Projet de loi 21: laïcité à géométrie variable

«Lorsqu’on a tenté de retirer le crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement en 2017, la levée de boucliers fut tellement intense que l’objet a été remis en place rapidement», rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Lorsqu’on a tenté de retirer le crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement en 2017, la levée de boucliers fut tellement intense que l’objet a été remis en place rapidement», rappelle l'auteur.

Je vacille entre l’athéisme et l’agnosticisme depuis l’âge de 15 ans. Un grand nombre de voix associées à de tels mouvements se réjouissent des nouvelles restrictions en vigueur depuis l’adoption de la loi 21. L’aveuglement de certains individus et regroupements (comme l’Association humaniste du Québec, qui réunit des athées et des agnostiques) quant aux contradictions et déséquilibres introduits par cette loi m’incite à remettre en question les prétentions humanistes de plusieurs intervenants dans ce débat.

En tant qu’agnostique qui prône la laïcité et l’impartialité de l’État, j’ai l’impression que mes valeurs ont été détournées pour accommoder un vaste programme d’invisibilisation des minorités. Je me désole de constater que plusieurs amis et amies athées ou agnostiques ne sont pas en mesure de réaliser ou d’admettre que la loi 21 instrumentalise et dénature les valeurs que nous défendons.

En tant que catholique baptisé, je suis désormais associé — grâce à la loi 21 — à un groupe qui possède une sorte de « droit acquis » par rapport aux minorités (même celles, faut-il le noter, qui pratiquaient leur spiritualité sur ce territoire bien avant que mes ancêtres français s’y installent). En effet, comme le relate un article récent ( Les crucifix pourront rester dans les écoles et les hôpitaux de Mylène Crête, publié dans Le Devoir du 20 juin 2019), le gouvernement a décidé que cette loi n’intégrera aucune directive concernant le retrait des crucifix dans les institutions publiques et prétendument laïques où des individus seront forcés de retirer leur signe religieux. Les sondages révèlent que plusieurs tenants de la « laïcité » souhaitent maintenir en place les crucifix dans les institutions publiques. Tout ceci se déroule alors même que le Québec prend conscience du devoir collectif de poser des gestes radicaux de réconciliation envers les Premières Nations.

Si l’on veut restreindre l’influence du religieux sur le politique, comment justifier qu’une loi cible avant tout des minorités religieuses qui n’ont aucun pouvoir effectif sur l’État, alors que les traces visibles d’un concubinage historique se voient tolérées ou protégées ?

On ne semble pas mesurer collectivement le ridicule de la situation : on a choisi d’intituler cette chose « Loi sur la laïcité de l’État », mais seul l’individu doit s’y soumettre, et l’on trouve normal que l’une des religions demeure plus visible au nom du patrimoine ou alors « parce que, ici, c’est comme ça ». Or, ce n’est absolument pas normal, et ça n’a vraiment pas toujours été comme ça, ici. C’est, au mieux, de la laïcité à géométrie variable, au pire, de l’hypocrisie qui se drape dans le voile de la vertu. […]

Crucifix au mur

Si l’on tient mordicus à imposer la laïcité à certains citoyens et citoyennes, la moindre des choses serait de s’assurer qu’il n’y a pas un crucifix au mur quand on les menace de « simplement » changer d’emploi pour préserver le droit d’exprimer leur conviction religieuse. […]

Il aurait été tellement plus simple que l’on se contente de voir et d’accepter la diversité des croyances, d’éduquer les enfants à propos des différentes postures par rapport au fait religieux (incluant l’athéisme et l’agnosticisme) et de valoriser la discussion et la critique respectueuse. On a préféré feindre une crise nationale et légiférer « de manière modérée » en réponse à cette crise imaginaire. Si l’on admet qu’il n’y a pas de crise, cependant, cette loi est tout sauf modérée.

Le Québec a changé avec cette loi, et je crois que nous avons maintenant un devoir collectif de solidarité envers les minorités touchées.

