Législation: de la laïcité au Canada

«Pour la première fois depuis le référendum de 1995, le peuple québécois a posé un geste important d’affirmation nationale en choisissant de définir lui-même la nature de l’État du Québec», croit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Pour la première fois depuis le référendum de 1995, le peuple québécois a posé un geste important d’affirmation nationale en choisissant de définir lui-même la nature de l’État du Québec», croit l'auteur.

L’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État (16 juin 2019), visant les personnes en position d’autorité, a provoqué la réaction indignée, voire outrée, de l’ensemble de la classe politique et des médias du Canada anglais. Encore une fois, l’adoption d’une loi qui manifeste le caractère distinct du Québec, a été perçue comme un acte de sédition. Après le docudrame The Story of Us (film de propagande, de fiction historique, fédéraliste et francophobe), on nous présente maintenant Au coeur des ténèbres de la Belle Province. Au lendemain même de l’adoption de la loi, les acteurs politiques du Canada anglais étaient prêts à faire leur entrée sur scène : déclarations outrées, formules convenues, ton condescendant, le tout saupoudré de quelques calomnies  (« loi haineuse », « raciste »), le grand jeu, quoi !

Contrairement au consensus des anglophones contre la loi 101, la question de l’interdiction de signes religieux chez les agents de l’État, ne fait pas consensus au Canada anglais. D’où l’importance de la mise en scène politique, où, avec une mauvaise foi consommée, les acteurs politiques du « ROC », ont réduit, de façon absurde, la Loi sur la laïcité à de la discrimination contre les minorités. On dresse le tableau d’un Québec plongé dans les « ténèbres du nationalisme » ; encore une fois ! L’hégémonie de la culture américaine, et donc indirectement des nations anglophones, leur fait jauger les valeurs des autres nations occidentales, selon le prisme de leur propre code culturel, implicitement accepté comme l’aboutissement ultime du monde occidental. Dans ce contexte, que le peuple québécois ose prétendre définir lui-même son modèle d’intégration sociale constitue une pure provocation aux yeux des « élites » du Canada anglais.

La conception française de la laïcité de l’État ne correspond pas à celle du « secular state », telle que la conçoivent les pays anglo-saxons. La laïcité de l’État en France est née avec la Révolution de 1789. Elle en conserve dans son application, une forme radicale, qui impose une séparation complète de l’État et de la religion. La neutralité de l’État lui impose de ne reconnaître aucune religion, afin de respecter de manière égale toutes les croyances, incluant l’absence de croyances religieuses.

Histoire tumultueuse

La conception anglo-saxonne d’un État séculier (secular state), trouve sa source dans l’histoire tumultueuse de la réforme protestante des pays anglo-saxons. La conception d’un État séculier est le fruit d’un compromis pragmatique, typiquement anglo-saxon, qui établit que l’institution étatique est un arbitre neutre, qui reconnaît toutes les religions, sans en privilégier aucune (bien que, historiquement, cela excluait le culte catholique). Cette conception d’une forme d’État neutre est très étroite, car elle ne s’applique qu’aux institutions et non aux représentants de l’État et de ses agents. De fait, la liberté de religion des individus au Canada, comme aux États-Unis, prime sur la souveraineté du peuple. Dans le contexte canadien où le multiculturalisme est imposé comme un dogme, la vision traditionnelle de la liberté de religion réduit le rôle de l’État à celui d’un arbitre neutre, mais largement impotent face aux revendications à caractère religieux.

Ce rappel historique est important afin de ne pas tomber dans le piège de la culpabilisation, même si les tribunaux devaient finalement mettre la hache dans la loi 21 sur la laïcité. Or, il n’est pas nécessaire d’être constitutionnaliste pour savoir que la Charte canadienne des droits et libertés constitue un terrain particulièrement hostile à la conception de la laïcité, telle que défendue par la Loi sur la laïcité de l’État. S’il est possible que la clause dérogatoire prévue à l’article 32 de la Charte passe le test des tribunaux, il faut dire cependant que rien n’est moins sûr. Même en insérant une clause dérogatoire dans la loi sur la laïcité, celle-ci demeure vulnérable face aux recours devant les tribunaux pour en contester la validité. Comme la question de la laïcité est devenue un enjeu de société fondamental pour la majorité des citoyens québécois, le problème de la légitimité de la loi sur la laïcité demeurera.

