Je me souviens d’un 1er juillet poubelle!

«Le 1er juillet de chaque année, le Québec vomit ses meubles IKEA et autres trésors sur les trottoirs», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Le 1er juillet de chaque année, le Québec vomit ses meubles IKEA et autres trésors sur les trottoirs», écrit l'auteur.

À quelques pieds sous terre, à deux pas du musée Pointe-à-Callières, dans le Vieux-Port de Montréal, on a retrouvé des traces précises du lieu d’occupation des premiers occupants européens, de ce qui devint Ville-Marie. Précieux souvenirs du mode de vie des premiers occupants blancs. Comme les Autochtones, les premiers colons laissaient peu de traces de leurs campements. Ils étaient plus mobiles, plus intégrés à la nature, plus en symbiose avec leurs différents milieux de vie.

On a ainsi trouvé, à peu de profondeur, quelques outils, des traces de bâtiments, la délimitation de la première bourgade en somme. Devant de tels vestiges, on gratte avec une grande prudence pour trouver une pointe de ceci, un bout de bois de cela… des fragments. Les plus significatifs auront une seconde vie bien protégée derrière une vitre, sur un plateau au musée avec d’autres artéfacts.

Que trouveront ceux qui fouilleront dans les ruines de notre civilisation actuelle dans 375 ans ? Des joysticks Nintendo, des vieux cells, des spatules IKEA, des gougounes en Phentex, de vieux pneus… et quoi encore ? De vieilles minounes presque pas rouillées (ô roi plastique !), des coupons Canadian Tire et sans doute plein d’objets dont ils n’arriveront pas à expliquer l’utilité.

Le 1er juillet de chaque année, le Québec vomit ses meubles IKEA et autres trésors sur les trottoirs. Ce qui était précieux hier, le lit, la table de cuisine, exit. Le meuble de rangement Hemnes et les chaises Terje de chez IKEA, choisis au catalogue d’abord et assemblés péniblement à la maison ensuite, ne seront du jour au lendemain, un 1er juillet, que des restes, des déchets. Les trésors de la semaine précédente sont les déchets du jour. En ce 2 juillet, juste au coin de ma ruelle, l’une à côté de l’autre, trois vieilles télévisions. Pas une, trois ! Sur mon demi-coin de rue, trois matelas… des armoires en parfait état, une table très années 1950, très vintage, qui ferait la joie de certains antiquaires de la rue Amherst, pardon, Atateken ! Nous effaçons si facilement, avec une telle désinvolture, notre passé pour en refaire un tout neuf. Je me souviens ? Tu parles.

Alors, quoi faire ? Comment éviter cette honte annuelle ? Comment mettre un prix juste à ce gaspillage trop facile ? On peut difficilement taxer les objets jetés sur le trottoir. Le lendemain, les occupants qui les ont jetés sont déjà ailleurs. Une taxe à l’achat ? Les commerces s’en serviraient comme argument de vente en la refilant par la bande, comme ils le font pour les deux taxes. Une taxe risque de n’avoir aucun impact sur la finalité, le trottoir. La seule option qui me paraît viable : une forte consigne à l’achat. Comme pour les bouteilles de verre, les pneus, on pourrait imposer un prix recyclage à l’achat et ne rembourser celui-ci que si l’objet est envoyé à un centre de récupération certifié ou repris par un récupérateur certifié. Étant donné le nombre de meubles qu’un seul ménage peut jeter, on doit considérer l’idée de mettre un prix sur tout ce qui se retrouve à la rue. Mettre fin au plastique à usage unique, certes. Mais il faut aller beaucoup plus loin. C’est aussi ça, l’économie circulaire !

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

5 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 6 juillet 2019 09 h 17

    Votre piste de réflexion est intéressante mais il n'y a rien à faire avec des meubles "cheap", de mauvaise qualité comme ceux d'IKEA - qui a eu le culot récemment de lancer une grande campagne d'écoblanchissage avec son ridicule programme de "récupération de meubles IKEA usagés". Au lieu de la consigne, je prendrais votre suggestion d'une taxe à la mauvaise qualité - qui a aussi un prix, présentement non-monétaire. À la manière de la taxe sur le carbone mais appliquée universellement. (Pas facile à gérer, je sais). De plus, ces taxes devraient REMPLACER - et non s'ajouter - la TPS, TVQ, TVA, TVH et autres taxes à la consommation.