L’institution catholique s’est prononcée contre la loi et prêche dans ses communications officielles des valeurs de respect et d’ouverture envers les minorités religieuses. Elle se montre ainsi, en théorie, beaucoup plus humaniste que l’association athée agnostique mentionnée plus haut, dont l’humanisme autoproclamé ne semble pas se traduire en compassion pour les individus concernés. Je crois que l’Église et ses fidèles solidaires devraient refuser de jouir d’une visibilité apparemment plus tolérable aux endroits mêmes où des individus pourraient perdre leur emploi, et donc indirectement cautionner l’esprit discriminatoire de la loi. Pour éviter cette gêne, dans le Québec de la loi 21, ne faudrait-il pas faire pression sur les établissements afin que soient retirés les crucifix facilement amovibles ? Il me semble que l’Église catholique, fondée sur des valeurs de compassion, devrait maintenant envisager cette possibilité.

Combien d’établissements possèdent des crucifix visibles et facilement amovibles ? Ce n’est pas clair. Sonia LeBel a imposé aux palais de justice de les retirer (on la salue, au moins, pour la cohérence) ; on en retrouvait dans 17 édifices gouvernementaux liés à son ministère. Ça ne doit pas être si rare dans les hôpitaux, les écoles et les postes de police à la grandeur du territoire. Lorsqu’on a tenté de retirer le crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement en 2017, la levée de boucliers fut tellement intense que l’objet a été remis en place rapidement. Une partie des gens qui se sont battus pour demeurer visibles à ce moment ont contribué à élire un gouvernement qui promettait de rendre les autres croyances moins visibles.

Invisibilisation

En tant qu’individus qui valorisent la laïcité de nos institutions, je crois qu’il est essentiel, à ce stade, de confronter ces adeptes de la laïcité à géométrie variable. Peut-être que lorsqu’ils et elles auront connu — à l’instar des minorités — la menace de se voir invisibiliser par l’État, ils et elles seront à même de mieux comprendre ce que peut vivre une partie de leurs concitoyens et concitoyennes dans le Québec d’aujourd’hui. Si les demandes de retrait venaient de l’Église elle-même, peut-être que ces individus accepteraient plus facilement une laïcité qui met tout le monde sur un même pied d’égalité.

Aux amis et amies athées ou agnostiques qui croient que la loi 21 représente un progrès, j’aimerais rappeler que l’un des aspects les plus communément dénoncés par nos regroupements concerne l’imposition des croyances de façons plus ou moins violentes au cours de l’histoire des religions. Bien plus que les catholiques adeptes de laïcité à géométrie variable, il me semble qu’une personne athée ou agnostique qui veut imposer sa vision de l’univers à des individus croyants (à grands coups de police de la laïcité) adopte une position contradictoire et intenable. Plusieurs mesures pour assurer la laïcité de nos institutions pourraient être défendues, mais assurément, l’invisibilisation d’individus issus de minorités n’en fait pas partie.

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124 commentaires
  • André Labelle - Abonné 8 juillet 2019 01 h 09

    ROME NE S'EST PAS CONSTRUIT EN UN JOUR !

    Je ne sais pas trop où vous voulez en venir sinon que le gouvernement a tort à propos de la loi 21.
    Mais Rome ne s'est pas construit en un jour et je considère cette loi 21 comme peut-être un premier pas pour éradiquer de la vie publique toute référence religieuse. Je vois donc votre texte comme une étape vers cet objectif.
    Quant à l'expression «les minorités» je soumets qu'elle sous-tend une ghettoïsation d'une partie des citoyens et propose leur infantilisation quant à leur relation avec l'État.
    Vous écrivez : «Si l’on veut restreindre l’influence du religieux sur le politique, comment justifier qu’une loi cible avant tout des minorités religieuses [...]», or il me semble que la loi 21 n'a pas cet objectif. Elle ne vise que certaines personnes précises. Votre généralisation me semble très abusive quant à l'extension que vous donnez à cette loi. Bref vous errez quant à la portée de cette loi.

