L’écologie, tarte aux pommes ou politique courageuse?

Si les partis politiques veulent être pris au sérieux, ils doivent avoir l’audace de mettre en avant des politiques proactives et courageuses en matière d’environnement, estime l’auteur de ces lignes. Sur la photo, un site d’exploitation des sables bitumineux en Alberta.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Si les partis politiques veulent être pris au sérieux, ils doivent avoir l’audace de mettre en avant des politiques proactives et courageuses en matière d’environnement, estime l’auteur de ces lignes. Sur la photo, un site d’exploitation des sables bitumineux en Alberta.

À quelques mois des élections fédérales, les divers partis politiques s’alignent pour faire la cour aux électeurs, ce matériau manipulable de nos dites démocraties représentatives. La « question de l’urne » relevée cette année serait celle de l’écologie. Avouons que ça nous change de l’inusable thème de la « création d’emplois ». Ainsi, nos politiques s’entendent presque tous pour nous assurer « un environnement sain afin de léguer une planète propre aux générations futures » : bref, on nous promet la tarte aux pommes.

À part le Parti conservateur, qui de toute façon ne serait pas crédible compte tenu de ses positions passées, et le Parti populaire de Maxime Bernier franchement rétrograde en la matière, les autres partis ont beau jeu de faire du chemin politique sur ce thème nimbé de vertu.

Prétentions plutôt que courage

Le Parti libéral du Canada est celui qui, entre tous, remporte la palme de l’hypocrisie. Après avoir critiqué l’attitude rétrograde du gouvernement Harper quant à la non-atteinte des objectifs de l’Accord de Paris sur l’émission des gaz à effet de serre (GES), il a réussi à faire pire ! Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement de 2017, le Canada est très en deçà de son objectif (30 % de réduction des GES) et cet écart s’accentuera d’ici 2030. De plus, sa solution pour forcer le passage des pipelines de pétrole des sables bitumineux, soit l’acquisition de Trans Mountain, fait du gouvernement une partie prenante de l’industrie pétrolière.

Dans le cas du Parti vert, la tarte aux pommes devient plutôt une tarte à la crème ! La prétention écologiste du parti de Mme May a une « toute petite » réserve. Il serait plus vert d’exploiter le pétrole canadien (celui des sables, dont l’exploitation est la pire à émettre les GES) que d’importer le pétrole. La feuille d’érable effacerait comme par magie l’empreinte écologique de ce pétrole sale du fait même qu’il sera extrait au Canada ! Comme grossier sophisme, difficile de trouver mieux !

Pour ce qui est du NPD, fidèle à lui-même, toujours prêt à se draper de vertu, la transition se fera « en douceur ». Il veut faire des leaders autochtones des partenaires, car c’est connu, ils sont les grands défenseurs de la nature, des spécialistes en la matière. Pour le reste, en plus de promettre du bout des lèvres la fin des subventions aux pétrolières, c’est le consommateur qui devra faire l’effort de vivre écologiquement (maison isolée, voitures électriques, etc.).

Quant au Bloc québécois, même s’il a oeuvré contre les pipelines, soutenu les revendications des gens de Lac-Mégantic et milité pour la reconnaissance de la contribution du Québec à l’énergie propre dans la promotion internationale, il a lui aussi une politique énergétique beaucoup trop timorée. Il serait pourtant le mieux placé pour tenir un discours qui détonne par rapport aux autres partis, tous plus ou moins compromis dans la défense du Canada pétrolier.

Le courage de ses prétentions

Si les partis politiques veulent être pris au sérieux par l’opinion, ils doivent avoir l’audace de mettre en avant des politiques environnementales proactives et courageuses. Politiquement, ceci veut dire ramer à contre-courant de ce qu’ils croient être l’opinion et faire la pédagogie de ces politiques.

Faire preuve d’audace, cela voudrait dire, par exemple, d’imposer une surtaxe de vente très dissuasive sur les véhicules énergivores qui servent de véhicules de promenade et qui encombrent les rues tels ces mastodontes de type RAM, F-150 et autres Sierra. Être courageux, cela voudrait aussi dire d’augmenter significativement (comme en Europe du Nord) les taxes sur la consommation des produits issus des énergies fossiles (mazout, essence, gaz naturel, plastiques). Ça voudrait dire aussi d’accompagner ces sanctions de subventions considérables — pour les citoyens et les petites entreprises —, favorisant le passage à la consommation d’énergies vertes.