La question de la légitimité relève de l’interprétation des tribunaux, mais sa source trouve son origine dans la volonté du peuple souverain, et donc est de la compétence de l’Assemblée nationale du Québec. Comme le rapatriement de la constitution en 1982 s’est fait sans même l’accord des représentants du peuple québécois, les décisions des tribunaux relativement à la loi 21, sur la question de la laïcité de l’État québécois, déborderont la sphère juridique. La question de la laïcité sera un enjeu politique, ou ne sera pas.

Pour la première fois depuis le référendum de 1995, le peuple québécois a posé un geste important d’affirmation nationale en choisissant de définir lui-même la nature de l’État du Québec. Le gouvernement de la CAQ, dirigé par François Legault, a fait acte de courage et de vision. Par-delà les clivages politiques de gauche et de droite, les citoyennes et citoyens du Québec, qui s’identifient d’abord comme membres de la nation québécoise, doivent soutenir leur gouvernement. Car ce n’est que le début d’une âpre lutte pour l’établissement d’un État laïque en Amérique du Nord. Les tenants du multiculturalisme canadien veulent réduire au rang de minorité ethnique la nation québécoise. La loi sur la laïcité, de par sa nature même, constitue un rempart contre le multiculturalisme, et comme telle, sera l’objet de toutes les attaques juridiques, idéologiques et politiques. En fin de compte, la laïcité de l’État du Québec ne sera effective et durable que si, par-delà les aléas des contestations judiciaires, une réponse politique est trouvée. Sinon, la laïcité n’aura été qu’un mirage, précédant la dissolution de la nation québécoise dans le Canada « postnational ».

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68 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 11 juillet 2019 00 h 49

    Une opinion

    «les citoyennes et citoyens du Québec, qui s’identifient d’abord comme membres de la nation québécoise, doivent soutenir leur gouvernement.»

    Que maître Houle présente ici son opinion, ça me va. Mais qu'il prétende imposer ce que doivent faire les «citoyennes et citoyens du Québec, qui s’identifient d’abord comme membres de la nation québécoise», ça ne me va pas. Ces «citoyennes et citoyens du Québec» ont droit, eux et elles aussi à leurs opinions, même si elles ne sont pas les mêmes que celles de l'auteur. Et j'aimerais bien qu'il respecte la mienne comme je respecte la sienne. Et, non, je ne soutiens pas mon gouvernement sur ce point.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juillet 2019 05 h 29

      Comme l'auteur le rappelle à regret : « De fait, la liberté de religion des individus au Canada, comme aux États-Unis, prime sur la souveraineté du peuple. » Il se réjouit que le « peuple » caquien ait circonscrit l'aire d'exercice de cette forme de la liberté de conscience. Il ne faudra pas trop compter sur lui pour prêter l'oreille à l'opinion des citoyens. Déjà qu'il se livre au tour de force assez remarquable mais prévisible de ne pas dire un mot de des effets de cette « affirmation » de nos libertés collectives sur leurs libertés...

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 juillet 2019 08 h 33

      Je suis tout à fait d'accord avec l'auteur, Christian Houle, que la loi sur la laïcité constitue «un rempart contre le multiculturalisme» qui avance les cultures et les religions obscurantistes avant les droits humains et l'universalisme progressiste.
      Toutes les cultures ne sont pas égales. L'égalité homme/femme et meilleure que la misogynie, la laïcité et meilleure que la théocratie, l'abolition de la peine de mort et mieux que son imposition, et l’humanisme est mieux que le dogmatisme religieux.
      La ghettoïsation et le communautarisme du multiculturalisme ne favorisent pas une cohésion sociale avec une vision commune. La laïcité favorise la neutralité de l'État et de ses institutions et le respect de la liberté de conscience de tous les citoyens.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2019 09 h 19

