Tenir compte de la réelle capacité d’accueil et d’intégration

«Grâce aux nouvelles technologies, il sera possible de produire plus avec le même nombre de travailleurs ou de produire la même chose avec moins de travailleurs», croit l'auteur.
Photo: iStock «Grâce aux nouvelles technologies, il sera possible de produire plus avec le même nombre de travailleurs ou de produire la même chose avec moins de travailleurs», croit l'auteur.

Nous lisons partout que la pénurie de main-d’oeuvre sévit au Québec et pourrait entraîner des conséquences économiques graves si des solutions ne sont pas trouvées rapidement.

Parmi les solutions envisagées à court terme, l’accueil de travailleurs étrangers et le retour ou maintien en emploi des travailleurs expérimentés sont en tête de liste. Face au vieillissement accéléré de la population, l’accueil d’un nombre de plus en plus important de travailleurs étrangers qualifiés est donc perçu comme le remède miracle pour maintenir la croissance économique au Québec. Le lien semble évident et logique, mais qu’en est-il réellement ?

Commençons par dire que les gouvernements successifs qui ont dirigé le Québec au cours des dernières décennies ont augmenté le nombre d’immigrants année après année. Toutefois, il apparaît que, même si le lien semble clair entre le nombre d’immigrants reçus et la résorption de la pénurie de main-d’oeuvre, l’effet de cette augmentation ne semble pas se concrétiser sur le marché du travail.

Il y a sans doute plusieurs explications. Une qui nous semble particulièrement plausible est la suivante : ce n’est pas le nombre d’immigrants économiques reçus qui a un effet sur le marché du travail, mais le nombre d’immigrants dont les compétences sont parfaitement arrimées aux besoins actuels et futurs du marché du travail.

Malheureusement, les constats suivants s’appliquent aux immigrants économiques reçus par le Québec depuis le début des années 2000 :

des profils ne correspondant pas nécessairement aux emplois disponibles malgré une mise à jour des critères de sélection du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion ;

des compétences linguistiques absentes ou difficiles à acquérir ;

des acquis et compétences chez les travailleurs difficilement reconnus dans des délais raisonnables ;

des taux de chômage anormalement élevés dans certains groupes et l’occupation d’emplois pour lesquels les immigrants sont surqualifiés ;

des départs importants du Québec vers d’autres provinces canadiennes.

Nouveau modèle économique

En clair, le passé récent ne montre pas que maintenir ou augmenter les seuils d’immigration autour de 50 000 personnes par année a nécessairement un effet positif sur le marché du travail. Et ce sera le cas aussi longtemps que de 20 % à 30 % des migrants continueront de quitter le Québec chaque année.

De plus, notre modèle économique tend à se transformer grâce aux nouvelles technologies, faisant en sorte qu’il sera possible de produire plus avec le même nombre de travailleurs ou de produire la même chose avec moins de travailleurs.

La rareté de la main-d’oeuvre force aussi les entreprises à trouver des solutions novatrices, comme le partage des ressources humaines en fonction des pics et des creux d’activité. Cette tendance devra aussi s’accélérer dans les prochaines années.

L’économie du Québec va très bien en ce moment, mais la perspective d’un ralentissement ou d’une récession dans un avenir prévisible est un scénario plausible dont il faut tenir compte dans les prévisions touchant l’immigration économique.

L’ensemble de ces éléments permet d’affirmer qu’un nombre plus faible d’immigrants est compatible avec l’objectif de maintenir la croissance économique du Québec à son niveau anticipé, c’est-à-dire autour de 2 % par année.

Lorsque les mesures mises en place par le gouvernement auront les effets escomptés, il sera possible d’augmenter les seuils d’immigration en tenant compte de la capacité réelle d’accueil et d’intégration.

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26 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 21 juin 2019 00 h 49

    Problème...

    «Et ce sera le cas aussi longtemps que de 20 % à 30 % des migrants continueront de quitter le Québec chaque année.»

    Selon le document le plus récent du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, 74,2 % des immigrant.es admisées entre 2006 et 2015, donc en 10 ans, étaient encore au Québec en 2017. Ce n'est donc pas 20 % à 30 % des migrants qui quittent le Québec chaque année, mais beaucoup moins.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juin 2019 10 h 05

      Excusez-nous M. Jodoin.

