramway-navette pour passagers. Évidemment, sur cedit ouvrage, une voie serait réservée aux courageux piétons et intrépides cyclistes (interdites, les motos cylindrées). Un trajet dont les terminus seraient situés, côté Lévis, à la Fédération des caisses populaires Desjardins (complexe accolé aux Galeries Chagnon) et, côté Québec, au carrefour du Manège militaire, du Grand Théâtre et du Musée des plaines d’Abraham (donnant sur la Grande Allée). Cela rendrait d’autant plus pertinent le tramway prévu dans la ville de Québec en combinant des modes de transport en commun en vue d’offrir une solution de remplacement réellement intéressante à l’automobile et au voyageur. Et cela créerait un pôle d’échanges intermodaux qui facilite les déplacements tout en redynamisant les centres urbains des deux municipalités riveraines.

Quant au pont proprement dit, pour le tramway-navette, il prendra appui sur les falaises nord et sud du fleuve. Son architecture devra traduire légèreté, élégance et résistance ; s’harmoniser avec l’environnement et jouer avec la lumière donnant sur eaux et murailles. Bref, un design audacieux, une oeuvre d’art et de prouesse, en communion avec les assises historiques (terrestres et maritimes) des deux municipalités soeurs.

Sur son tablier, le pont pourra comprendre des belvédères permettant d’admirer le paysage et d’y pique-niquer — un arrêt du tramway pourra y faire halte en belle saison. S’y retrouveront musiciens, artistes, artisans et acrobates…

Par rapport aux propositions déjà connues, nous relevons, sans les hiérarchiser, les principaux avantages de notre projet… Le premier, d’ordre financier : des économies substantielles reposant sur l’arrimage au réseau de transport en commun, d’où l’optimisation des structures déjà existantes. Le second, d’ordre environnemental : une diminution du nombre de véhicules dans les centres-villes, d’où moins de pollution dans l’atmosphère. Le troisième, de facture sociétale : une densification urbaine au coeur des municipalités, d’où une activité socioéconomique et culturelle dynamisée. Le quatrième : une rationalisation des déplacements pour les travailleurs voyageant fréquemment d’une rive à l’autre, d’où une économie de temps et d’énergie.

Note : les traversiers maritimes resteraient en service entre les deux rives.

Pas question de dénaturer les plaines d’Abraham, quitte à mettre sous le sol une partie de la voie ferrée appelée à longer la Citadelle. Il y a moyen de construire un tramway-navette esthétique et discret qui permet de respecter voire de revaloriser cet environnement exceptionnel tout en y facilitant l’accès.

Gestionnaire des plaines d’Abraham, le gouvernement fédéral est un acteur incontournable. Il sera évidemment appelé à financer un pourcentage considérable des travaux.

Un regard neuf

Quant à la traduction de ce concept, d’un tramway-navette, nous nous en remettons aux personnes et services compétents en la matière. Notre proposition est d’abord un appel à élargir les horizons, à porter un regard neuf. Mais qu’importe le projet d’infrastructure adopté par le gouvernement du Québec, il devra s’appuyer sur une démarche scientifique et reposer sur une adhésion des communautés riveraines. D’autre part, notre proposition n’est pas incompatible avec l’ajout (vraisemblable) d’un tunnel sous-fluvial ou d’un pont supplémentaire aux deux existants. Elle pose, toutefois, la nécessité d’imaginer ce que, demain, sera le prochain lien entre les deux villes soeurs : un lien autre, pensé cette fois pour les générations à venir.

Ici s’arrête notre dérive d’une ville à l’autre… Et si c’était la voie de la raison !

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12 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 6 août 2019 00 h 33

    L'électrification des liens maritimes

    Si on voulait être plus écologique dans nos traverseés de fleuve, de la rivière Saguenay, de l'Ile aux Coudres, etc, on pourrait peut-être envisager d'utiliser des traversiers électriques comme ça se fait déjà aileurs dans le monde.

  • Jean Lacoursière - Abonné 6 août 2019 08 h 06

    Gâchis paysager

    Ce pont, en plus de jurer dans le décor et de faire ombrage au Cap Diamant, devra avoir des emprises dans le fleuve. Ce serait un gâchis paysager pour la capitale historique.

    Je préfère l'idée du GIRAM, soit un tunnel pour le transport collectif entre les centre-villes de Québec et Lévis :

    https://www.journaldequebec.com/2019/04/30/quebec-levis-le-giram-propose-un-tunnel-pour-le-transport-en-commun

    Les auteurs de cette lettre devraient par contre descendre en Basse-Ville pour le prendre... .

  • Françoise Labelle - Abonnée 6 août 2019 09 h 18

    Viva Zapata !?

    On pourrait toujours traverser les rives en «flyboard».

    On souhaite de tout coeur que votre projet ou un semblable voit le jour. Malheureusement, il suffit de faire l'autoroute Robert-Bourassa à l'heure de pointe, dans un véhicule à deux passagers dans la voie réservée, à vive allure!, pour constater que la très grande majorité des véhicules ne tolèrent qu'un seul passager. Aucun, si le véhicule autonome voit le jour.
    L'axe est-ouest est déjà congestionné à l'heure de pointe. Et le véhicule électrique n'est pas une solution. Et surtout pas le 3e lien à l'est.
    Les solutions sont probablement multiples: l'aménagement de Pierre Laporte pour les heures de pointe (suppression de la bordure centrale, véritable contrôle de la vitesse), l'amélioration des transports en commun, des pistes cyclables (ex. du Corridor des Beauportois vers l'est ou le long de la 40), le télé-travail. Les corps de ceux qui se déplacent machinalement sont vraiment indispensables?