Comme les enjeux écologiques touchent la planète, être conséquent exige la promotion sur la scène internationale de la production d’énergies propres et de tenir une position solide afin de sanctionner par des tarifs dissuasifs les produits provenant de pays qui refusent les ententes internationales sur les GES ou qui n’atteignent pas leurs objectifs en la matière.

Or, actuellement, aucun parti au Canada ne manifeste le courage de ses prétentions. Tous veulent ménager la chèvre et le chou. Ils vont donc défendre une « transition tranquille » pour ne pas trop déranger. En fait, ils vont s’en tenir à une position politique assez semblable à celle pratiquée par Stephen Harper.

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15 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 juillet 2019 07 h 49

    L'écologie est la question de l’urne au Québec?

    Nous représentons 0,1% des GES mondiaux et cela est la question de l’urne au Québec pour les élections fédérales? Nous sommes vraiment angoissés et l’écologie est devenue une religion. Le pire là-dedans, même si on sacrifiait toutes nos industries, mettait au rancard nos voitures et que nous embrassions la simplicité volontaire et le développement durable, cela ne ferait aucune dans l’équation climatique mondiale. Misère.

    Ceci dit, oui le Parti libéral est le plus hypocrite de tous. Non seulement il a raté les objectifs de l’Accord de Paris sur l’émission des gaz à effet de serre, mais le Canada augmentera sa production drastiquement pour 2030 avec le développement des hydrocarbures de l’ouest. Pour le Parti vert, on veut produire du pétrole canadien au lieu de l’exporter. Mais la cerise sur le sundae, ils veulent continuer à le transporter par chemin de fer et non pas par pipeline. Pour le NDP, c’est le frère jumeau des libéraux et pour cela, on n’a qu’à se rappeler de Rachel Notley et des néo-démocrates de l’Alberta. Pour le Parti conservateur, eh bien, ils sont des conservateurs.

    Désolé M. Cyr, le Bloc québécois est le seul parti à avoir une politique claire sur l’environnement et était le seul à s’opposer au pipeline Énergie Est.

    Augmenter la taxe sur la consommation des produits issus des énergies fossiles ne fera que punir les plus démunies. Les énergies vertes sont un leurre à part de l’hydroélectricité. Les pales des éoliennes et les panneaux solaires sont tous fabriqués à partir du pétrole. En plus on parle d’énergie intermittente et très dispendieuse.

    D’accord pour sanctionner par des tarifs dissuasifs les produits provenant de pays qui refusent les ententes internationales sur les GES. En fait, il faudrait produire de plus en plus localement. Mais si on veut faire une différence, c’est en essayant de convaincre des pays comme la Chine, l’Inde, les USA et j’en passe sur l’urgence climatique, sinon, nous sommes cuits. Bonne chance.

    • Louise Melançon - Abonnée 22 juillet 2019 09 h 39

      Vous pensez que ce n'est pas judicieux de taxer davantage les VUS et cie de notre cher Québec?... Je ne comprends pas cette opinion... même si je suis d'accord qu'il ne faut pas tomber dans les extrêmes...

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 juillet 2019 10 h 01

      On est cuit, mais à quelle température?

      Vous avez raison, s'il faut attendre que l'Afrique arrête sa croissance démographique, que les USA deviennent aussi sobre en énergie par tête de pipe qu'en Chine, sinon qu'en Europe, que la Chine et l'Inde, mastodontes de par la taille de leur population, prennent un véritable virage vert, aussi bien attendre Godot!

      La question, me semble-t-il, n'est plus de savoir si nous pouvons éviter la cuisson, mais bien d'envisager jusqu'à quel degré va grimper le thermomètre planétaire. Les dommages d'une hausse de 1,5°C (déjà un seuil dépassé) comparés à ceux d'une augmentation à 2°C ont bien été esquissés par le GIEC dans son rapport de l'automne dernier (voir Global Warming of 1,5°C SR15 Summary for Policymakers, https://www.ipcc.ch/sr15/ ), malheureusement pour l'humanité, les engagements actuels des États nous dirigent vers un accroissement menant plutôt à 3,5°C sinon plus. Un état "Well done" qui implique que la production agricole mondiale sera lourdement affectée, que les migrations actuelles de populations passeront pour des balades en comparaison de celles que subiront nos enfants et petits enfants. Je m'arrête là, car toutes ces prévisions ont abondamment été explorées par bien des auteurs. Qu'ils suffisent d'écrire qu'une élévation de la température moyenne de notre Terre de 3,5° à 4°C signifie que dans bien des régions les canicules de plus de 40°C deviendront banales et que dans certaines zones, c'est plutôt du 50°C qu'il faudra considérer... Bref les "biens cuits" seront alors entrés dans l'air du temps!

