Carter, Trump, Trudeau et les armes

«Le gouvernement Trudeau se voit imposer par l’OTAN d’acheter pour 70 milliards de dollars de bateaux de guerre et bientôt pour des dizaines de milliards de chasseurs bombardiers d’attaque», souligne l'auteur.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne «Le gouvernement Trudeau se voit imposer par l’OTAN d’acheter pour 70 milliards de dollars de bateaux de guerre et bientôt pour des dizaines de milliards de chasseurs bombardiers d’attaque», souligne l'auteur.

À 94 ans, Jimmy Carter, président américain ayant atteint le plus grand âge, s’est livré le 5 avril dernier, dimanche des Rameaux, à sa traditionnelle et hebdomadaire adresse à sa communauté de l’église baptiste Maranatha à Plains, en Géorgie. Il y a révélé la teneur (confirmée par la Maison-Blanche) de sa conversation de la veille avec Donald Trump.

À l’inquiétude du président quant au constat que la Chine était en train de devancer les États-Unis, Carter, devant les siens, a relaté sa réponse : « C’est vrai, Monsieur le Président, et savez-vous pourquoi ? J’ai normalisé nos relations diplomatiques avec Pékin il y a quarante ans. Depuis 1979, savez-vous combien de fois la Chine a été en guerre avec qui que ce soit ? Pas une seule fois. Et nous sommes restés en guerre. Les États-Unis sont la nation la plus belliqueuse de l’Histoire du monde parce que nous avons tendance à imposer nos valeurs américaines aux autres pays. La Chine, elle, investit ses ressources dans des infrastructures telles que les chemins de fer à grande vitesse, qui couvrent 18 000 milles. Combien de milles avons-nous aux États-Unis ? »

— Aucun, a répondu la congrégation.

— « Nous avons gaspillé 3000 milliards de dollars en dépenses militaires. La Chine n’a pas gaspillé un cent pour la guerre, et c’est pourquoi elle est en avance sur nous dans presque tous les domaines. Et si nous avions pris 3000 milliards pour les mettre dans les infrastructures américaines, on aurait un chemin de fer à grande vitesse. On aurait des ponts qui ne s’effondrent pas. On aurait des routes correctement entretenues. Notre système éducatif serait aussi bon que celui de la Corée du Sud ou de Hong Kong » (Carter n’a hélas ! pas mentionné un système de santé public).

Chez nous, le gouvernement Trudeau se voit imposer par l’OTAN d’acheter pour 70 milliards de dollars de bateaux de guerre Irving/Lockheed Martin et bientôt pour des dizaines de milliards de chasseurs bombardiers d’attaque destinés, déplorent Boeing et Airbus, à leur compétiteur, Lockheed Martin : c’est pour cette dernière compagnie, fabricante des F-35 avec Northrop Grumman, que travaille le général Charles Bouchard, qui a mené l’attaque aérienne de l’OTAN sur la Libye en 2011. Ces armes canadiennes auront pour effet de multiplier les réfugiés (au nombre croissant de 70 millions, nous informe le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) qui, en frappant aux portes de l’Occident, enfleront le racisme d’extrême droite. Rappelons que le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) a estimé les dépenses militaires croissantes des pays de l’OTAN à plus de quinze fois celles, déclinantes, de la Russie.

Que Réjean Hébert et Steven Guilbeault se présentent au Parti libéral pour faire avancer leurs causes respectives, cela se conçoit. Mais qu’ils le fassent sans remettre en question les dépenses militaires offensives qui leur enlèveront toute marge de budget pour les aînés et pour l’environnement dépasse tout entendement. Car un écotrain rapide Québec-Windsor, refusé par Trudeau en 2016, aurait coûté 20 milliards, pour rester dans la thématique soulevée par Carter. Et pour la dépasser, combien de centaines de millions de dollars assureraient l’eau potable à nos Premières Nations ?

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3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 août 2019 07 h 55

    Le gaspillage de l'argent des contribuables en investissements militaires: une politique délétère.

    Bravo, monsieur Pierre Jasmin, pour vos propos lucides et pour votre sagesse. Effectivement, le gouvernement Trudeau, s’il veut être réélu, devrait mettre l'argent des contribuables dans les projets utiles, tels que le transport en commun, l'élimination de la pauvreté chez les plus démunis et comme vous le suggérez, offrir de l'eau potable aux autochtones. L'achat d'armements augmente l'insécurité sur la terre. Rappelons la guerre de l'Arabie saoudite contre le Yémen, qui a fait de milliers de morts. C'est un gaspillage éhonté.

  • Hélène Lecours - Abonnée 3 août 2019 09 h 21

    Des millions de commentaires

    Cette réflexion est fondamentale. Notre économie est, depuis toujours?, basée sur les armes, sur la guerre - la belligérance, la conquête - et sur le trafic. Je serai la première à me mettre à genoux devant Dieu s'il se trouve des peuples plus sages que nous sur cette terre. Nous devrions tous être outrés par ce genre de dépenses et de dépendance à la surprotection que nous nous accordons contre nos crimes. Non, il fait déjà trop chaud grâce à notre lâcheté et à notre stupidité dévorante. Je m'inclus là-dedans bien sûr. C'est ma culture et je commence à peine à y voir clair avant de mourir..Vieille et en santé il faut bien l'admettre. Pendant ce temps, nous perdons notre précieux temps à chercher la clé de l'immortalité et de la fuite vers les étoiles.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 août 2019 11 h 48

    Les guerres et la destruction de la planète

    Je remercie M. Jasmin pour nous avoir fait connaître les sages conseils de Jimmy Carter au petit bébé qui dirige présentement la Maison Blanche.

    C’est par le biais des guerres — toujours ruineuses — dans les pays producteurs de pétrole qu’on oblige ceux-ci à maximiser leur production pétrolière afin d’acheter de l’armement. Ce qui favorise l’excès de l’offre sur la demande d’hydrocarbures.

    Cela maintient bas les prix de l’essence au profit des pays dont l’économie est très énergivore et qui sont aussi — Oh! Surprise — des pays producteurs d’armements…

    Pour sauver la planète, toutes les contributions comptent. Mais les plus décisives sont d’ordre macroéconomique; la fin des guerres prédatrices des USA.