      Mais, 100 - 74,2 = 25,8. Donc, en arrondissant, c'est 26%, un chiffre qui se retrouve bien entre 20% et 30%. Et on n'a même pas besoin d'algèbre linéaire, de calcul intégral, de logique floue ou bien d'apprentissage profond pour comprendre. Ah! la magie des chiffres expliquée. Il faut faire attention de ne pas prendre le lexique de Québec solidaire pour faire ses calculs qui n'est pas à la base 10.

    • Michel Cromp - Abonné 21 juin 2019 10 h 30

      Problème (bis). Il faut se rappeler la règle de trois Monsieur Jodoin. Vous arrivez au même résultat que Monsieur Oyono.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 juin 2019 16 h 30

      Il s'agit de 25,8% en 10 ans, et non pas en un an.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 juin 2019 16 h 39

      J'aimerais connaître la source précise de cette statistique. Le doute qui me turlupine. Je sais que Stat Can donne des chiffres sur les migrations interprovinciales - brutes et nettes (sorties moins entrées). Mais ces chiffres ne nous disent rien sur l'identité des personnes qui font ces migrations interprovinciales. Nous n'avons aucune certitude que la totalité des personnes qui quittent le Québec pour aller dans d'autres provinces sont nécessairement issues de l'immigration, ni même n'en connaissons la proportion parmi les personnes qui quittent le Québec. Il doit bien y avoir des personnes non issues de l'immigration qui aussi vont dans d'autres provinces.

    • Mario Jodoin - Abonné 21 juin 2019 17 h 28

      C'est 26 % de départ...pour des personnes arrivées entre 1 et 10 ans, donc en moyenne en cinq ans et demi, pas en un an! C'est au moins cinq fois moins.

    • Mario Jodoin - Abonné 21 juin 2019 17 h 37

      Par exemple, si 25 % des migrants quittaient le Québec chaque année, il en resterait 75 après un an, 56 après deux ans, 24 après cinq ans et moins de 6 après 10 ans. Or, il en reste 74 après en moyenne après cinq ans et demi.

    • Marc Therrien - Abonné 21 juin 2019 19 h 38

      @ M. Dionne,

      Est-ce que 26% des personnes immigrantes admises entre 2006 et 2015 qui ne seraient plus au Québec en 2017 équivaut vraiment à 26% de personnes immigrantes qui quittent le Québec par année? Effectivement, pas besoin de l'algèbre. Simplement de la compréhension des ensembles et des proportions.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juin 2019 22 h 19

      Et je m'en excuse M. Jodoin. C'est bien 26% pour une période de 10 ans. J'ai lu trop rapidement tout comme l'auteur de cette lettre peut-être.

      Mais il y a 15 ans au Québec, le taux de rétention n'était que de 75 % pour une période de 5 ans. Aujourd'hui, à titre de comparaison, le taux de rétention des immigrants sur l'Île-du-Prince-Édouard est de seulement 15,8 % après 5 ans. Quand on se compare, on se console. ;-)

    • Mario Jodoin - Abonné 22 juin 2019 01 h 35

      Raymond Labelle

      «J'aimerais connaître la source précise de cette statistique»

      http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/recherc

      «Nous n'avons aucune certitude que la totalité des personnes qui quittent le Québec pour aller dans d'autres provinces sont nécessairement issues de l'immigration»

      Votre remarque est excellente. C'est d'ailleurs l'erreur du livre de Michel C Auger sur le sujet. D'ailleurs, si vous lisez ce document, vous verrez que ces statistiques surestiment le départ des immigrant.es, car elles reposent sur les inscriptions à la RAMQ (assurance-maladie), alors qu'il est certain qu'un certain % des immigrant.es n'y sont pas inscrits, surtout lors des premières années de leur arrivée. Je mettrais bien un lien vers un billet que j'ai écrit sur la question (le % des immigrant.es présent.es au Québec arrivé.es une année donnée augmentent lors des premières années, ce qui n'a aucun sens), mais mon commentaire serait refusé...