      C’est tout simplement faux d’affirmer que la liberté de religion des individus aux États-Unis, prime sur la souveraineté du peuple. La constitution américaine, dans son préambule, débute avec les mots : « Nous le peuple américain... ». Au Canada, c’est « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu... ». Toute une différence. En plus, dans le 1er amendement de la constitution américaine qui protège entre autre, la liberté d'expression, la liberté de religion, et la liberté de presse, ainsi que le droit de se réunir et de pétition, on retrouve « Le Congrès n'adoptera aucune loi relative à l'établissement d'une religion, ou à l'interdiction de son libre exercice... », ce qui sous-entend pour l’auteur de celle-ci, Thomas Jefferson, la laïcité de l’État et la séparation de celui-ci des églises. Cet amendement a été mis à l’épreuve maintes fois, comme dans le cas des conseils scolaires qui voulaient enseigner le créationniste à l’école publique et ils ont été déboutés à chaque reprise, par la Cour suprême américaine.

      Le Québec n’a pas signé la constitution de 1982 comme il n’a pas signé la charte canadienne des droits et libertés. Pour de la charte québécoise, une bibitte du gouvernement libéral de 1975, celle-ci ne reflétait pas l’immigration massive et les problèmes sociétaux encourus. La liberté collective primera toujours sur celle individuelle dans une communion sociétale sinon, c’est la Tour de Babel réinventée. Pour ceux qui s’en remettent au gouvernement des juges, eh bien, législativement, leurs décisions n’a pas court légal ou moral au Québec. Les Québécois veulent un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple d’où son Assemblée nationale.

      Le multiculturalisme imposé et son bâtard, le communautarisme, n’est pas le Québec. Et si on ne s’identifie pas à la nation québécoise, à quelle nation s’identifie-t-on? Au Canada où la nation québécoise est reléguée à une ethnie quelconque parmi d’autres?

    • Claude Bernard - Abonné 11 juillet 2019 10 h 51

      Comme vous dites, le diagnostic doit précéder le traitement et on n'a pas à nous dicter nos opinions.
      Je rejoins M Houle sur l'affirmation nationale qui me semble cependant loin d'être importante, peut-être même plutôt ridicule en tant que telle.
      Elle, cette loi, ne fait pas du Québec une nation (M Bariteau a raison à ce sujet) ni un Province laïque (ce qu'il était déjà), tout ce qu'elle accomplit c'est de donner l'illusion d'un réveil inexistant, car on ne peut se réveiller que si l'on dort ce qui n'est pas le cas pour la majorité des membres de l'entité dominante au Québec (comme aurait dit, je crois, Fernand Dumont).
      Là où je décroche, contrairement à Mme alexan je n'y vois pas un rempart contre quoi que ce soit; ni contre le multiculturalisme dont l'influence est si subtile (si elle existe) que peu connaissent ses effets, ni un rempart contre l'islamisation du Québrec qui, ne l'oublions pas, a déjà été le principal argument en faveur du PL21 mais qui a disparu dans les brumes de l'affirmation identitaire et dans celles du barrage contre le multiculturalisme.
      La montée d'une religion obscurantiste comme l'Islam ne sera pas ralentie si facilement, à mon avis; elle sera peut-être aidée par l'effet d'un resserrement du sentiment identitaire non pas des francophones mais des musulmans pratiquants du Québec.
      Lors que l'on verra une lutte entre sentiments identitaires on sera, je crois, en plein super multiculturalisme, ce qui va contre l'humanisme et la laïcité.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 11 juillet 2019 10 h 55

      "Les citoyennes et citoyens du Québec...DOIVENT soutenir leur gouvernement." Bien d'accord avec vous M. Jodoin. On ne doit pas imposer son opinion, mais bien la suggérer. Ainsi nous aurions dû lire DEVRAIENT plutôt que doivent.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juillet 2019 14 h 42

      Monsieur Dionne lit une nouvelle fois le récit de Babel à l'envers.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 juillet 2019 21 h 11

      La question identitaire ou même la question de savoir si une province devrait faire l'indépendance (qui sont différentes) n'ont aucune pertinence dans ce débat. Les positions diverses sur le PL21 ne devraient porter que sur ces questions: Vise-t-on comme objectif la neutralité religieuse de l'État?, Qu'est-ce que la neutralité religieuse de l'État? Et si on vise la neutralité religieuse de l'État, quel est le meilleur moyen d'atteindre cet objectif? Entraver dans une certaine mesure la liberté de conscience est-il légitime pour ce faire et si oui, dans quelle mesure?