  • Jacques Patenaude - Abonné 6 juillet 2019 11 h 02

    Une suggestion intéressante

    Voilà une idée qui devrait être développée. La consigne généralisée représente une solution intéressante à la crise du recyclage. Mettre une consigne généralisée sur tout les produits faciliterait le recyclage. On pourrait moduler la consigne en fonction de divers critères. Une consigne plus importante pour les produits dont la durée de vie est courte motiverait les entreprises à éviter l'obsolescence programmée et pour le consommateur ce serait un indication clair de sa valeurs à long terme. Les objets ainsi apportés seraient en meilleur état et plus facile à recycler. Il y aurait ainsi de nombreux avantages à un tel système surtout qu'il serait à coût nul pour le consommateur qui utilise le système correctement.

  • Jean Richard - Abonné 6 juillet 2019 11 h 56

    La consigne, c'est une illusion

    La consigne, c'est une fausse bonne solution. C'est qu'elle deviendrait moins intéressante si elle devait atteindre une efficacité totale. Or, quel est son taux d'efficacité ? Dans le cas des contenants à remplissage multiples, il est à son maximum, autour de 92 %. Mais c'est une espèce en voie de disparition. Les derniers survivants sont les bonnes vieilles bouteilles brunes de bière, une espèce minoritaire dans la consommation de cette boisson. Dans le cas des contenants à remplissage unique (un peu de verre, beaucoup de plastique et d'aluminium), le taux de réussite serait de 66 %. En gros, ça veut dire que plus du tiers des consommateurs renoncent au 0.05 $ ou 0,10$ versé lors de l'achat. Où va cet argent non remis au consommateur ? La réponse est facile à deviner.
    Le côté le plus vicieux de cette manière de fonctionner, c'est que si la consigne devait atteindre l'efficacité maximale, il y aurait tout simplement moins de ressources disponibles pour la gestion des déchets. En milieu urbain s'ajoute un côté à la fois vertueux et vicieux, les glaneurs de la consigne, ces gens qui fouillent dans les bacs de recyclage à la recherche de contenants consignés. Il y a tout à parier qu'ils contribuent à modifier les résultats, ce qui fait que sans eux, le taux de réussite pourrait dégringoler à 50 %, ou même rejoindre le taux de récupération des contenants non consignés.
    La consigne, c'est une taxe déguisée. Ceux qui la gèrent savent probablement qu'elle n'est pas du tout adaptée au mode de vie du XXIe siècle. Et il se pourrait que l'on souhaite que son taux d'efficacité reste bas.

    Parallèlement à la consigne, il y a les écofrais, une autre taxe déguisée. Que fait-on quand la vieille télé tombe en panne et que le prix de la réparation est le double de son prix d'achat ? Que fait-on quand il faut avoir une voiture et deux heures à perdre à faire la queue à un écocentre pour y déposer cette vieille télé ? On la met sur le trottoir, 1er juillet ou autre jour...

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 juillet 2019 18 h 25

      @ Jean Richard " Il y a tout à parier qu'ils contribuent à modifier les résultats, ce qui fait que sans eux, le taux de réussite pourrait dégringoler à 50 %, ou même rejoindre le taux de récupération des contenants non consignés".
      C'est quoi la différence entre le fait que l,objet soit rapporté par un tiers ou par celui qui acheté le produit consigné? L'objectif est qu'il soit récupéré dans les meilleures conditions possible..

    • Marie Nobert - Abonnée 7 juillet 2019 02 h 39

      @Jean (Richard). J’habite la “Métropôle” (sic). De temps en temps, je me permets une virée dans le Kamouraska (celui du Bégin curieux) à partir de mon deuxième pays d’adoption en Chaudière-Appalaches... 100 km x 2 pour de la bière microbrassée à La tête d’allumette. La consigne?! 10$ CDN pour un contenant d’un litre... Plein cauchemar. Pur délire. Grosse fatigue.

      JHS Baril