    «Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes.»
    [George Bernard Shaw]

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juillet 2019 11 h 00

      Je suis d'accord avec l'auteur, Carl Therrien, qu'il faudrait enlever les crucifix de nos institutions publiques, une question de cohérence.
      Par contre, le professeur n'a pas raison d'évoquer la discrimination contre les minorités avec la loi 21 sur la laïcité. Les religions qui essayent de s'imposer par le biais de signes religieux ostentatoires le font par un zèle de prosélytisme. Nos lois doivent aussi nous protéger contre les religions à outrance qui ne respectent pas notre liberté de conscience et notre égalité homme/femme.
      Il ne faut pas oublier, non plus, que la restriction se limite à la fonction publique et dans les écoles où la neutralité de l'État s'impose. La religion se pratique en privé. On n'a pas besoin d'étaler nos croyances sur la place publique.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2019 12 h 01

      @ Nadia Alexan,

      Le voile n'est pas un signe religieux, déclarait sans détour Fatima Houda-Pepin elle-même. C'est une simple pratique de la pudeur affirmait une musulmane voilée sur la page Facebook de Musul Beauce.

      - Vous n'irez nulle part avec cette loi aussi inapplicable que discriminatoire.

      Mieux vaudrait investir dans l'intérgration des nouveaux arrivants, notamment par l'emploi, comme le propose Québec solidaire.

      Référence :

      " Il n’existe pas de « signe religieux » en islam. En effet, aucune source autorisée, à savoir le Coran et les Hadiths du prophète, ne parle de « signe religieux » et encore moins du voile comme l’expression symbolique de cette religion." - Fatima Houda-Pepin

      https://www.journaldemontreal.com/2019/05/26/vous-avez-dit-signes-religieux

    • Marc Therrien - Abonné 8 juillet 2019 12 h 14

      Quand je pense à François Legault qui a dit qu’il souhaitait que Dieu existe car sinon la vie serait injuste et aux fervents approbateurs de la Loi sur la laïcité de l’État qui sont favorables au maintien du crucifix dans les écoles ou palais de justice parce qu’il est davantage un objet patrimonial historique qu’un signe religieux, je repense tout à coup à André Gide qui a écrit qu’«il est une certaine façon d'adorer Dieu qui me fait l'effet d'un blasphème. Il est une certaine façon de nier Dieu qui rejoint l'adoration.»

      Marc Therrien

    • Christian Roy - Abonné 8 juillet 2019 12 h 21

      @ Mme Alexan,

      Je doute que vous soyez influençable au point où "Nos lois doivent aussi nous protéger contre les religions à outrance qui ne respectent pas notre liberté de conscience et notre égalité homme/femme."

      À ce propos: qui est ce "nous" ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2019 13 h 30

      @ Nadia Alexan,

      Le voile n'est pas un signe religieux, déclarait Fatima Houda-Pepin elle-même.

      Mieux vaudrait investir dans l'intérgration des nouveaux arrivants, notamment par l'emploi, comme le propose Québec solidaire.

      Référence : Vous avez dit «signes religieux»?

      " Il n’existe pas de « signe religieux » en islam. En effet, aucune source autorisée, à savoir le Coran et les Hadiths du prophète, ne parle de « signe religieux » et encore moins du voile comme l’expression symbolique de cette religion." - Fatima Houda-Pepin

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juillet 2019 13 h 50

      Rome ne s'est pas construite en un jour une cohérence minimale aurait exigé une interdiction des signes religieux dans les écoles. Et que cela peut se faire très rapidement.

      Accordons qu'un.e enseignant.e a plus d'autorité morale sur les enfants et les ados à qui elle ou il enseigne que la décoration d'un mur, mais l'aspect symbolique demeure important surtout que les enseignant.es sont plus particulièrement visé.es par la loi.

      Même avec le silence de la loi le ministre de l'éducation aurait pu faire retirer les crucifix des écoles, comme d'ailleurs l'a fait avec sagesse la ministre de la Justice pour les salles d'audience et des palais de justice.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 juillet 2019 14 h 06

      Monsieur Labelle, le ministre aurait-il agi de manière cohérente, cela aurait été une première...