      Ces questions seraient les mêmes pour l'Ile-du-Prince-Edouard, l'Ontario, le gouvernement fédéral ou le Québec. Le fait qu'il se pourrait que telle approche soit plus populaire que telle autre dans telle région ou telle autre n'a pas de pertinence quant à la nature elle-même du débat. Par exemple, l'Association humaniste du Canada, pan-canadienne, est plutôt pour le PL21. QS, indépendantiste, est contre.

      Utiliser ce débat pour nourrir des conflits d'une autre nature, comme celui du rapport entre le Québec et le ROC, est un détournement de discussion. Peut-être un élément de stratégie pour fins de propagande identitaire ou indépendantiste.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 juillet 2019 21 h 22

      Les citoyennes devraient en effet examiner les politiques des divers gouvernements selon les mérites ou démérites propres à ces politiques. En tout cas, ça fait une démocratie plus saine lorsqu'on délibère sur les politiques à leur mérite, me semble-t-il.

      L'affirmation selon laquelle on "doit" appuyer le gouvernement du Québec parce que c'est notre gouvernement ne va pas dans ce sens.

      Je fais une analogie avec la position du Bloc qui voit sa mission comme celle de "défendre les intérêts du Québec" et interprète celle-ci comme étant d'appuyer toutes les positions du gouvernement du Québec, parce qu'elles venaient du gouvernement du Québec. Ça a donné l'appui à la production d'amiante, un produit notoirement toxique. Mais bon, le Bloc doit se trouver une raison d'exister alors que la perspective d'un gouvernement indépendantiste au Québec semble de moins en moins probable et de plus en plus éloignée.

      L'identitaire non-pertinent invoqué pour le PL21 sera du vrai bonbon pour le Bloc, qui bénéficiera encore du respirateur artificiel, comme ça a été le cas avec le scandale des commandites.

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 juillet 2019 11 h 44

      Vos écrits sont mesquins, M. Maltais Desjardins.

      En général je vous réponds sur le même ton pour vous ramener au plancher des vaches.

      Cette fois-ci vous devrez vous justifier seul.

      En quoi est-ce qu'un code vestimentaire "circonscrit l'aire d'exercice de cette forme de la liberté de conscience"?

      Vous décrivez un régime totalitaire. Impossible de lire autre chose.
      Vous dites que ce gouvernement doit être condamné par le tribunal de La Haye.

      "l'aire d'exercice de cette forme de" entre "circonscrit" et "la liberté" n'y change rien. L'accusation reste, acérée comme une hache.
      Et ce malgré cette tentative de vous rendre illisible pour atténuer non pas l'attaque mais le retour vers l'auteur. Un bien petit bouclier de mots insipides. On parle de mesquinerie?

      Vous n'écrivez rien pour nuancer cette phrase par après, ni n'allez au bout de cette accusation d'absolutisme.
      Est-ce par respect que vous accusez en termes non équivoques mais... perdus dans la brume de "l'aire"? Euh... non.

      "...nos libertés collectives sur leurs libertés..."
      C'est vous qui parlez de "nos" et "leurs" libertés. Vous voulez souligner, sans en avoir l'air, la part de l'"identitaire"? Euh... oui.

      L'identitaire a deux tranchants, vous avez remarqué?
      En se servant de ce mot comme d'une insulte, on honore les peurs identitaires des certaines personnes ou groupes. Vous ne vous en excluez nullement, au contraire!

      Puisqu'aucune religion n'exige le moindre signe mais que des signes continuent à être dits "religieux", puisque ces signes sont obligatoires dans certains pays du monde et que beaucoup de personnes disent tenir à porter ces signes ici après avoir quitté ces pays, comment faites-vous pour ne pas les dire, et vous dire, "identitaire"?
      Vous insultez, aucun doute.
      La question est... qui?

