La Russie est en régression: merci Poutine!

Le président russe, Vladimir Poutine, nage en plein paradoxe, selon l’auteur du texte.
Photo: Gregorio Borgia Associated Press Le président russe, Vladimir Poutine, nage en plein paradoxe, selon l’auteur du texte.

À la veille de l’ouverture du G20 au Japon, Vladimir Poutine exposait, dans une interview au Financial Times, publiée le vendredi 28 juin, sa vision pour d’un ordre mondial où les valeurs libérales seraient « dépassées ».

Pour le chef du Kremlin, « la pensée libérale est devenue obsolète », car « elle est entrée en conflit avec les intérêts de l’écrasante majorité de la population » des pays occidentaux. Vladimir Poutine ne propose aucune alternative. Il se contente d’appuyer sa démonstration sur le thème des migrants.

Cette déclaration du président russe est parfaitement conforme au récit des médias russes pilotés depuis le Kremlin qui ont, dès 2016, consacré une large couverture à la « crise migratoire » en Europe. Cette campagne agressive qui a ciblé des pays de l’Union européenne a permis à Moscou de s’immiscer dans un débat sensible en décrivant une Europe affaiblie et plongée dans l’insécurité.

D’après un sondage réalisé le 7 mars par le centre russe de recherche sur l’opinion publique, la confiance que l’électorat russe accorde à Poutine est tombée à 32 % (soit le niveau le plus bas depuis 2006). Chaque fois que la popularité de Poutine baisse en Russie, il joue l’escalade dans un conflit en cours ou lance une nouvelle offensive, y compris une offensive dans une communication agressive contre l’Occident. Pour faire remonter sa popularité, il a besoin de se confronter à l’Occident pour se donner une illusion de puissance. Il sait qu’il n’est pas assez fort pour affronter l’OTAN, donc il s’attaque aux pays non membres de l’OTAN et ex-pays soviétiques comme l’Ukraine et la Géorgie et il développe une propagande contre l’Union européenne et les États-Unis.

Croisade contre le progressisme

Arrivé à la présidence de la Russie en 2000, Vladimir Poutine s’était d’abord présenté comme partisan du libéralisme économique et de la modernisation de la société russe… Aujourd’hui selon l’analyste indépendant Vladimir Frolov, le président russe mène plutôt une « croisade contre le progressisme » dans l’espoir d’unifier les forces conservatrices dans le monde entier autour de sa personne. « En Occident, ils sont habitués à voir Vladimir Poutine dans son nouveau rôle de leader de la droite, et cela lui donne de la confiance et une sorte d’indépendance », a-t-il expliqué à l’antenne de la petite chaîne de télévision d’opposition Dojd.

Poutine est donc en plein paradoxe : il se veut contre l’Occident et il veut en faire partie en prenant le rôle de leader de la droite occidentale… La Russie fait aussi partie de cet Occident, héritière des Vikings qui ont bâti les premières villes russes comme Novgorod, héritière de l’Empire romain avec Byzance et des Grecs par l’alphabet, inspiré à l’époque soviétique par Karl Marx et avant par les philosophes français. Vieux débat entre les occidentalistes et les panslavistes : quand la Russie a assumé ses origines occidentales, elle a été forte et grande ; quand elle s’en est coupée et les a attaquées, elle est toujours rentrée en régression.

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13 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 5 juillet 2019 06 h 47

    La Russie en régression

    Mais à part quelques «flambées» très rares et épisodiques, la Russie (sous quelque nom que ce soit) n'a jamais, jamais vraiment décollée en terme de démocratie et d'état de droit. On a comme l'impression - triste, très triste pour un peuple avec tant de talentset de ressources, que ce peuple préfère être dirigé (lire aussi exploité) que de diriger, ne serait-ce qu'un peu, seulement un peu.

  • Christian Dion - Abonné 5 juillet 2019 08 h 16

    De quel droit cet ami proche des oligarques, cet assassin de plusieurs journalistes et opposants, ce dictateur d'un pays qui n'a jamais rien crée de durable se permet donner des leçons à qui que ce soit?
    C'est certain que son pays ne sera jamais confronté à des problèmes de migration. Au contraire, dans un passé pas si lointain, c'est l'émigration de son propre peuple que ses dirigants se voyaient obliger de bloquer. Qui aujourd'hui choisirait pareil pays pour s'épanouir?
    Christian Dion.

  • Michel Lebel - Abonné 5 juillet 2019 08 h 47

    Pauvre Russie

    Poutine ne souhaite que l'écrasement de l'Occident qu'il considère en grande décadence. Mais la Russie, quant à elle, serait à l'abri de la décadence et Poutine encourage donc ainsi fortement la construction d'églises orthodoxes! La Russie deviendrait le phare d'un monde nouveau, nationaliste et chrétien orthodoxe. Mais les choses ne marchent pas comme il veut. Au plan économique, la Russie va mal. Et la confiance du peuple en Poutine n'est plus. On peut croire et espérer que son régime va vaciller de plus en plus. Toute dictature a une fin.