    Il y a hélas des kms de plans et de consultations qui mènent à des cul-de-sac.

  • Pierre Fortin - Abonné 6 août 2019 11 h 30

    Une simple question concernant votre plan


    Comment comptez-vous solutionner le problème de congestion monstre qui est à l'origine de cet épineux débat sur le troisième lien ?

    Si vous regardez la carte géographique en faisant un zoom arrière, comment votre projet permet-il d'améliorer le réseau routier entre les grandes régions de la rive nord et celles de la rive sud depuis Trois-Rivières jusqu'à Saint-Siméon, là où se trouvent les seules autres traverses possibles ?

    Il faut cesser de considérer ce problème comme étant un simple enjeu local consistant à relier le centre-ville de Québec à celui de Lévis et assumer le fait que le développement urbain a atteint une taille qui en fait un problème de grande ville. Ce qui n'empêche en rien d'innover et de présenter des solutions originales, meilleures que le tunnel à l'est, mais qui prennent en considération toutes les contraintes posées par le problème.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 6 août 2019 14 h 55

      Excellente approche monsieur Fortin. Vous appréhendez bien la question à régler et l'utilité d'un troisième lien.

      Un point particulier pour le troisème lien: je suggère un pont plutôt qu'un tunne (donc deux ponts reliant l'ïle d'Orléans).

  • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2019 12 h 21

    Une proposition futuriste propre à cette proposition futuriste .

    Ce projet futuristes propre est l’application idéale pour un monorail électrique suspendu
    comprenant des navettes d’une soixantaine de places .
    Qui par sa conception n’est pas sensible aux tempêtes de neige ou aux précipitations verglaçantes
    Qui par sa légèreté et sa rapidité serait bien efficace, tout en réduisant le poids à supporter
    Pour passer au dessus de la hauteur de 70 m requise pour le passage des grands navires ( QM2 )
    Ayant l’avantage d’être en propulsion autonome plus que des cabines traversant sur câbles porteurs tirées par câbles.

    De plus, comme cette technologie proposée par P Couture le physicien Québécois de l‘IREQ .
    Il serait pertinent d’installer 2 tours de support dans les hauteurs entre les villes de Québec et de Lévis
    Ensuite 2 gares terminales desservies par les réseaux de transports municipaux et des stationnements incitatifs à proximité.
    Pour des milliers de voitures solos de moins dans la grande conurbation de Québec Lévis .

    Cette installation suite à un projet pilote à l’IREQ deviendrait un projet de démonstration intéressant
    et exportable mondialement ne produisant aucune pollution.
    Selon moi, il est temps que des architectes, urbanistes et ingénieurs osent essayer ce nouveaux concepts .

    • Jean Duchesneau - Abonné 6 août 2019 14 h 41

      Vous soulevez un point plus que pertinent M. Thivierge. Vous faites référence à ce merveilleux projet le «Trensquébec » http://www.trensquebec.qc.ca/ basé sur le moteur-roue aussi développé par un véritable génie qu’est Dr Pierre Couture. J’aimerais énormément que le Devoir lève le voile sur ce dossier et qu’on nous explique pourquoi Hydro Québec s’est départi des brevets. Pierre Couture est baillonné par Hydro Québec à ce sujet. Le projet de monorail de Pierre couture, aurait permis de développer une infrastructure de transport électrique pour tout le Québec. Cette technologie serait aussi exportable à travers le monde. Alors qu’on cherche à se donner bonne conscience avec des niaiseries sans réel effet significatif sur les GES, un tel projet aurait permis de réduire les GES dans plusieurs pays. C’est en investissant dans le génie québécois que le Québec peut le mieux contribuer à résoudre le problème du réchauffement climatique. Il ne faut pas perdre de vue que le Québec n’est responsable que de 0,16% des émissions de GES.

    • Pierre Fortin - Abonné 6 août 2019 16 h 42

      Tout à fait d'accord avec vous Messieurs,

      Trensquébec est en effet un projet qui ouvre de grandes possibilités dans la recherche de technologies vertes pour le transport de personnes ou de marchandises. Qui plus est, il permettrait d'ouvrir de nouveaux chantiers du genre que recherche le gouvernement Legault en plus d'ouvrir de grandes possibilités à l'exportation.

      On se demande quoi faire du fonds vert où les quelques milliards qui dorment s'accumulent sans trouver preneur. Voilà une belle occasion de lancer un nouvelle entreprise entièrement québécoise. Il est rare de trouver réunis les besoins, les solutions technologiiques, la main-d'œuvre spécialisée, le marché ainsi que les fonds comme c'est le cas ici.

      La seule chose qui manque, encore une fois, c'est la volonté politique.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2019 22 h 55

      ou la coop MGV Québec
      https://mgv.coop/fr/accueil-coop-mgv/
      https://www.youtube.com/watch?v=ZFNLOHPqnek
      https://mgv.coop/fr/technologies/
      Ça donne une bonne idée futuriste et une technologie exportable qui évite de couteuses expropriations ,