Brexit: nouveaux protagonistes, même dilemme

«Je ne vois que le recours à des élections générales pour que les élus obtiennent un mandat suffisamment fort et précis pour trancher», observe l’auteur.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse «Je ne vois que le recours à des élections générales pour que les élus obtiennent un mandat suffisamment fort et précis pour trancher», observe l’auteur.

Les « nouveaux protagonistes » du Brexit, ce sont le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, la nouvelle présidente de la Commission européenne, la nouvelle directrice de la Banque centrale européenne et les nouveaux députés, élus en mai dernier au Parlement européen.

Le « dilemme » consiste à réaliser le choix de 51,9 % des Britanniques exprimé lors du référendum du 23 juin 2016, soit de quitter l’Union européenne (UE), mais sans mettre en péril la situation économique et l’unité politique de la Grande-Bretagne, tout en envisageant des relations économiques et commerciales fructueuses avec l’Union européenne.

Je ne vois que le recours à des élections générales pour que les élus obtiennent un mandat suffisamment fort et précis pour trancher ce sérieux dilemme : sortir… à quelles conditions ? Ou rester.

Il est important de noter que la Grande-Bretagne fait toujours partie de l’Union européenne, que les 73 députés britanniques élus au Parlement européen en mai dernier ont pu participer au vote secret du mardi 16 juillet, qui a confirmé Ursula von der Leyen, ex-ministre de la Défense de l’Allemagne, au poste de présidente de la Commission européenne pour les cinq prochaines années.

Mais toutes les incertitudes du Brexit demeurent. Rappelons qu’après les péripéties du printemps 2019, durant lesquelles les parlementaires britanniques ont refusé, à trois reprises, d’entériner le traité de retrait négocié par la première ministre Theresa May, les chefs d’État de l’Union européenne ont autorisé les Britanniques à reporter de mois en mois, et finalement jusqu’au 31 octobre prochain, leur sortie de l’Union européenne. La date initiale du Brexit avait été fixée au 29 mars 2019 par la première ministre elle-même dans une lettre du 29 mars 2017, adressée à ses collègues européens. Cette décision s’appuyait sur le résultat du référendum tenu en juin 2016, dans lequel 17 millions de Britanniques ont exprimé leur désir de voir la Grande-Bretagne quitter l’UE, alors que 16 millions désiraient demeurer au sein de l’Union.

Traité de 600 pages

Le nouveau premier ministre Boris Johnson est un fort partisan de la sortie de l’UE, avec ou sans accord. L’accord, s’il y a lieu, consisterait en un traité d’environ 600 pages assorti d’une déclaration politique d’une douzaine de pages que les parlementaires britanniques ont rejeté à trois reprises. Ces échecs répétés ont provoqué la démission de Mme May, tandis que les chefs d’État de l’Union européenne ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas disposés à reprendre ces négociations.

Par ailleurs, les parlementaires britanniques ont adopté une résolution qui a pour but d’empêcher le futur premier ministre de suspendre le Parlement à l’approche de l’échéance du 31 octobre, date à laquelle le Royaume-Uni quitterait automatiquement l’Union européenne si aucun accord n’est conclu d’ici là.

Cette résolution de la dernière chance a été soutenue par 46 députés conservateurs, et elle vise surtout à rappeler au nouveau premier ministre combien les députés sont opposés à toute forme de sortie de l’Union européenne sans accord.

On constate qu’ils sont nombreux, les défis engendrés par ce Brexit. Il faut d’abord compter sur la détermination de la première ministre de l’Écosse de tenir éventuellement un référendum pour inviter les Écossais à exprimer leur détermination à continuer d’appartenir à l’Union européenne. D’autre part, on ne sait pas comment sera résolue la question de la frontière, plus ou moins rigide, entre l’Irlande, toujours membre de l’Union européenne, et l’Irlande du Nord, rattachée à la Grande-Bretagne, qui quitterait l’Union européenne advenant la réalisation d’un éventuel Brexit. Le gouvernement de Dublin ne serait sans doute pas le seul à s’inquiéter de ce que les échanges avec l’Irlande du Nord en arrivent à se détériorer.

L’Espagne, de son côté, exprime déjà son inquiétude à l’idée que de nouvelles barrières tarifaires et autres viennent rendre plus difficiles les échanges avec Gibraltar, qui continuerait toujours d’être rattaché à la Grande-Bretagne.

Zone euro

Par ailleurs, les négociateurs européens ne cessent de rappeler que les engagements à long terme que les Britanniques ont contractés dans le cadre des institutions européennes ne disparaissent pas à la sortie. Ceux-ci s’élèveraient à près d’une centaine de milliards de dollars. Par ailleurs, la Grande-Bretagne n’ayant pas encore adopté l’euro, sa sortie de l’UE ne devrait pas influencer directement la stabilité de la zone euro.

Intéressant de noter que cette sortie de la Grande-Bretagne prendrait donc effet au moment où les pourparlers débutent en vue de l’admission éventuelle, en 2025, de plusieurs pays des Balkans. Et les conditions de sortie de la Grande-Bretagne, de même que leurs effets à court et à long termes, ne seront pas encore connues.

On a vu les manifestations récentes de milliers de citoyens dans les rues de Londres, réclamant la tenue d’un référendum sur les conditions de ce Brexit. Plusieurs autres demandent expressément que leur pays demeure au sein de l’Union européenne. Pendant que se répètent les demandes des députés britanniques de pouvoir se prononcer officiellement sur ces mêmes conditions, il me semble que les arguments en faveur d’un second référendum ont été affaiblis par les votes négatifs à ce sujet par la Chambre des communes et par le passage du temps. On serait en droit de se demander qui devrait ultimement décider si les éventuelles conditions de sortie sont acceptables. Tout semble militer pour la tenue d’une élection générale qui pourrait donner un nouveau gouvernement, idéalement majoritaire, qui aurait les moyens de proposer une solution que le Parlement pourrait adopter.