    M.L.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2019 09 h 25

    Vous vous trompez de cible

    Depuis quand les gens prennent la pensée d’un ancien du KGB et dictateur comme le summum de l’idéologie politique? Diantre, la population de la Russie est en train de dépérir à cause de l’émigration, le vieillissement, les problèmes de santé et la violence. En fait, la population russe diminue de près d’un million de personnes par année depuis 1995. C’est l’empire du Milieu qui est la plus grande menace dans le monde.

    Pour l’immigration illégale, ceci demeure un fléau au niveau planétaire. Il y a plusieurs pays qu’on n’attend jamais parlé dans les médias de la sainte rectitude politique et pourtant ils utilisent la force brute pour repousser ces hordes envahissantes. Les centre de détentions américains ont l’air d’un cinq étoiles à comparer de ce qu’ils font.

    Ceci dit, ce n’est pas une « croisade contre le progressisme » qui est la source de ses maux, mais plutôt la lenteur de celle-ci à emboîter le pas vers le 21e siècle des hautes technologies. Il faut le dire, elle ne représente aucun danger au point de vue militaire et économique pour les démocraties occidentales. Pour la Russie, ce n’est pas un problème politique, mais plutôt un problème socioéconomique. Elle tire toute sa richesse des produits fossiles. Point à la ligne.

    Les sociétés socioécomiques défavorisées ont toujours tendance à devenir conservatrices et donc les phénomènes religieux, homophobes et misogynes sont inlassablement au rendez-vous. La Russie n’est plus une devinette enrobée dans un mystère au sein d’un secret. Elle est en train de disparaître.

  • Léonce Naud - Abonné 5 juillet 2019 10 h 40

    Poutine, la Russie et la foi chrétienne

    « La Russie est devenue une grande puissance grâce à l’adoption de la foi chrétienne », a déclaré jeudi le président russe Vladimir Poutine dans un message adressé au Patriarche de Moscou et de Toutes les Russies Cyrille pour le 1025e anniversaire de la Russie.

    « L’adoption de la foi chrétienne a marqué un tournant décisif dans l’histoire de notre pays qui est devenu une partie intégrante de la civilisation chrétienne et une grande puissance mondiale. C’est la foi chrétienne orthodoxe qui a donné une impulsion au développement de la culture et de l’enseignement en Russie. Elle a libéré des forces créatrices colossales, a encouragé le peuple russe et l’a soutenu pendant des périodes difficiles. L’Église orthodoxe russe a toujours été avec son peuple », est-il indiqué dans le message rendu public par le service de presse du Kremlin.

    « Le président a également mis en valeur le rôle du Patriarcat de Moscou dans le renforcement de la coopération internationale et le développement du dialogue avec les Églises orthodoxes d’autres pays. Des festivités consacrées au 1025e anniversaire de la christianisation de la Russie se déroulent sur l’ensemble du territoire canonique de l’Église orthodoxe russe, en Russie et à l’étranger. Y participent les chefs des Églises orthodoxes du monde entier, y compris huit Patriarches. (Agence Novosti, 25 juillet 2013).

    Revenons chez nous. Comparés à l'ancien directeur du KGB et sur le même sujet, les dirigeants Québécois sont aveugles, sourds, muets, en plus d'être profondément ignares quant à la force spirituelle qui seule explique le maintien, le développement historique tout comme les conquêtes réalisées à l'époque par le Canada-français.

    • Fréchette Gilles - Abonné 5 juillet 2019 11 h 55

      M. Naud, nous n'avons pas la même lecture de notre histoire. Depuis la conquëte jusqu'à la révolution tranquille, l'Église s'est toujours associée aux forces les plus concervatrices. Elle fut contre la science, le vote des femmes, contre les syndicats et même contre l'éducation publique. Elle est toujours contre le planning familial et contre tout rôle de la femme à l'intérieur de votre Église. Ailleurs, en Amérique du sud, elle condamna la théologie de la libération, théologie élaborée pour protéger les pauvres contre les abus des riches catholiques. Est-ce assez?
      Enfin, je vous signale que vous confondez spiritualité et religion.

      Gilles Fréchette

    • Léonce Naud - Abonné 5 juillet 2019 14 h 57

      M. Fréchette : j'ai déjà eu une lecture de notre histoire proche de la vôtre mais je pense maintenant différemment. J’entrevois une similitude entre le constat d’Émil Cioran quant à l’évolution de l’architecture en France et le cours de l’histoire des Canadiens-français puis des Québécois : « Serf, ce peuple bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit que des horreurs. (Écartèlement, Gallimard, 1979).