      En conclusion, vous parlez, en des termes utilisés contre des criminels, d'un.... code vestimentaire.

      Débrouillez-vous tout seul. J'en ai assez de vos jongleries puériles.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 11 juillet 2019 01 h 07

    Se définir

    La conception selon laquelle on se définit par la religion ou la non-religion se retrouve dans les chartes de liberté, au même titre que l'orientation sexuelle, la couleur de la peau, la «race». Voilà ce que sont les ténèbres. On voit à quel point la religion nous empoisonne à l'os depuis des millénaires. Il est temps qu'on se libère de ce joug. Il y a aussi une bonne dose d'hypocrisie dans cette pseudo inclusion. Bien sûr mon voisin est musulman, je le salue mais si je suis chrétien, je crois dans mon for intérieur qu'il ira dans «mon» enfer.

    • Louise Collette - Abonnée 11 juillet 2019 17 h 39

      <<nous empoisonne à l'os>> c'est exactement ça.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 juillet 2019 23 h 40

      "...je crois dans mon for intérieur qu'il ira dans «mon» enfer."

      Qui sait, peut-être passerez-vous, votre voisin et vous, l'éternité ensemble dans l'enfer sikh?

  • Raymond Labelle - Abonné 11 juillet 2019 03 h 14

    Ha, si le gouvernement avait autant la volonté de défendre l'État québécois...

    ...en intervenant dans la cause de la Colombie-Britannique TransMountain pour aider à permettre à l'État québécois d'empêcher le fédéral d'éventuellement lui imposer un pipeline... Il ne l'a pas fait. Mais bon, la CAQ était pour Énergie Est lorsqu'elle était dans l'opposition - si on peut s'en laver les mains en blâmant le fédéral...

    Mais le gouvernement québécois a préféré se joindre à l'Ontario, à l'Alberta et à la Saskatchewan pour combattre la capacité du gouvernement fédéral d'imposer une taxe sur le carbone... dans le cadre d'une loi qui permet aux provinces d'imposer la leur propre à leur manière... et qui n'impose une taxe sur la carbone dans une province que lorsqu'une province ne le fait pas...

    Par exemple. Ne pas trop se laisser distraire par le PL21, qu'on soit pour ou contre. Il y des choses qui affectent plus le bien commun que le droit ou non des enseignants ou des policiers de porter un signe religieux en fonction.

    D'ailleurs, le Devoir publie trop d'essais trop souvent sur le PL21 - les arguments, pour ou contre, sont devenus très répétitifs. Et ont pas mal tous été évoqués. Comme cela soulève souvent de l'émotion, cela fait passer trop à l'arrière-plan divers enjeux socio-économiques importants.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juillet 2019 08 h 06

      Bref, qu'on passe à autre chose ? Pas du tout, monsieur. Pas du tout.

  • Martin Chatigny - Abonné 11 juillet 2019 05 h 29

    Bravo!

    Oui, ce seul mot pour qualifier ce texte de C. Houle.
    Il démontre très bien où est le verrou. Il faut avoir le courage politique d’en utiliser les clefs.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 juillet 2019 08 h 31

      @ M. Chatigny
      Absolument et parfaitement d'accord avec vous.
      Ce texte fait du bien à lire tellement il résonne en mon être sociologique québécois. Merci M. Houle!!!

      En le parcourant, je ne pouvais faire autrement que penser au propos intelligent, pertinent et pas-piqué-des-vers de Mathieu Bock-Côté, propos qu'il tient dans son dernier livre : L'empire du politiquement correct. À mon avis, à lire absolument

    • Gilles Théberge - Abonné 11 juillet 2019 10 h 15

      Oui, monsieur Marcoux a raison. Le livre de Mathieu Bock Côté traite de ce sujet de manière éloquente.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2019 12 h 53

      La lecture de M. Bock-Côté est d'un « nationalo-nationaliste » à la manière du chanoine Groulx.

      Intelligents ses propos ? Plutôt passéistes et ghettoïsant.