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juillet 2019 16 h 20

      À monsieur Christian Roy: À votre question «qui est le nous»? «Le nous» sont les gens progressistes qui croix aux «valeurs universelles» de l'égalité homme/femme, à la curiosité intellectuelle qui conduit à un esprit critique, à la liberté de penser hors de la boite du «politically correct», à la liberté d'expression contre les lois sur le blasphème et contre les idées reçues imposer par les religions.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juillet 2019 16 h 36

      À monsieur Christian Montmarquette: Vous essayez de détourner les paroles de madame Fatima-Hoda-Pepin qui appuie la loi 21 sur la laïcité. Ce que madame Pepin voulait dire c'est, puisque le voile n'est pas une obligation religieuse, alors pourquoi l'entêtement de le porter?
      On le porte comme signe identitaire de l'intégrisme religieux imposé par le patriarcat comme porte-étendard de l'islam politique prosélyte!

    • Céline Delorme - Abonnée 8 juillet 2019 17 h 26

      Comme le dit Madame Labelle: "on ne sait pas trop où M Therrien veut en venir". On cherche en vain un argumentaire du discours qui soit logique et compréhensible.
      Selon le site de l'Université de Montréal, monsieur est professeur en "Jeux vidéos" et science-fiction. Ce domaine de spécialité donne-t-il le provilège de se prononcer en tant que professeur, sur la société, la religion et les droits des femmes?

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2019 19 h 50

      @Nadia Alexan,

      "Vous essayez de détourner les paroles de madame Fatima Houda-Pepin" - Nadia Alexan

      Difficile de détourner des paroles, quand on cite un verbatim mot à mot et qu'on donne le lien d'origine.

      D'ailleurs je ne tente pas de détourner les paroles de Fatima Houda-Pepin, mais de mettre en relief leurs conséquences. En ce sens que je vois mal comment la loi 21 pourra interdire le port du voile à titre de signe religieux, alors qu'il ne s'agit pas d'un signe religieux. Et qui plus est, en admettant vous-même qu'on porte le voile comme signe identitaire de l'intégrisme imposé par le patriarcat.

      1 ) C'est alors traiter toute les femmes qui porte le hijab d'intégristes, ce qui est faux.

      2 ) C'est aussi dire que le voile est imposé à toutes les femmes par des hommes, ce qui est aussi faux, et démenti par de nombreuses musulmanes féministes du Québec qui ont librement choisi de porter le voile.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 11 h 04

      Mme Houda Pépin propose son interprétation de l'Islam selon laquelle, d'après elle, le port du voile ne serait pas obligatoire.

      Mais si certaines branches de l'Islam interprètent le Coran comme quoi le port du voile serait obligatoire et que ces branches constituent une religion alors, pour les personnes qui prêtent foi à ces branches, le port du voile est obligatoire et donc, le port du voile un signe religieux.

      Pour illustrer avec une autre religion - certaines branches du christianisme interprètent que les prêtres ne peuvent pas se marier, et d'autres que oui. Or, les Écritures ne semblent pas vraiment prévoir que les prêtres ne peuvent pas se marier, en tout cas, ça semble l'interprétation la plus raisonnable. Mais on peut bel et bien dire que l'interdiction des prêtres de se marier est une prescription de la religion catholique.

      Je ne vais pas m'aventurer à interpréter le Coran, mais je suis certain que des branches importantes de l'Islam interprètent celui-ci comme prescrivant le port obligatoire du voile.

      Voici les passages du Coran interprétés par certaines branches de la religion musulmane comme signifiant que le port du voile est obligatoire:

      « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles, c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées… » (Coran 33, 59).

      « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines , de ne montrer leurs atours qu’à leur époux…Dis leur encore de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour ne pas montrer leurs atours cachés. » (Coran 24, 31).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 juillet 2019 14 h 28

      Qu'un signe religieux soit prescrit ou pas par le dogme ou par une interprétation de celui-ci, ce ne sont pas nos oignons et ne doit peser d'aucun poids dans le fait de le permettre ou pas.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2019 14 h 48

      "Certaines branches de l'Islam interprètent le Coran comme quoi le port du voile serait obligatoire.." - Raymond Labelle

      1 ) Comment la loi 21 pourra-t-elle différencier une interprétation d'une autre?