    • Cyril Dionne - Abonné 22 juillet 2019 12 h 37

      @ Louise Melançon

      Oui, il faudrait taxer davantage les VUS et Cie mais à la fin de la journée, cela n'aura aucun impact appréciable sur les changements climatiques. Pour mettre cela en perspective, la Chine, c'est 13 000 Mt de GES, le Québec 78 Mt. Par habitant, la Chine produit plus de tonnes de GES (9,6 t contre 9,2 t) et ils sont 1 360 millions et nous sommes 8,3 millions. Et ce sera 16 000 Mt pour la Chine en 2030.

      @ Pierre-Alain Cotnoir

      Nous nous dirigeons vers une augmentation de température de l'ordre de 3 à 4 degrés Celsius par 2100. A ce niveau, les mers et les terres ne pourront plus absorber le carbone qui émane et il s'en ira directement dans l'atmosphère. En plus, à cause de ce réchauffement, les terres et les mers vont relâcher du C02 dans l’atmosphère. Présentement, la terre et les mers absorbent plus de la moitié du C02 produit. L'effet amplificateur du C02 annonce une catastrophe.

      Les 50°C, j’ai connu ça en Californie en traversant la région du désert de Death Valley en voiture lorsque j’ai quitté Las Vegas. Essayez 54°C ou 129°F à Baker en Californie en été.

    • Pierre Fortin - Abonné 22 juillet 2019 14 h 09

      Monsieur Cotnoir,

      Nous connaissons trop peu de choses sur les réalités de la Chine et de l'Inde, dont celle-ci :

      « Les zones forestières et agricoles couvrent aujourd'hui une plus grande superficie qu'il y a une vingtaine d'années sur l'ensemble de la planète, selon l'étude de données colligées par des satellites de la NASA. Surprise : la Chine et l'Inde, deux pays parmi ceux qui produisent le plus de gaz à effet de serre (GES), sont aussi ceux qui font le plus d'efforts de verdissement. »

      On dira qu'ils n'ont pas le choix et ce ne serait pas faux, mais les engagements pris par la Chine pour lutter contre la dégradation climatique sont réels et conséquents. C'est tout de même curieux qu'avec une population de plus de 1,3 milliards de personnes on arrive à agir politiquement plus rapidement et plus efficacement que le Canada avec à peine l'équivalent de la population de Shangai.

      Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1152386/verdissement-plantation-arbres-agriculture-chine-inde-canada

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 juillet 2019 14 h 34

      @Cyrille Dionne - Tant qu'à jouer les Cassandres, ne faut-il pas aussi soulever la diminution du phytoplancton toujours essentiel pour la regénération de l'oxygène consommé sur Terre (et essentiel pour la plupart des espèces animales vivantes) qui sera fortement affecté, selon bon nombre d'études, par les effets combinés d'une hausse de la température de l'eau de mer de surface et de l'acidification des océans causée par l'ajout des milliards de tonnes de CO2, dont une large part se transforme en H2CO3 dans l'eau...

      50°C, 54°C ou plus... alors que toute température supérieure à 37°C rend difficile l'homéostase thermique du corps, celui-ci n'arrivant plus à se réguler par la transpiration. Il suffit de quelques heures à ce régime pour subir un "coup de chaleur" pouvant entraîner la mort.

      Or, ce n'est pas la climatisation qui pourra contrecarrer ce réchauffement global... y contribuant plutôt!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 juillet 2019 18 h 17

      @ M. Pierre Fortin - merci pour ces informations, néanmoins les efforts de la Chine mêmes méritoires en regard de l'incurie d'autres États, sont loin d'être suffisants pour nous faire éviter un parcours infernal. Car, s'il faut écouter les scientifiques, ceux-ci nous pressent de diminuer de 50% notre production de GES, d'ici 10 ans (2030), puis de ramener ces émissions à zéro d'ici au mieux pour 2045, sinon 2050 afin d'éviter un emballement du climat dépassant une hausse planétaire de 2°C... Or on en est loin.

      Il faut donc que l'urgence de la situation soit ressentie, plus que rationnellement comprise, pour qu'une motivation pour des changements drastiques puisse enfin émerger.