      Le courage politique est d'ordre politique. S'il s'inspire de l'histoire, il ne fera pas l'histoire en faisan tla promotion d'une nation imaginée par la Grande-Bretagne que ce pays a mis à son service en soudoyant le clergé, les seigneurs et des commis de l'État pour en faire un population distincte des Britanniques.

      Aujourd'hui, lire la L21 avec ces oeuillières ouvre la voie non à l'affirmation du peuple québécois qu'exprime l'électorat mais à l'affirmation des membres imaginés d'une nation imaginaire.

      Un minimum de rigueur s'impose. Les « nations » auto-proclamées sans pays ne sont pas des nations au sens contemporain du terme. M. Bock-Côté en se faisant le chantre d'une telle nation enferme le Québec dans la lecture canadienne.

      Cela dit, créer un pays implique de créer une nouvelle nation avec ceux et celles qui mettent l'épaule à la roue. Ça n'enlève rien aux habitants de longue date. Ça dit seulement qu'il y a aussi des habitants plus récents qui conçoivent le Québec comme eux parce qu'ils partagent des passés analogues.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 juillet 2019 20 h 37

      @ M. Bariteau
      Je vous suggère de lire le livre de M. Bock-Côté avant de formuler vos critiques plutôt superficielles et méprisantes à son endroit. Quand je lis son livre, je ne me sens pas enfermer pantoutte. Je me sens ouvert sur le monde et accueillant à ceux et celles qui veulent s'y intégrer pour partager notre culture et notre territoire.

      Du haut de votre chaire hautaine avec, entre autre formule, qu' «un minimum de rigueur s'impose», il me vient l'idée de vous demander : Pour qui vous prenez-vous donc? Votre ton d'autorité vaniteuse ne m'impressionne pas. Il m'agace et m'irrite

    • Claude Bariteau - Abonné 12 juillet 2019 12 h 05

      M. Marcoux, je connais les idées de M. Bock-Côté et il connait les miennes. Nous nous sommes même croisés à quelques reprises de façon respectueuse.

      Le point qui nous distingue est l'affirmation la présomption de M. Bock-Côté que le Québec « nous » appartient et que s'y exprime sur notre territoire « notre » culture, qui est accueillante pour les gens qui veulent la partager.

      Tout ça, pour moi, est une construction imaginaire qui a pour assise l'idée qu'une « nation » est née en 1608.

      L'idée de cette « nation » fut conçue par les Britanniques pour exclure les ressortissants français de l'exercice du pouvoir et s'est consolidée avec la reconnaissance, par la Grande-Bretagne, d'intermédiaires, entre eux et les ressortissants français, que furent les seigneurs, le clergé catholique et les commis d'État reconnus par Londres comme leurs chefs.

      L’historien François-Xavier Garneau a bonifié cette idée en réplique à Lord Durham. C’est aussi cette idée que le PM Mercier a valorisé après la pendaison de Louis Riel. Et cette cette idée qu’on retrouve à la Commission Tremblay, reprise par le PLQ et son slogan « Maître chez nous ». Elle est une constante chez les promoteurs d’une indépendance en référence à une nation préexistante comme chez les autonomistes.

      M. Bock-Côté est le théoricien et le promoteur le plus articulé du projet d'indépendance dans cette lecture. Mais, pas le seul.

      L'approche qu'ils promeuvent fait du projet de pays une affaire qui renvoie au passé. Un passé, ne l'oublions pas, chosifié par les Britanniques et maintenant par les Canadiens

      Parce qu’il l’a été et l’est toujours, il rend secondaire une démarche basée sur l’égalité des futurs citoyens et des futures citoyennes qui créeront le pays du Québec.

      Un pays se crée par des gens qui se voient citoyens égaux et mettent l’épaule à la roue pour changer l’ordre politique, pas pour en fonder un à partir d’une nation imaginaire.

      En tout respect.

    • Raymond Labelle - Abonné 12 juillet 2019 15 h 04

      Je crois comprendre votre tentative de résolution des difficultés de la question nationale M. Bariteau (si je me trompe, vous pouvez le dire).