      2 ) Le voile n'est pas porté à titre de signe religieux (interdits par le Coran), mais comme le faisait remaquer une membre de Musul Beauce, comme expression de la pudeur.

      - Allons-nous interdire les comportements pudiques au Québec?

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 15 h 16

      Si une religion ou une branche d'une religion, directement ou par interprétation, ne prévoit pas le port d'un signe, il ne s'agit pas d'un signe religieux selon cette religion ou cette branche.

      S'en remettre strictement à la subjectivité de la porteuse ou du porteur du signe, qui n'est vérifiable que par sa parole, permettrait de traiter comme religieux des signes qui ne sont prescrits par aucune religion.

      Par exemple, si j'estime personnellement dans le fond de ma conscience que de porter une passoire à spaghetti sur la tête me permet de me rapprocher de Dieu, faudrait-il considérer ce port comme un signe religieux?

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2019 16 h 10

      "S'en remettre strictement à la subjectivité de la porteuse ou du porteur du signe, qui n'est vérifiable que par sa parole.." Raymond Labelle

      C'est pourtant ce que dit la loi :

      « Est un signe religieux tout objet, notamment un vêtement, un symbole, un bijou, une parure, un accessoire ou un couvre-chef qui est soit porté en lien avec une conviction ou une croyance religieuse..»

      "Porté en lien avec une conviction ou une croyance religieuse.."

      Qui d'autre que la personne elle-même pourrait dire s'il s'agit d'une conviction religieuse pour elle-même?

      Et comment la loi pourra-elle différencier un foulard esthétique d'un foulard islamique?

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 17 h 46

      À CM. Il suffit de savoir qu’un signe est recommandé ou prescrit par une branche d’une religion donnée et qu’il soit reconnaissable par les tiers comme tel pour qu'il soit considéré comme un signe religieux. Il n’est pas nécessaire de différencier une interprétation de cette religion d’une autre. Si on invoque la liberté de conscience pour porter le signe, cela veut dire qu’on le porte pour des raisons religieuses.

      Peut-être y a-t-il des interprétations plus libérales de l’Islam qui disent que la femme (et l’homme aussi d’ailleurs) doivent se vêtir avec pudeur, sans prévoir de codes précis de vêtement. D’autres courants prévoient des codes précis, comme le voile ou la burqa par exemple, lesquels sont partie intégrante de ces courants religieux. Même si ces codes précis sont interprétés comme nécessaires pour se conformer à la pudeur demandée par Dieu, il s'agit néanmoins de codes précis identifiables par des tiers.

      Il est vrai que dans les cas du « gros bon sens de la pudeur sans code précis », il n’y a pas de code identifiable – et donc, pas de signe religieux distinctif reconnaissable par des tiers.

      Je vous rassure M. Montmarquette (et peut-être en décevrai-je d’autres) : si on voulait interpréter le PL21 pour interdire toute forme de pudeur dans le vêtement chez les enseignant.es, une telle interprétation de la loi ne ferait pas long feu devant les tribunaux.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 21 h 32

      À CM. Vos questions sont légitimes et difficiles - personne ne sait ce que feront les tribunaux. Nous ne pouvons que spéculer pour l'instant.

      "Porté en lien avec une conviction ou une croyance religieuse.."

      Rien ne dit que ce lien ne doit relever que de la subjectivité de la personne visée. On peut raisonnablement interpréter que cela implique aussi une pratique prévue par une croyance religieuse collective et organisée, laquelle laisse des traces documentaires.

      J'envisage un test en deux temps:

      1) Le signe est-il recommandé ou prescrit par une religion donnée.
      2) La personne le porte-t-elle en raison de cette religion.