    • Mario Jodoin - Abonné 22 juin 2019 02 h 06

      Cyril Dionne

      «Il faut faire attention de ne pas prendre le lexique de Québec solidaire pour faire ses calculs qui n'est pas à la base 10.»

      «Et je m'en excuse M. Jodoin.»

      Je vous remercie de vous être excusé. Par contre, j'apprécierais qu'à l'avenir vous cessiez vos attaques personnelles envers les gens qui n'ont pas les mêmes valeurs et allégeances que vous.

      Si vous voulez plus de précision sur le sujet, vous pouvez taper sur Google «La rétention de l’immigration au Québec» et cliquer sur le premier lien.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 juin 2019 03 h 23

      "Selon le document le plus récent du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, 74,2 % des immigrant.es admisées entre 2006 et 2015, donc en 10 ans, étaient encore au Québec en 2017."

      J'aurais dû lire M. Jodoin plus attentivement. C'était très clair et tout était là.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 juin 2019 09 h 56

      Merci aussi pour vos précisions supplémentaires fort édifiantes M. Jodoin - et me voilà rassuré que mon commentaire n'était pas si pire tout compte fait :0).

    • Raymond Labelle - Abonné 22 juin 2019 10 h 09

      Une certaine Jeanne Émard (alias Mario Jodoin), a fait une analyse détaillée de la question du solde migratoire et du taux de rétention des immigrants (pour le Québec) - un excellent exercice aussi du genre de précautions à prendre avec les stats.

      Ici: https://jeanneemard.wordpress.com/2018/05/31/la-retention-de-limmigration-au-quebec/

    • Mario Jodoin - Abonné 22 juin 2019 15 h 26

      Raymond Labelle

      Merci d'avoir mis ce lien. Je n'osais pas, car cela m'est déjà arrivé que mon commentaire soit refusé pour cette raison.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 juin 2019 21 h 56

      MJ - le lien vaut certainement le détour. Me suis dit: rien à perdre à prendre le risque de le présenter. Au pire, ça ne passe pas.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 21 juin 2019 02 h 33

    «La rareté de la main-d’oeuvre force aussi les entreprises à trouver des solutions novatrices» (Dieudonné Ella Oyono)



    Effet, bientôt des voitures téléguidées livrerons la pizza

  • Gilles Théberge - Abonné 21 juin 2019 08 h 00

    Une partie du problème vient sans doute du fait que les immigrants s’installent principalement à Montréal, alors que les emplois disponibles sont principalement en région...

  • Marc Davignon - Abonné 21 juin 2019 08 h 13

    Conséquences graves!

    Dans un cas de <pénurie de main d'oeuvre>. Alors, il y a dans l'utilisation de ces mots de <graves> abus. Il n'y a pas pénurie, car il ne manque de ce qui est <nécessaire>. Dans le monde des économistes, cela devrait être un bel exemple de l'offre et de la demande ... non?

    Ben non! Dans ce cas-ci, pour les économistes, nous sommes dans une situation de manque. Est-ce le cas? Ce qui est <nécessaire> pour une entreprise, c'est un <réservoir> de gens dans le désespoir et qui sont prêts à travailler pour un salaire de misère. Voilà comment définir la soi-disant pénurie.

    Quand (comme d'autres <experts> économistes nous disent que nous n'avons pas une réelle connaissance de la valeur d'Hydro-Québec, car nous pas payons pas cher!?!?!), les travailleurs ont pris connaissance de leur <réelle> valeur et désirent être payé en conséquence. N'est-ce pas là les mêmes conséquences de ce raisonnement (tordus)?

    Mais non! C'est là où le bât blesse, il ne faut pas que les travailleurs soient trop informés. Il faut les maintenir dans une relative ignorance. Alors, pendant ce temps, les économistes font de nouveaux modèles économiques, comme le partage des <ressources humaines>!

    Modèles? Ce ne sont pas des modèles, ce ne sont que des stratagèmes. Encore de l'abus de langage!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 21 juin 2019 08 h 29

    Un texte pertinent

    La CAQ doit s'en inspirer.