Sauvons Karim

Des groupes de défense des droits de la communauté LGBTQ ainsi que des immigrants tiennent une conférence de presse concernant le cas d’un Guinéen (de dos sur la photo et portant le drapeau LGBTQ) qui serait menacé dans son pays d’origine en tant que militant politique d’opposition et en tant qu’homme bisexuel. 
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Des groupes de défense des droits de la communauté LGBTQ ainsi que des immigrants tiennent une conférence de presse concernant le cas d’un Guinéen (de dos sur la photo et portant le drapeau LGBTQ) qui serait menacé dans son pays d’origine en tant que militant politique d’opposition et en tant qu’homme bisexuel. 

Le sort réservé au Guinéen Karim (nom fictif) par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) et récemment par la Cour fédérale suscite de sérieuses questions sur la préparation des décideurs qui doivent apprécier le vécu et la réalité LGBTQ de citoyens ayant quitté leur pays en raison des mauvais traitements subis ou raisonnablement appréhendés.

La réalité de la diversité sexuelle, que ce soit l’homosexualité, la bisexualité ou le transgenrisme en Afrique ou en Asie, n’a rien à voir avec le vécu des gais, lesbiennes, transgenres ou bisexuels du Québec ou du Canada. Plusieurs facteurs culturels et religieux font en sorte que l’acceptation sociale dans ces pays ne fait aucune place à un concept comme celui de l’orientation sexuelle ou de l’homosexualité. L’hétéronormativité y règne en maître. Les personnes homosexuelles ou bisexuelles doivent absolument vivre leur sexualité avec une personne du même sexe dans le placard.

Faut-il rappeler qu’encore 12 pays dans le monde condamnent à la peine de mort les relations sexuelles consensuellesentre personnes de même sexe, dont l’Arabie saoudite, le Nigéria et la Somalie ? Même si le Code pénal de Guinée ne prévoit pas la peine de mort, ce type de relation sexuelle reste passible de jusqu’à 3 ans de prison et d’une amende. On aura aussi compris que l’incarcération en Guinée est loin d’être une partie de plaisir, mais qu'elle est plutôt tout aussi cruelle que l’homophobie et le rejet social, qui rendent la vie de ces personnes extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible.

Afrobaromètre, un réseau de recherche panafricain indépendant qui sonde l’opinion publique sur ce continent, a constaté dans une étude de 2016 que la Guinée figure parmi les pays les plus intolérants envers les homosexuels en Afrique. Le nombre d’accusations contre les minorités sexuelles n’est pas un indice valable pour juger du degré de stigmatisation sociale, de violence physique et de harcèlement psychologique dont les personnes ayant des relations homosexuelles sont victimes. En Guinée, comme dans beaucoup d’autres pays, l’État n’offre que peu ou pas de protection aux membres des minorités sexuelles qui subissent de tels sévices, soit de la part de leur famille ou du voisinage. Leurs souffrances sont subies dans l’isolement et le silence.

Le détail du dossier de Karim n’est pas connu publiquement ni les motifs qui ont mené aux décisions que l’on connaît. Une chose est cependant claire : l’homosexualité en Afrique ne peut s’entendre à partir du concept de l’orientation sexuelle propre aux sociétés occidentales. La grande majorité des homosexuels doivent vivre une double vie pour assurer leurs propres sécurité et intégrité. Tous ces éléments pris ensemble, il m’apparaît que Karim est victime d’une mauvaise lecture de la condition homosexuelle en Afrique de la part des autorités canadiennes. Il me semble qu’il faudrait appliquer le principe de précaution et éviter le refoulement en application des principes contenus dans l’article premier de la Convention de Genève : « Aux fins de la présente Convention, le terme “réfugié” s’appliquera à toute personne : […] 2) Qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. »

Karim a bénéficié d’un second sursis, tant mieux. Toutefois, un sérieux examen sur les mécanismes qui ont conduit aux décisions antérieures reste de mise.

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5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 5 août 2019 07 h 24

    La grande religion de paix et d’amour en Afrique

    Nous disons non à tous les « Karim » de ce monde, non pas par médisance des minorités sexuelles, mais par l’abus qui peut s’en suivre. Beaucoup de migrants illégaux peuvent devenir bisexuels, homosexuels, lesbiennes et j’en passe parce que rien n’est pas prouvable dans le cas contraire. Comment démontrer qu’ils le sont ou ne sont pas ne connaissant rien de leurs antécédents? Idem pour leur religion. Pour les autres critères du terme « réfugié » selon la Convention de Genève, c’est plus facile et prouvable, même pour les opinions politiques ou appartenance à un certain groupe social.

    L’Afrique déborde et est surpeuplé présentement. Si on peut embarquer dans un canot pneumatique pour traverser une mer, il est encore bien plus facile de dire qu’on appartient à une minorité sexuelle pour un obtenir notre billet d’entrée en toute légalité.

    C’est aux pays d’Afrique et d’ailleurs de nous rejoindre au 21e siècle. Si des pays sous-développés au point de vue éthique, culturel, moral et social n’y sont pas, c’est à eux d’y voir. Nous ne sommes pas la conscience du monde. Nous l’avons fait ici et les gens des communautés des minorités sexuelles en ont souvent payés le prix avant d’y parvenir. Rien n’est gratuit en ce bas monde.