      Disons que quand ça ressemble plus à un signe religieux, on passe à la deuxième question, et que quand ça ressemble plus à une considération esthétique, non. Les distinctions se feraient à l'usage. À noter que l'employeur peut aussi imposer un code vestimentaire interdisant ce qui est ambigu - et si on prétend que le vêtement est porté pour seulement une raison esthétique, on ne peut alors prétendre que sa liberté de conscience a été atteinte.

      Quant à la deuxième question, les tribunaux choisiront-ils d'ignorer l'intention de la partie visée ou bien se fieront-ils à la parole de la personne visée? Je ne le sais pas. Mais comme le plus souvent les religions trouvent que mentir c'est pas beau, les personnes qui portent les signes pour des raisons religieuses ne devraient pas le nier.

      Et il y en aura des difficiles. Exemple. Si une religion prévoit le port de la barbe - faudra-t-il distinguer la barbe religieuse de la barbe séculière? Je crois que non, comme l'usage du port de la barbe est courant chez les non-religieux, il pourrait ne pas être sanctionné comme signe religieux, même pour les personnes qui la portent pour des raisons religieuses.

      Mais ça, c'est moi qui spécule. C'est tout ce qu'on peut faire pour l'instant.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 juillet 2019 21 h 40

      Une fois la loi adoptée, des partisans de ceux-ci peuvent s'en donner à coeur joie, comme les petits enfants qui font tourner leurs canards autour d'eux dans la baignoire. À sa face même, la prérogative que s'accorde de permettre ou d'interdire telle forme d'expression de la liberté de conscience selon qu'elle est « religieuse » ou pas relève d'un arbitraire qu'on ne résoudra pas à grands renforts de casuistìque. Le législateur n'avait pas à décider si le voile était un signe religieux ou pas ni surtout à en faire le motif des interdictions. Mais bien sûr, on peut continuer à se faire croire que la loi étant adoptée, ne reste plus qu'à brasser l'eau de la main pour que tout tourne bien rond autour de ses certitudes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 juillet 2019 22 h 02

      Monsieur Labelle, mon commentaire est parti avant que le vôtre paraisse. Pardonnez m'en, mais votre affaire de barbe est assez typique. On vous dira que la barbe religieuse se distingue aisément de la barbe séculière en ceci qu'une personne non-religieuse saura combien de poils il faut en ôter pour qu'elle satisfasse aux exigences de la laïcité et que si elle s'y refuse, elle manifestera par là une propension, une sensibilité, une tendance à approuver et à pratiquer l'intégrisme. Sous son Oeil, comme on dit dans la Servante écarlate, pas celui de Dieu, mais du Gardien de l'application de la loi.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 22 h 22

      La difficulté d'application d'une disposition législative n'est pas une considération suffisante en soi quant à son opportunité - bien qu'il puisse s'agir d'un élément à considérer et auquel on peut donner telle ou telle importance, selon ce dont il s'agit.

      Par exemple, beaucoup de dispositions qui prévoient des libertés fondamentales posent des questions difficiles d'interprétation. Ce n'est pas une raison pour ne pas avoir de libertés fondamentales.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2019 22 h 27

      RMD - à propos de nos considérations capillaires: fendage de poils à l'horizon :0).

  • Jérôme Faivre - Inscrit 8 juillet 2019 06 h 48

    Inutile

    Une nouvelle semaine de vacances L21 au Devoir.
    Cette semaine la lettre d'un lecteur tourmenté par la Loi sur la laïcité de L'État.

    Après un retour sur sa jeunesse, une angoisse le prend et il a «un devoir collectif de «solidarité» envers les minorités touchées».

    Et c'est reparti, notre chevalier «solidaire» ressert les argument mille fois entendus:

    ►Le crucifix
    ►Les Première Nations
    ►La mauvaise conscience quant au christianisme
    ►Les individus à soumettre sans que les institutions changent
    ►Le manque de vrai crise
    ►l’«invisibilisation» d’individus issus de minorités [sic] ( probablement que la loi a le pouvoir de la cape d'invisibilité de Hary Potter: serait-ce par contre ici un nouvel argument des opposants ? :-)

    Le Devoir, sous prétexte de respect de la diversité des opinions, ne fait que remettre inlassablement sur la table les mêmes arguments, en provenance régulière de certains milieux de l'enseignement. On prêche entre convaincus. Surprenant toutefois qu'aujourd'hui, il n'y ait pas de photo de femme voilée.