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5 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 août 2019 08 h 56

    L'auteur écrit :

    « Les "nouveaux protagonistes" du Brexit, ce sont le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, la nouvelle présidente de la Commission européenne, la nouvelle directrice de la Banque centrale européenne et les nouveaux députés, élus en mai dernier au Parlement européen. »

    Le hic, c'est que la nouvelle présidente de la Commission européenne et la nouvelle directrice de la Banque centrale européenne n'entreront en fonction que le 1er novembre.

    http://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/2
    https://www.lesaffaires.com/bourse/nouvelles-economiques/christine-lagarde-nommee-a-la-tete-de-la-bce-appuyait-les-mesures-de-draghi/611248

    Il faudrait vérifier, mais c'est sûrement pareil pour les députés élus en mai.

    Voilà pourquoi la date du 31 octobre a été arrêtée pour le Brexit. D'ici là, s'il faut négocier, il faut négocier avec ceux qui ont conclu l'accord avec Mme May.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 août 2019 09 h 05

    L'auteur écrit :

    « Par ailleurs, les parlementaires britanniques ont adopté une résolution qui a pour but d’empêcher le futur premier ministre de suspendre le Parlement à l’approche de l’échéance du 31 octobre, date à laquelle le Royaume-Uni quitterait automatiquement l’Union européenne si aucun accord n’est conclu d’ici là. »

    Même si cette résolution a été adoptée, cela empêcherait-il Boris Johnson de proroger la prochaine session parlementaire jusqu'au 31 octobre?

    En juillet, j'ai envoyé cette lettre :

    La prorogation, une option pour Boris Johnson ?

    Le 4 décembre 2008, craignant d’être renversé par les trois partis de l’opposition à Ottawa, le premier ministre et chef du Parti conservateur, Stephen Harper, a demandé à la représentante de la Couronne britannique au Canada, la gouverneure générale Michaëlle Jean, de proroger la session parlementaire, ce qui a été accordé (https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_politique_canadienne_de_2008). Aussitôt, les travaux ont cessé et le parlement a été fermé jusqu’au 26 janvier 2009.

    C’est en gros le temps qu’il faudrait au nouveau chef du Parti conservateur et nouveau premier ministre du Royaume-Uni (R.-U.), Boris Johnson, dès la reprise des travaux parlementaires en septembre, pour assurer sa survie à Westminster jusqu’au 31 octobre, date de sortie prévue de son pays de l’Union européenne (UE). Il ne serait donc pas surprenant qu’il use du même stratagème que Harper pour éviter d’être renversé du fait de sa volonté de sortir coûte que coûte de l’UE, avec ou sans accord. Quel motif exceptionnel pourrait-il invoquer? Il pourrait arguer que la volonté du peuple britannique exprimée le 23 juin 2016 en faveur du « Brexit » risque grandement de ne pas être respectée si le parlement reste ouvert, les députés opposés à lui pouvant manœuvrer en coulisse et voter pour un nouveau référendum.

    Lire la suite dans le prochain commentaire :

    • Loraine King - Abonnée 5 août 2019 15 h 01

      Le Royaume-Uni ne fonctionne pas selon la constitution canadienne qui elle définit clairement que la reine doit respecter les demandes du premier ministre qui a la confiance de la chambre (Harper ne l'avait pas perdue). Le pouvoir de proroger ou de dissoudre le parlement est entièrement entre les mains du PM canadien, quoi que dit la loi électorale sur les élections à date fixe puisqu'il est un pouvoir constitutionnel. Ce que Harper a pu faire serait pratiquement impossible au RU. Les députés y ont déjà vu en adoptant récemment une série de votes qui permettra aux députés de débattre de la demande de prorogation avant que la Reine la permette. Les députés auraient le beau jeu. Quant à la tenue d'une élection, le gouvernement du RU perd la confiance de la chambre suite à un vote du deux tiers des députés, vote qui doit être confirmé par un deuxième vote des deux tiers dans les deux semaines suivant le premier vote impliquant la confiance du gouvernement. Même système parlementaire, mais pas les mêmes règles, et surtout pas de constitution canadienne!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 août 2019 09 h 06

    Suite :


    Si l’UE le veut bien, rien n’interdirait à Boris Johnson de négocier avec elle tout le temps de la prorogation et de revoir les articles de l’accord conclu avec Theresa May les plus rébarbatifs aux yeux des « Brexiters », articles qui laissent trop de liens entre les deux entités. Mais le temps manquera vraisemblablement.

    La session parlementaire reprendrait le vendredi 1er novembre, une fois la sortie de l’UE concrétisée. « BoJo » sortirait alors le champagne français, qu’il paiera vraisemblablement plus cher à l’avenir. Comme le R.-U. entamerait une période difficile, économiquement parlant, l’opposition laissera s’enliser le gouvernement afin d’obtenir de meilleures chances de l’emporter aux prochaines élections. Cette période profiterait aussi à l’Écosse, qui tiendra un nouveau référendum sur l’indépendance avant les élections.

    Mais la reine Élisabeth II acceptera-t-elle, comme avant elle Michaëlle Jean, de se plier à la volonté du premier ministre? Il y a fort à parier qu’elle sera tenue de le faire, la monarchie britannique en étant une d’apparat. Une chose est sûre, à l’instar de Mme Jean, elle consultera plusieurs experts avant de prendre sa décision.

  • Gilles Bonin - Inscrit 5 août 2019 10 h 17

    S'il y a

    des élections anticipées... peut-être que l'ébouriffé Bojo n'aura fait qu'un petit tour et s'en va....