Le recul du français ira en s’aggravant

«Pour permettre au nouveau Commissariat d’accomplir sa mission indépendamment des partis politiques au pouvoir, il importe que la nomination de la ou du commissaire aux plaintes et à la langue française se fasse aux deux tiers des membres de l’Assemblée nationale», estime l'auteur.
Photo: Getty Images «Pour permettre au nouveau Commissariat d’accomplir sa mission indépendamment des partis politiques au pouvoir, il importe que la nomination de la ou du commissaire aux plaintes et à la langue française se fasse aux deux tiers des membres de l’Assemblée nationale», estime l'auteur.

Le 17 avril dernier, l’Assemblée nationale a donné l’impression de poser un geste qui peut sembler aller dans la bonne direction pour l’avenir du français au Québec en adoptant à l’unanimité la motion suivante : « L’Assemblée nationale demande au gouvernement de créer un poste de commissaire à la langue française pour recevoir les plaintes du public et présenter des recommandations visant à assurer le statut du français comme langue commune au Québec. »

Cependant, cette motion dans sa forme actuelle ne veut rien dire, absolument rien dire, puisqu’elle ne précise pas s’il s’agit seulement d’une nouvelle appellation d’un poste déjà existant au sein de l’Office québécois de langue française ou encore de la création absolument nécessaire d’un commissariat autonome aux plaintes en tant qu’organisme différent et indépendant de l’Office comme l’était la Commission de protection de la langue française, et qui aurait tous les pouvoirs et toutes les ressources indispensables à sa mission de francisation.

À cet égard, la compétence du Commissariat devrait tout inclure de la promotion proactive des démarches citoyennes en matière de plaintes, de leur réception et de leur traitement, du suivi auprès des plaignants et, s’il y a lieu, du redressement ou de la correction de l’objet des plaintes, de l’imposition d’amendes et de poursuites.

En somme, il ne faudrait surtout pas que ce nouveau Commissariat souffre de la répression gouvernementale et de la paranoïa qui ont suivi le « Pastagate », ni qu’il soit contraint de suivre la ridicule pratique suivante : « lorsque la plainte relève de l’intérêt collectif et général, le plaignant n’est pas informé des actions posées par l’Office » !

Indépendance

En outre, pour permettre au nouveau Commissariat d’accomplir sa mission indépendamment des partis politiques au pouvoir, il importe que la nomination de la ou du commissaire aux plaintes et à la langue française se fasse aux deux tiers des membres de l’Assemblée nationale, qu’il soit tenu d’y présenter un rapport annuel et un rapport quinquennal. Il devrait en aller de même pour la présidence de l’OQLF et de ses rapports. À ce sujet, la ministre Nathalie Roy pourrait demander à l’Assemblée nationale de ratifier la nomination de la nouvelle présidente-directrice générale de l’Office, même si elle ne l’a pas consultée auparavant.

Enfin, de toute évidence, le nouveau Commissariat ne pourra contribuer efficacement à l’avancement et à la protection du français au Québec que si la Charte de la langue française est révisée en profondeur et bonifiée comme l’a d’ailleurs écrit la députée de la CAQ Claire Samson dans son rapport de novembre 2016 « Une langue commune à tous et pour toutes. Mieux réussir la francisation des néo-Québécois ».

D’ailleurs, qu’est-il advenu de ce rapport ? N’y était-il pas écrit : « La CAQ prend l’engagement ferme d’élever l’enjeu du développement et de la pérennité de la langue française au sommet des priorités de l’État » ? Maintenant que la CAQ forme le gouvernement et compte tenu du rapport de l’Office déposé au printemps 2019, il est plus que temps que ce gouvernement fasse preuve de volonté politique. En effet, les multiples données de ce rapport prouvent de manière irréfutable que des changements importants s’imposent, sinon le prochain rapport de l’Office sur l’évolution de la situation linguistique au Québec viendra confirmer et documenter de nouveau l’inacceptable conséquence de l’irresponsabilité gouvernementale, soit le recul encore plus accentué du français.