    Réveillez-vous, la loi est passée: c'est fini.
    Vous voulez l'abroger ?
    Votez au prochaines élections.
    On est en démocratie.

    À nouveau, comme on dit à quelqu'un qui s'entête sur un sujet alors que ce n'est plus nécessaire:
    - Arrête de ramer, t'es dans le sable !

    • Christian Roy - Abonné 8 juillet 2019 12 h 17

      @ M. Faivre,

      "Et c,est pas fini, c'est rien qu'un début, le vrai soleil on l'a pas encore vu..."

      Une loi aussi mal foutue se mérite bien d'être la cible de commentaires divergeants et controversés. À moins que vous ne soyez un défenseur d'un bâillon qui musèle la liberté d'expression de celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec l'État, sachez que l'on a pas fini d'en entendre parler au cours des prochaines années. C'est une loi qui a réglé "en apparence" - et en apparence seulement - une question sensible sans vraiment teniir compte de tous ses aboutissants.

      Tout le monde est malheureux tametididididam !

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2019 16 h 30

      "Votez au prochaines élections. On est en démocratie." - Jérôme Faivre

      Parce que vous pensez que la démocratie, c'est de voter aux élections et de se la fermer durant 4 ans par la suite?

      Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous n'avons pas la même conception de la démocratie.

  • Serge Grenier - Abonné 8 juillet 2019 06 h 52

    Les minorités minoritaires

    Il y a des minorités qui passent mieux que les autres. Par exemple, la minorité des fumeux de pot ne passe pas aussi bien que les minorités sexuelles ou religieuses. Pourquoi les bien pensants s'offusquent-ils lorsque l'on brime les droits de certaines minorités et ignorent -ils souverainement les droits de certaines autres minorités.

    Aussi, il ne s'agit pas simplement des athées en bloc d'un côté et des croyants en bloc de l'autre côté. Parmi les athées, il y en a plusieurs qui sont contre la Loi 21 et parmi les croyants il y en a beaucoup qui sont pour.

  • Marc Therrien - Abonné 8 juillet 2019 07 h 22

    Laïcité totalitaire


    Il est quand même un peu drôle qu'on parle encore du projet de loi 21 alors que la Loi sur la laïcité de l'État a bel et bien été adoptée. Comme si on refusait de croire que c'est avéré. Pour le reste, comme il y a au moins deux façons de concevoir la laïcité à travers la neutralité religieuse, on découvre qu’il y a au moins deux façons de concevoir un système totalitaire orienté vers le Bien.

    Marc Therrien

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2019 16 h 34

      "La Loi sur la laïcité de l'État a bel et bien été adoptée. Comme si on refusait de croire que c'est avéré."-Marc Therrien

      Avéré, c'est vite dit, avec une loi aussi mal foutue.

      Rien que pour le voile, ça pose déjà problème, puisque ce n'est pas un signe religieux selon plusieurs, dont Fatima Houda Pepin.

  • André Joyal - Inscrit 8 juillet 2019 07 h 30

    Où étiez-vous durant le débat?

    Faut-il rappeler à mon collègue agrégé de l'UdeM que la loi 21 a été adoptée? Où était-il lorsque, pendant des mois, le PL21 a fait l'objet d'un débat continu?

    Je fais partie de ceux qui ont appuyé le PL21 à défaut de mieux. Je fais partie de ceux qui croient que, oui, pour ce qui concerne une minorité très militante que notre professeur évite de nommer, il fallait envoyer un signal pour dire que ce suffit. J'aurais bien aimé que mon collègue voit la scène dont j'ai été témoin hier à Tremblant à l'occasion du festival de Blues : une horde de salafistes incluant 2 femmes en niqab, devant une poussette, accompagnées de fillettes appelées à être voilées avant leur puberté, encadrées par 5-6 individus dans la trentaine à la barbe bien garnie, en bermudas il va sans dire, car pour les hommes canicule oblige...

