Espace: les conspirations et l’enchantement d’Apollo 11

«Après Apollo 11, la NASA a dirigé cinq autres missions réussies vers la Lune. Cela fait qu’un total de 12 êtres humains, dans le cadre de six missions, ont marché sur la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972», rappelle l'auteur.
Photo: NASA via AP «Après Apollo 11, la NASA a dirigé cinq autres missions réussies vers la Lune. Cela fait qu’un total de 12 êtres humains, dans le cadre de six missions, ont marché sur la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972», rappelle l'auteur.

Alors que nous célébrons le 50e anniversaire du premier alunissage et de la première marche lunaire en ces 20 et 21 juillet, nous pouvons nous rappeler les événements d’Apollo 11 comme étant assurément les plus spectaculaires et importants de toute l’histoire humaine.

« C’est le plus grand événement de toute l’histoire de la race humaine jusqu’à présent. Aujourd’hui, nous célébrons le Nouvel An de la première année. Si nous ne changeons pas le calendrier, les historiens le feront », ces paroles furent prononcées sur les ondes du réseau CBS par l’auteur de science-fiction Robert Heinlein afin de décrire l’ampleur historique du succès d’Apollo 11.

L’être humain avait théorisé l’espace depuis la Grèce antique et en passant par Copernic et Kepler dans les siècles suivants. Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin posaient le pied sur le sol de l’astre le plus lumineux de la nuit terrestre. Ils laissent ainsi une trace humaine dans un monde bien lointain.

En tant qu’enseignant d’histoire, cet événement me sert à décrire l’émerveillement des années 1960. Alors que le système d’éducation québécois se démocratise, cette époque est aussi marquée par la libération féminine et la dynamisation de la jeunesse et des arts. Les missions vers la Lune représentent le rêve et la potentialité des sixties. Dans le contexte plus large du XXe siècle, ces exploits représentent une prouesse technologique notable, alors que l’invention de l’avion remontait à seulement 60 ans auparavant.

L’exploration lunaire me sert aussi en enseignement du français, alors qu’on peut travailler le récit historique. On peut amener les élèves à raconter l’histoire de ces personnages en tentant de recréer les émotions vécues et les défis qu’ils ont affrontés.

Les défis étaient remarquables et les risques tellement importants que le président américain, Richard Nixon, avait en main un discours rédigé d’avance advenant l’échec de la mission. On pouvait y lire les paroles suivantes : « Dans les temps anciens, les hommes regardaient les étoiles et voyaient leurs héros dans les constellations. Dans les temps modernes, nous faisons à peu près la même chose, mais nos héros sont des hommes épiques de chair et de sang. » Cela rappelle d’ailleurs que la mission Apollo 11 représente le point culminant de 2500 ans d’analyses et de rêves de l’Univers qui nous entoure.

Douter de l’événement

Malgré tout, malgré les objets qu’on a laissés sur la Lune et les roches rapportées, malgré les 400 000 personnes impliquées dans la réalisation de ce projet, malgré le fait que l’Union soviétique — même dans le contexte de la guerre froide — n’ait jamais formulé de doute sérieux par rapport aux succès d’Apollo, de nombreux Américains et citoyens à travers le monde continuent de douter de cet événement. À petite échelle, je le vois chez mes élèves.

Les arguments soutenant une conspiration se trouvent toujours à être les mêmes et sont ancrés dans un désir de ne pas accepter les événements les plus spectaculaires de notre existence. Mais, il n’y a aucun doute que les missions d’Apollo ont été véritables et, à force d’entendre des réfutations de cet événement, j’ai trouvé le meilleur des contre-arguments. Il suffit de rappeler qu’après Apollo 11, la NASA a dirigé cinq autres missions réussies vers la Lune. Cela fait qu’un total de 12 êtres humains, dans le cadre de six missions, ont marché sur la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972.

Alors que tous les arguments aussi cyniques qu’absurdes touchent à Apollo 11, les critiques qui se sont généralement informés sur des sites Web peu crédibles oublient de considérer les autres missions. Ces dernières ne sont pas entrées dans le folklore américain, et leurs membres ne sont pas devenus des célébrités aussi marquantes qu’Armstrong et Aldrin.

