La déperdition du patrimoine documentaire québécois

BAnQ souhaite que les documents numériques soient inclus au Règlement sur le dépôt légal des documents publiés autres que les films.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir BAnQ souhaite que les documents numériques soient inclus au Règlement sur le dépôt légal des documents publiés autres que les films.

Dans son édition du 8 mai dernier, Le Devoir nous apprenait que la vérificatrice générale du Québec se préoccupait de la gestion du patrimoine et que les résultats de ses travaux étaient « attendus pour le printemps 2020 ». Ce choix est marquant.

Outre leurs valeurs intrinsèques, les héritages patrimoniaux constituent aujourd’hui un contrepoids à la déferlante culturo-récréative qui irrigue le monde. Sans ces héritages, l’écosystème des références historiques et sociales et des legs linguistiques et culturels se liquéfieraient dans une effarante uniformité. Certains croient que cette uniformité gruge déjà le littoral de nos héritages et fissure les identités, cette « expression différenciée de l’humanité », selon la belle formule de Gaston Miron. La sauvegarde et la valorisation des patrimoines documentaires sont ici en première ligne. Combinées, les collections de nos Archives nationales et de notre Bibliothèque nationale illustrent les étapes de notre affirmation nationale, la trame de la fabrique continue de notre identité, cette combinaison de toutes nos rencontres dans la longue durée du temps. Elles conservent notre contribution au savoir universel.

Un patrimoine indivisible

La décision de la vérificatrice générale place notre capital patrimonial matériel en pleine lumière. Il est impérieux qu’elle étende son examen aux biens patrimoniaux documentaires.

Les documents que les Archives nationales et la Bibliothèque nationale collectent, classifient, numérisent et rendent disponibles appartiennent au patrimoine et doivent être préservés de manière permanente, en vertu de la Loi sur BAnQ. Nos Archives nationales et notre Bibliothèque nationale sont, l’une et l’autre, au coeur de vastes réseaux impliquant, dans le cas des Archives, 2378 organismes publics, dont 135 ministères, ainsi que 42 services d’archives privées agréés. Pour sa part, la Bibliothèque nationale est en lien avec près de 6000 éditeurs de toutes disciplines.

Fiduciaires de notre patrimoine documentaire, les Archives nationales et la Bibliothèque nationale sont confrontées aux exigences de la civilisation numérique. Leurs vastes réseaux doivent être mis à niveau pour répondre aux exigences technologiques du temps. Présentement, elles ne disposent pas des leviers requis pour accomplir cette tâche. On pense notamment aux dispositifs légaux et réglementaires qui n’ont pas été revus pour les arrimer à l’ère numérique. À cet égard, le Québec accuse un retard sur la quasi-totalité des pays de l’OCDE. En conséquence, un fragment seulement est conservé de la production intellectuelle, scientifique et culturelle québécoise ou étrangère consacrée au Québec. Voilà pourquoi BAnQ souhaite que les documents numériques soient inclus au Règlement sur le dépôt légal des documents publiés autres que les films.

En ce qui concerne les Archives nationales, responsables de la conservation des documents de l’État et des archives privées d’intérêt général, ses équipes ont beaucoup investi, avec celles responsables des technologies de l’information à BAnQ, pour arrêter le parcours que devrait suivre un document, de sa naissance à son arrivée aux Archives nationales, au terme de leur vie utile. Ce parcours constitue la matrice d’une démarche intégrée de gestion de la documentation gouvernementale. À moins de contempler la montée du chaos créé, dans l’espace public, par le manque d’un système adéquat, il est impérieux que soit respecté par l’ensemble des ministères et organismes ce parcours des documents publics produits numériquement.

Le passage à l’ère numérique ne doit pas restreindre la conservation de notre patrimoine documentaire. Un examen des politiques actuelles par la vérificatrice générale contribuerait à conforter ce qui doit l’être et à déterminer ce qui doit être complété ou engagé. La période est favorable. Québec vient de rendre publique « une stratégie de transformation numérique gouvernementale ». De plus, personne ne peut rendre responsable l’actuel gouvernement d’une situation qui s’est créée dans le temps long et dont il a hérité.

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