Nos propres entreprises sont efficaces pour soutenir notre développement

Des milliers d’entreprises québécoises comptant 50, 100 ou 200 employés sont responsables de près de 80% des nouveaux emplois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des milliers d’entreprises québécoises comptant 50, 100 ou 200 employés sont responsables de près de 80% des nouveaux emplois.

Comme l’a répété le premier ministre Legault, en concentrant tous les organismes gouvernementaux chargés du développement économique sous l’aile d’Investissements Québec, le premier rôle de ce dernier sera d’attirer les investissements internationaux. Reprenant ainsi la rengaine ressassée par presque tous nos gouvernements, hormis ceux de Jean Lesage, de René Lévesque et de Jacques Parizeau, le premier ministre Legault affirme que notre développement économique passerait nécessairement par l’étranger. Pourtant, l’on sait que la Révolution tranquille des années 1960 a été entre autres marquée par un dynamisme entrepreneurial étonnant, qui a transformé notre économie. Malgré la vente plus tard de certaines de nos grandes entreprises, notamment sous le gouvernement Couillard. Et l’on sait aussi que cet entrepreneuriat a repris fortement dans les dernières années, expliquant en partie la pénurie de main-d’oeuvre actuelle.

On n’a qu’à penser à l’essor étonnant d’un grand nombre de nos entreprises à peu près dans tous les secteurs et dans toutes les régions. Essor expliquant les succès, notamment dans l’exportation, de nos moyennes et grandes firmes, telles Usinatech à Melbourne (275 employés) ou Prelco à Rivière-du-Loup (650). Sachant que certaines de ces firmes ont même plus de 1000 employés, sans compter leurs succursales à l’étranger, telles Marmen à Trois-Rivières (1100), IPL à Saint-Damien (1300), Camoplast à Magog (1400), ou Premier Tech à Rivière-du-Loup (1500). Et d’autres qui ont été acquises par l’étranger, telles Venmar à Drummondville (300) ou Mégatech (Kongsberg) à Grand-Mère (500), pour mieux répondre au marché international, continuent à se développer ici justement à cause de leurs savoirs et savoir-faire exceptionnels. Entreprises avec autant sinon plus d’employés que plusieurs filiales étrangères. Et en regardant quelque peu autour, vous pouvez trouver des milliers d’autres entreprises québécoises qui ont 50, 100 ou 200 employés, qui sont responsables de près de 80 % des nouveaux emplois, et dont l’impact économique, tant régional que national, est crucial.

À l’encontre de ces multinationales qu’on a attirées, souvent peu innovantes et dont la plupart sont venues et sont toujours ici parce qu’on les subventionne à chaque crise, telles celles dans les pâtes et papiers, ou celles à qui l’on fait payer nos ressources en bas du prix coûtant, comme dans le cas de l’électricité pour les alumineries, sinon à vil prix comme dans à peu près toutes les entreprises minières. Et dans ces cas, faisant suite à un changement important sur le marché international, ces multinationales s’empressent de lever le camp avec armes et bagages sans même rembourser les emprunts obtenus pour les attirer. Ou encore, elles nous laissent des villages déséquilibrés et des sols contaminés que nous devons payer à coups de dizaines de millions de dollars pour les rendre réutilisables.

Ce qui veut dire que ces centaines de millions d’Investissement Québec seraient encore plus efficaces si elles étaient avant tout orientées dans nos entreprises, notamment celles à forte croissance ou celles plus innovatrices. Sachant que dans ce dernier cas, l’investissement privé est rarement patient alors que les phases de développement et d’implantation exigent du temps. D’autant plus que chez les multinationales étrangères, le chantage de fermeture possible pour obtenir encore plus de « facilités » revient trop souvent. Sans compter que chez celles-ci, les coûts en bureaucratie compensent les économies d’échelle, comme on le verra probablement avec le nouveau Investissement Québec regroupant tous les intervenants travaillant avant tout pour cet international.