On peut certainement se souvenir que c’est dans le cadre des missions subséquentes que le rover lunaire a été utilisé afin d’explorer une surface plus vaste. C’est dans le cadre d’Apollo 14 qu’Alan Shepard jouera au golf sur la Lune, et ce sera le commandant de la mission Apollo 15, David Scott, qui laissera tomber simultanément un marteau et une plume qui toucheront le sol au même moment, prouvant ainsi qu’il se trouve sur la Lune, dans un vide atmosphérique.

Cinquante ans après la première exploration lunaire, la conquête de l’espace se poursuit, mais de manière un peu moins spectaculaire. Je continue à croire que la NASA et différentes institutions internationales se doivent de consacrer davantage de ressources humaines et financières afin d’envoyer une équipe humaine vers Mars, toujours dans le but de faire rêver la prochaine génération de scientifiques et de formuler, à nouveau, un souhait d’unité et de paix pour l’humanité.

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5 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 15 juillet 2019 08 h 30

    Il faut plutôt apprendre à habiter la Terre

    Les courts séjours de ces Américains sur la Lune étaient une prouesse technologique, seulement 60 ans après le début de l'aviation, c'est vrai. Mais l'envers de la médaille a été le scientisme que cette prouesse a propulsé. On a cru que les sciences physiques allaient régler tous les problèmes de l'humanité. 50 ans plus tard, la destruction de l'environnement terrestre par les applications de la science devrait nous faire déchanter. Les avancées de la médecine, principalement le développement des vaccins et des antibiotiques, de la chimie pour les pesticides et les engrais, de la thermodynamique pour les centrales thermo-électriques et les moteurs ont permis d'augmenter la population humaine de façon fulgurante mais aussi la force de l'intervention sur le milieu.

    La dite « conquête de l'espace » est une fuite des problèmes de l'humanité sur terre. Le projet d'un voyage sur Mars n'est d'aucune utilité et ne fait qu'alimenter un mythe. Les problèmes de l'humanité sont philosophiques, sociologiques, psychologiques et politiques. Et ce ne sont pas des technologies qui vont les régler.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 juillet 2019 13 h 17

      Entièrement d'accord M. Beaulé.

      Ce syndrome de l'explorateur qui a besoin d'aller toujours plus loin cache une inadaption a son propre environnement.

      C'est aussi poussé par une motivation très primaire de combat de coq a savoir qui irra le premier ...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 15 juillet 2019 10 h 41

    " C’est le plus grand événement de toute l’histoire de la race humaine jusqu’à présent. "

    Ben voyons !

    Le plus grand événement de toute l’histoire de la race humaine jusqu’à présent, c'est le jour où le premier homininé (et non hominidé) a vu le jour.

    • André Gagnon - Abonné 16 juillet 2019 22 h 49

      Plutôt l’élection improbable de D. Trump à la tête des ÉU. Rions un peu..

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 15 juillet 2019 11 h 44

    « un désir de ne pas accepter les événements les plus spectaculaires» (Éric Deguire)

    Je me rappelle la gueule que des connaissances ont affichée quand, lors d'une conversation, j'ai affirmé qu'en prévision de l'hiver nos Monarques (Danaus plexippus) s'envolaient vers le Mexique…

    C'était, pour ces gens-là, un exploit que serait incapable de réaliser un insignifiant papillon… Alors, imaginez-vous que l'on puisse songer quitter la Terre pour marcher sur la Lune…

    L'inertie… Quelle relation y a-t-il entre le vol d'une fusée dans l'espace et un passager debout qui est projeté à l'avant de l'autobus, lorsque celle-ci freine soudainement? Quelle relation avec le rendement volumétrique de votre moteur atmosphérique à piston?

    Je voulais ainsi illustrer que l'absence de connaissances scientifiques élémentaires est le substrat sur lequel s'élabore le scepticisme du commun face à certaines réalisations techniques.

    Lorsque j'étais enfant, j'aurais aimé que quelqu'un me dévoile les mystères de la propulsion d'une voiture sur nos routes ainsi que celui de la propulsion d'une fusée dans l'espace…

    Il m'a fallu attendre le Secondaire IV pour que l'on m'apprenne ces propriétés indissociables de la matière que sont la masse et l'inertie, lorsque nous avons abordé les cours de physique, parce que aucune institutrice à l'élémentaire et aucun enseignant avant le Secondaire IV ne pouvaient répondre à ces interrogations enfantines.