    «Mais., ils sont très minoritaires ces salafistes» mon collègueTherrien pourrait répliquer. Or, l'exemple français (et belge) montre bien qu'ils n'ont pas à être très nombreux pour exercer leur influence sur leur co-religionnaires. En effet ,les musulmans dit modérés les craignent comme la peste. En conséquence, ils ferment les yeux.

    Il nous revient donc d'agir.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 juillet 2019 10 h 15

      Moi aussi, monsieur Joyal, j'aurais été dérangé par cette scène. Comme vous, je crois qu'il faut travailler activement à la promotion d'une égalité effective entre les hommes et les femmes. Comme vous, je crois que les enfants doivent être éduqués d'une manière qui ouvre des horizons à leur liberté plutôt que de les enfermer dans des traditions. Comme vous, je crois que la différence doit être portée en tendant la main plutôt qu'en se repliant sur soi de manière souvent agressivement ostensible. Je ne m'en cacherai pas : dans la mesure où ces comportements sont une négation explicite de mes valeurs, non seulement je les réprouve mais je n'aime pas les personnes qui les ont et, tout spécialement, les barbus qui s'arrogent le droit de les imposer à « leurs » femmes et enfants en espérant pouvoir les imposer à tout le monde.

      J'appartiens comme vous à une collectivité qui a inscrit ces valeurs dans les chartes et dans les lois. Il est là, le « nous » à qui il revient d'agir. Non à une partie de la population à l'encontre d'une autre. Ce « nous » doit agir pour que tous aient part aux mêmes droits et se fassent obligation de ne pas en brimer l'exercice. Il est là, le « signal » qu'il faut envoyer : ici, au Québec, le droit est fait pour permettre ce qui n'a pas pour résultat d'empêcher l'exercice optimal pour tous de libertés réputées fondamentales. Jusqu'à L21, nous avions pris le pari de permettre en vue d'inclure. Il faudrait désormais interdire.

      Dans les commentaires, parce que c'est un geste d'affirmation nationale, que les religions sont des bêtises, parce que les minorités le font exprès, parce que c'est ça qui est ça pour les cinq prochaines années. Et qu'on se taise en attendant faute d'avoir parlé avant, comme vous le reprochez à votre (notons-le : on est entre soi malgré tout) collègue.

    • Carl Therrien - Abonné 9 juillet 2019 10 h 51

      Cher collègue,

      J'ai suivi le débat avec attention. Mon texte se veut un appel à la solidarité suivant l'adoption de la loi 21 (comme dans: à la suite de, après). L'avez-vous lu?

      Ce n'est pas moi qui évite de nommer une minorité intégriste, mais bien les Québécois et les Québécoises pro PL21 qui se cachent derrière le concept de laïcité de l'état pour cibler un groupe. Vous pensez sincèrement que de brimer les libertés individuelles de tout le monde pour cibler des intégristes potentiels est une stratégie cohérente?

      Et je suis bien d'accord qu'on retrouve des intégristes parmi ce groupe, comme dans plein de mouvements (religieux ou autre). Mais vous croyez vraiment qu'on va régler l'intégrisme religieux à grand coup de "pi si tu es pas content, reste donc chez vous?". Sauf votre respect, je trouve cette vision parfaitement naïve. Si vous aviez un réel souci pour ces "fillettes appelées à être voilées avant leur puberté", vous seriez intéressé à trouver d'autres façons de les aider. J'ose vous le dire clairement: vous (tout comme ceux et celles qui invoquent ce type d'argument pour légitimer la loi) ne vous souciez aucunement de ces filles et de ces femmes.

      Vous est-il possible de concevoir que mon appel à la solidarité vise précisément à créer un contexte où les intégrismes ne peuvent pas survivre aussi facilement? Si cette hypothèse vous semble ridicule, vous ne pouvez absolument pas comprendre mon texte et il est parfaitement inutile d'en parler davantage.

      Respectueusement vôtre,