Bref, à moins de n’être pas sorti du vieux complexe du « né pour un p’tit pain », tout montre que les Québécois sont capables de dynamiser leur développement et que le rôle de l’État doit être avant tout orienté dans ce but avant de courir après les investissements étrangers.

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4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 19 juin 2019 00 h 24

    Des travailleurs, pas des emplois!

    Ce qui manque de nos jours au Québec, ce sont des travailleur.euses, pas des emplois! La mise à jour d'hier des données sur les postes vacants par Statistique Canada le montre bien, et cela en plus de tous les autres indicateurs qui vont dans ce sens. Il serait donc plus logique de favoriser la venue de plus de personnes des autres pays plutôt que des investissements qui créeraient des besoins supplémentaires de travailleur.euses qui nous manquent déjà. Mais, bon, ce gouvernement ne base pas ses décisions sur les faits, mais sur son idéologie et son populisme.

  • Claude Bariteau - Abonné 19 juin 2019 09 h 16

    Excellente mise en contexte par le professeur émérite Pierre-André Julien.

    Son texte tranche avec les stratégies des Charest et Couillard, puis celle en élaboration de Legault.

    Il est temps que ce dernier réaligne son tir avant de se coucher dans le lit du PLQ.

    La richesse ne vient pas avec des multinationales courtisées et subventionnées mais avec des innovateurs du Québec qui peuvent jouer sur la scène internationale.

    Plutôt que de lécher les bottes des multinationales, mieux vaut avoir des employé/e/s qui cherchent où trouver des niches pour exporter des produits innovants.

    Dans cette perspective, il y a tout le domaine de la protection de l'environnement et du recours aux énergies renouvelables qui se présente tel un créneau d'innovation dans lequel les entreprises du Québec peuvent s'investir en développement.

    Le texte du professeur Julien invite à choisir la voie des Lévesque et es Parizeau du Québec.

    J'espère seulement qu'il engendrera un réalignement de la CAQ.

  • Pierre Fortin - Abonné 19 juin 2019 13 h 07

    Il faut d'abord savoir où l'on veut mener le Québec

    Les centaines de millions d'Investissement Québec (IQ) seraient en effet plus productifs à long terme pour notre économie s'ils étaient dirigés vers nos entreprises québécoises. Mais il nous faut apprendre à se libérer du capital voué aux profits immédiats des actionnaires privés sans assumer les externalités comme le sont les terres contaminées par des sites miniers laissés à l'abandon. Ce genre de pratique doit cesser et il nous faut envisager l'avenir autrement.

    En concevant autrement nos grands projets structurants, que le défi climatique nous impose avec acuité, il conviendrait de s'inspirer de la pensée des Chinois et de réfléchir en termes de "capital patient", plutôt que d'exiger à tout prix des rendements immédiats sur les investissements, et en s'assurant qu'à long terme le Québec sera mieux équipé pour s'assurer un avenir durable.

    Le champ des nouvelles technologies vertes est une occasion rêvée de développement pour le Québec. Le génie québécois a amplement fait les preuves de son efficacité pour qu'on ose lui permette de relever le défi des nouvelles technologies et IQ est le support idoine sur lequel il peut compter. Monsieur Legault devrait avoir l'audace, raisonnable et sensée, d'investir dans le savoir-faire d'ici afin de développer à long terme ce secteur industriel innovant et pour lequel on peut espérer un rayonnement à l'international; le besoin de technologies vertes est criant partout sur la planète.

    Il faut cependant savoir ce que l'on veut pour le Québec, des emplois payants et des investissements étrangers à court terme ou des industries pérennes qui résisteront au temps en procurant un avenir durable et rentable au Québec ?

    S'il nous faut faire un effort titanesque pour assurer un avenir durable à nos descendants, il faudra cesser de ne penser qu'en fonction du profit immédiat et modifier sensiblement le cours du capitalisme aveugle qui nous a menés là où nous sommes rendus.

    Alors, où Monsieur Legault mène-t-il le Québec ?

    • Claude Bariteau - Abonné 19 juin 2019 14 h 45

      Totalement d'accord.