    Ceci dit, lorsqu’on mentionne des pays comme l’Arabie Saoudite, le Nigéria et la Somalie, ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils sont presque tous à 100% musulmans. En fait, pour l’Afrique, s’il y a discrimination envers la communauté LGBT, c’est presque toujours à cause de l’islam, vous savez, cette religion de paix et d’amour. Cette idéologie politico-religieuse est misogyne et homophobe au plus haut degré. C’est dans leur seul livre qu’ils lisent qu’on retrouve que l’homosexualité est un crime punissable par la mort. Et lorsque qu’il n’y a pas en place des droits humains enchâssés par l’État et que vous vivez dans une théocratie, la discrimination au plus haut degré est de mise.

    Et le Karim dans cette histoire était marié avec des enfants.

    • Loraine King - Abonnée 5 août 2019 11 h 13

      Et sa femmes et ses enfants doivent vivre cachés pour se protéger de représailles de la part d'on ne sait qui. Ce n'est pas lui qui est victime de représailles en Guinée, c'est son épouse et leurs enfants.

      Ce qui me préoccupe encore plus c'est que je dois me fier aux journaux étrangers pour obtenir de l'information sur le cas de Jessica Yaniv, devant les tribunaux des droits de la personne en Colombie-Britannique. Une histoire des plus barbares, j'en conviens, mais qui soulève d'importantes questions sur l'état du droit des transgenres qui harcèlent les hétérosexuelles. La misogynie n'est pas étrangère à certains hommes, même ceux-celles qui croient que les femmes ont des pénis. et que ceux-celles d'entre nous qui n'en ont pas sont des nazies.

    • Pierre Hurteau - Abonné 5 août 2019 13 h 40

      Vous dites "C’est aux pays d’Afrique et d’ailleurs de nous rejoindre au 21e siècle. Si des pays sous-développés au point de vue éthique, culturel, moral et social n’y sont pas, c’est à eux d’y voir. Nous ne sommes pas la conscience du monde." Si les autres doivent adopter nos standards ou visions du monde comme vous les prétendez, c'est donc dire que nous sommes alors la conscience du monde ! Plusieurs organisations LGBTQ dans le mode, en Asie wet en Afrique, rejettent la conception eurocentriste de l'homosexualité comme orientation sexuelle, mais ce qu'il faut rejeter partout dansd le monde c'est l'homophobie et la persécution.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 août 2019 11 h 04

    Partager les mêmes valeurs sociales

    Ce que l’auteur de cette opinion omet de spécifier, c’est que la grande majorité de nos immigrés en provenance d’Afrique et d’Asie vomissent les LGBTQ.

    L’immigration serait nécessaire, nous dit-on, pour compenser notre faible taux de natalité et répondre à une pénurie de main-d’œuvre. Ce qui semble d’abord intéresser les agents de l’Immigration chez les candidats, c’est l’argent, le diplôme, l’expérience, l’âge et la langue. Mais qu’en est-il des valeurs? J'ai travaillé dans la fonction publique pendant une trentaine d’années et connu des dizaines de fonctionnaires issus de l’immigration récente. Comme l’a écrit Giono, j’en ai vu des vertes et des pas mûres.

    J’ai par exemple travaillé avec un bon chrétien d’origine camerounaise. Un jour, il m’a raconté que deux homosexuels avaient été sévèrement corrigés dans un bar de sa ville natale. Je lui ai demandé s’il avait pris leur défense de quelque manière que ce soit (en appelant la police, etc.). À son air, ils n’avaient eu que ce qu’ils méritaient.

    J'ai de même travaillé avec un fonctionnaire d'origine égyptienne, de confession chrétienne copte. Acceptant mal qu’une chef d’équipe le supervise, il a obtenu de la direction d’en changer pour un homme. Misogyne, cela lui pesait de relayer la pension alimentaire aux femmes. Il en faisait le moins possible pour elles. En revanche, il avait tout son temps pour entendre les récriminations des débiteurs.

    J’ai aussi côtoyé une musulmane voilée qui dépérissait isolée dans son coin et qui a dû partir au bout d'environ un an, souffrant de dépression. Pour plusieurs de ses collègues (dont quelques musulmans), le voile était une entrave à la communication. Si elle avait été obligée de le laisser à la maison, qui sait, elle serait peut-être restée.

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  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 août 2019 11 h 05

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    J’ai aussi travaillé avec un fonctionnaire d’origine chinoise. Il n’en revenait pas de nos exigences relatives à la propreté dans les restaurants. Pour lui, que les coquerelles se promènent librement dans une cuisine de resto, cela ne posait aucun problème. J’étais d’autant plus surpris qu’il avait fait médecine en Chine continentale. (En passant, la majorité des restaurants et épiceries qui écopent d’amendes pour malpropreté dans le Grand Montréal sont détenus par des propriétaires d’origine étrangère. )

    En outre, j’ai remarqué chez la majorité des nouveaux arrivants en provenance de pays pauvres un très faible intérêt pour les questions environnementales.

    Le fait de partager les mêmes valeurs avec nos immigrants faciliterait leur intégration. Voilà pourquoi j’incite le gouvernement caquiste à chercher des candidats principalement en Europe, car on ne saurait accueillir chez nous des immigrants plus au diapason avec les Québécois que les Belges, les Français, les Luxembourgeois, les Suisses et autres Européens parlant français.

    Je suggère que notre ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (qu’il faudrait rebaptiser MIFI, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration) y lance régulièrement des campagnes de recrutement.

    Des immigrants à la mentalité moyenâgeuse tel le riche familicide Mohamed Shafia, plus jamais! Laissons-les à Justin Trudeau.