      C’est qu’il est de définir une nation d’une façon différente que celle de «citoyen.nes d’un État-nation donné », lequel État-nation exerce sa souveraineté sur un territoire défini. Quand on commence à référer à la culture, ça devient difficile – la culture est une réalité mouvante dans le temps et l’espace, et plusieurs groupes sur un territoire pourraient avoir différentes cultures et les distinctions entre les groupes ne sont pas nécessairement claires. En plus, il y a la perception subjective des personnes membres du groupe. De plus, quand il s’agit d’assigner un territoire à des personnes d’une culture, cette réalité mouvante, le plus souvent, ne correspond pas au territoire d’un État-nation. Votre position évite harmonieusement toutes ces difficultés.

      Mais elle a aussi sa difficulté propre: Pourquoi vouloir créer un État-nation nouveau, différent de celui dans lequel on est déjà? Il doit bien y avoir des conditions pré-existantes à une telle volonté? Qu’est-ce qui fait que l’exercice d’une telle volonté est désirable dans tel cas, et pas dans l’autre?

      Plusieurs indépendantistes, dans le cas québécois (et d'autres), voient justement dans l'identification à cette culture la condition pré-existante à la volonté de créer un nouvel État, ce qui n'exclut pas nécessairement le respect des minorités. Ça me semble être votre discussion avec MBC. Et sinon, quelle serait la condition pré-existante dans le cas québécois?

    • Raymond Labelle - Abonné 12 juillet 2019 21 h 20

      Je comprends que vous déplorez les restants monarchiques de notre régime politique. Mais alors, pourquoi ne pas proposer que le Canada dans son entier devienne une république? Les Patriotes visaient l’indépendance, mais il ne faut pas oublier que le Bas-Canada était alors une colonie par elle-même – il s’agissait de se détacher du Royaume-Uni, d’où l’idée d’indépendance. Une aspiration républicaine non nationaliste. Transposé à notre réalité actuelle, la logique formelle de la suite ne devrait-elle pas conclure à l’indépendance du Canada tout entier par rapport au Royaume-Uni?

      Par ailleurs, on a quand même l’impression que, en pratique, le Canada est indépendant et une monarchie constitutionnelle peut être plus démocratique que des républiques, même si ça n’est pas formellement le cas. Les pays scandinaves, par exemple, sont des monarchies constitutionnelles. Et la Turquie est une république. Il y a quelquefois une marge entre le réel et le formalisme officiel des institutions.

  • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2019 05 h 45

    Dans votre texte, vous référez au peuple, à la nation et à l'affirmation nationale, estimant que « le peuple québécois a posé un geste important d’affirmation nationale en choisissant de définir lui-même la nature de l’État du Québec ». Puis, vous invitez « les citoyennes et citoyens du Québec, qui s’identifient d’abord comme membres de la nation québécoise », à soutenir leur gouvernement.

    Le Québec n'est pas un pays avec des citoyens et des citoyennes. Ce n'est qu'une entité provinciale qui a qualifié son Assemblée législative d'Assemblée nationale. C'est en vertu des règles propres au gouvernement du Québec que la L21 a été adoptée, une loi qui délimite des règles d'interprétation et de visibilité de la laïcité de l'État du Québec.

    Vous avez raison d'écrire qu'il s'agit d'une affirmation politique importante parce qu'elle va à l'encontre de la façon canadienne de concevoir la laïcité et que cette loi relance le débat laissé en suspens en 1995. En fait, cette affirmation politique annonce la relance du débat politique. Aussi m'apparaît-il prudent de ne pas le définir en référent à une nation préexistante mais plutôt dans ceux d'un pays à fonder en référant aussi à l'économie, à l'environnement et aux liens à consolider entre les Québécois et les Québécoises.

    Dans cette perspective, je ne vois pas le gouvernement actuel du Québec porteur d'une telle approche, ce qui n'enlève en rien à la L21 adoptée avec l'appui du PQ. Il importe plutôt de voir dans l'appui populaire à cette loi une affirmation politique qui rejoint le peuple québécois, peuple qui comprend l'ensemble des habitants de la province sans distinctions ethnoculturelles.