Si la motion de l’Assemblée nationale de « créer un poste de commissaire à la langue française » peut être perçue comme une bonne nouvelle en soi, la réalité frappe de plein fouet et nous sommes justifiés de nous demander quelle crédibilité nous devons accorder à une telle motion adoptée à l’unanimité quand nous savons que l’article 1 de la loi 104, adoptée à l’unanimité « en 2002 » par l’Assemblée nationale, n’est toujours pas en vigueur et que la ministre Nathalie Roy a demandé un « délai raisonnable » pour qu’il le soit !

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6 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 27 juin 2019 07 h 18

    On verra...c'est pas fort de la part de la Ministre Nathalie Roy!

    L'absence de courage et de volonté fermes sont malheureusement à l'ordre du jour! On précipite des choses, on en fait stagner d'autres, comme s'il fallait un balancier pour éviter un chaos, tel que celui que l'on veut mener d'une autre province du dominion contre la laïcité votée par la CAQ, avec l'appui de la majorité des Québécois!
    Il va falloir bientôt montrer les crocs face à ceux qui, à bras raccourcis, charcutent à qui mieux mieux ce que font les Québécois désireux de quitter ce dominion anglais dont on connaît le but : les éliminer comme on a fait avec les Acadiens! Chaque jour on est « alimenté » par les médias des fanfaronnades des uns et des autres, bref relayer la propagande dont on a un goût amer de celui qui a provoqué la Deuxième guerre mondiale avec les conséquences que l'on sait!
    J'espère que le PM du Québec sera bien protégé dans l'avenir car on a vu ce qu'à déjà fait un autre radicaliste anglais contre notre PMl

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 juin 2019 07 h 37

    AUCUNE !

    « … de nous demander quelle crédibilité nous devons accorder à une telle motion adoptée à l’unanimité quand nous savons que l’article 1 de la loi 104, adoptée à l’unanimité « en 2002 » par l’Assemblée nationale, n’est toujours pas en vigueur et que la ministre Nathalie Roy a demandé un « délai raisonnable » pour qu’il le soit ! » (Jean-Paul Perreault, Président, MIF)

    Quelle crédibilité ?

    AUCUNE si, en mésestimant l’article 1 de la Loi 104, nos représentantEs politiques s’efforcent de parler dans Langue de Shakespear aussitôt qu’ils s’adressent aux USA, aux autres Nations, voire même au Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part) alors que ?!?

    AUCUNE ! - 27 juin 2019 –

    Ps. : Si j’étais le premier ministre, la Langue de Molière s’appliquera, de fierté à la québécoise, mur-à-mur, point à la ligne !

  • Jacques Dupé - Inscrit 27 juin 2019 09 h 41

    courage camarade !

    Mais qu’il est dur le chemin de la langue française, quand tous les médias francophones eux-mêmes savonnent la planche de notre belle langue par maintes locutions anglaises !

  • Gilles Théberge - Abonné 27 juin 2019 10 h 22

    Je me demande bien ce que fait la ministre responsable de la langue française. Après nous avoir dit dès le départ qu’elle n’avait pas l’intention de modifier la charte de la langue, entendez le bonifier, c’est le silence radio...

    Vraiment, c’est une ministre qui n’a d’ambition que pour elle-même on dirait, maintenant qu’elle a obtenu une limousine, elle ne fout rien qui vaille...

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 juin 2019 13 h 04

    « (…) les médias francophones eux-mêmes savonnent la planche de notre belle langue par maintes locutions anglaises !» (Jacques Dupé)


    Oui, mais ! Ce sont des locutions de bon goût, car ces anglicismes, dont l'OQLF reconnaît l'usage, sont french-parisiens.

    Ainsi, les bobos vont en «ouikène» vers une destination «in», tandis que les ploucs passent la fin de semaine au camping Ste-Madeleine.

    De même, autrefois la bière industrielle des ouvriers commanditait les parties de hockey télévisées, alors qu'aujourd'hui les micro-brasseries des bobos sponsorisent les matchs au Festival du tofu.