  • Claude Bariteau - Abonné 22 juillet 2019 08 h 31

    Le problème a été abordé par des mesures visant à stopper la progression et à revenir à un état jugé acceptable. Aussi, les positions des partis politiques cherchent-elles dans ces directions.

    Vous avez raison de dire que les propositions des partis politiques canadiens ne vont plus loin que le gouvernement Harper.

    Vous avez aussi raison de dire que des gouvernements européens prennent plus au sérieux le problème en mettant de l'avant des mesures plus porteuses.

    Là se trouve la voie. Le Canada, producteur mondial de pétrole qui cherche à en tirer profit ne peut que jouer une musique qui plaît à tout le monde en autant qu'il en tire des revenus.

    De cinq partis en ligne pour les élections, le BQ est le plus audacieux. Le problème est que c'est le Québec qui peut l'être en s'alignant non sur le Canada mas sur les pays européens qui tracent la voie.

    Pourquoi choisir cette voie à contre-courant des pays producteurs et consommateurs débridés de pétrole ? Parce que c'est un moyen de créer des économies propres et de protéger la nature. Les grands pollueurs ne sont pas en position de tracer la voie. Des pays, plus petits, qui développent des énergies alternatives et les utilisent, le peuvent.

    Ils sont en position de générer un changement en éliminant le maximum d'usage du prétrole et de ses dérivés mais aussi en suscitant un changement important dans les façons de vivre.

  • Pierre Desautels - Abonné 22 juillet 2019 09 h 14

    Aucune crédibilité pour le Bloc.


    Le Bloc québécois a un problème avec son chef en matière d'écologie. Yves-François Blanchet, quand il était ministre de l'environnement, était ouvert au pétrole de l'ouest (Énergie Est et pipeline 9B) et se voyait comme le partenaires des pétrolières. Nous nous souvenons aussi de ses projets pour Anticosti. Son triste bilan va le suivre pendant la campagne électorale.

    https://www.ledevoir.com/societe/environnement/378848/quebec-se-voit-comme-partenaire-des-petrolieres

    • Cyril Dionne - Abonné 22 juillet 2019 12 h 57

      Désolé cher M. Desautels de QS, le Bloc est le seul parti qui a encore une certaine crédibilité au Québec. Les autres, c'est pitoyables. Et votre cher NPD disparaîtra du Québec lors des prochaines élections.

  • Louise Melançon - Abonnée 22 juillet 2019 09 h 43

    Bonne argumentation

    J'appuie cette approche de l'importance des énergies alternatives même si trop modestes en rapport avec la situation mondiale... Ce sont des pas dans la bonne direction. Et ça crée du neuf... c'est une vision positive et pragmatique.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 juillet 2019 13 h 13

      Mme Melançon,

      Est-ce que les pauvres et les moins riches pourront payer jusqu'à 50 sous du kWh comme ils paient au Danemark? Ils augmentent de 0,2 sous le prix du kWh au Québec et tout le monde est dans la rue pour protester. En plus, ils veulent se faire rembourser pour avoir payé des prix dérisoires auparavant. Et le comble, cet argent ou profit sert à payer pour les services sociaux.

      Les énergies alternatives sont intermittentes, ce qui veut dire qu'on est chanceux d'avoir de l'énergie produite par elles 25% du temps. En Ontario, il y a des contrats d’énergie éolienne qui ont été signé pour 80 sous du kWh. Vous voyez pourquoi Doug Ford n’était pas intéressé par l’offre de François Legault. Il nage aussi dans les kWh et doivent malheureusement honorer ces contats signés par l’ancien gouvernement libéral.

      C'est pour cela que les énergies alternatives sont presque inexistantes dans le monde. Maintenant, essayez les pays en voie de développement.

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 juillet 2019 10 h 38

    Arrêtons le cirque de la bien-pensance en imposant de vraies sanctions aux pollueurs.

    Bien dit, monsieur, Hermel Cyr, et merci pour vos suggestions. Effectivement, il faut arrêter les subventions aux pétrolières, en utilisant nos impôts pour soutenir les nouvelles énergies renouvelables.
    Je suis entièrement d'accord avec vous, qu'il faudrait aussi «imposer une surtaxe de vente très dissuasive sur les véhicules énergivores qui servent de véhicules de promenade ..... et augmenter significativement (comme en Europe du Nord) les taxes sur la consommation des produits issus des énergies fossiles (mazout, essence, gaz naturel, plastiques)».