Reprendre le contrôle de l’étalement urbain

Une méga-fusion municipale qui inclurait toute l’île de Montréal, de Laval, les couronnes sud et nord serait l'une des mesures à envisager, selon l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une méga-fusion municipale qui inclurait toute l’île de Montréal, de Laval, les couronnes sud et nord serait l'une des mesures à envisager, selon l'auteur.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) vient de mettre à jour ses calculs sur l’avantage financier que les ménages tirent du fait de quitter Montréal pour la banlieue. En ne tenant pas compte des frais de transport, cet avantage est de 485 $ par mois pour les ménages qui déménagent sur la Rive-Sud et à Laval, et de 650 $ par mois pour ceux qui choisissent la Rive-Nord. En prenant en compte les frais de transport, ces derniers économisent en déménageant 380 $ par mois au lieu des 650 $ calculés sans tenir compte du transport.

Ce constat n’étonnera personne. Il explique à lui seul l’ampleur du défi posé par le désir de stopper l’étalement urbain dans la grande région de Montréal, étalement qui constitue l’exemple, entre tous, à ne pas suivre à tous les points de vue : congestion, gaspillage des terres agricoles, invasion des terres inondables, pollution, coûts astronomiques de construction et d’entretien des infrastructures de transport, de santé, d’éducation, pertes incommensurables de temps dans le trafic routier et dans les transports en commun, etc.

Il n’y a pas mille façons de « prendre le taureau par les cornes ». Le principal moyen consiste à briser la logique financière mise en lumière par la SCHL. En 1993, j’ai proposé de le faire en instaurant le péage urbain sur tous les ponts entourant l’île de Montréal. Il y a 26 ans, cela aurait pu avoir un impact majeur. Aujourd’hui, cela ne suffirait pas, tant le problème s’est aggravé.

Pourtant, Toronto a réussi à faire régresser l’étalement urbain sur son territoire au cours des dernières années. Entre 2006 et 2016, le poids relatif de la deuxième couronne de Toronto par rapport au centre de sa zone métropolitaine a diminué de 3 %, tandis que le même ratio augmentait de 11 % à Montréal.

Réaliser une prouesse semblable à Montréal tiendrait du miracle. Cela requerrait :

1. d’instaurer un péage urbain appréciable sur tous les ponts entourant Montréal ;

2. de créer une véritable ceinture verte interdisant tout développement urbain autour de la zone urbanisée actuelle du Grand Montréal ;

3. de concentrer les investissements immobiliers dans le centre et non dans la périphérie ;

4. de procéder à une mégafusion municipale de l’ampleur de celle qui a été imposée à Toronto, mégafusion qui inclurait dans la nouvelle ville de Montréal toute l’île de Montréal, toute l’île de Laval, toute la couronne sud et toute la couronne nord.

Cela requerrait surtout de changer notre façon d’aborder les choses en abandonnant les analyses trop « micro » pour toujours privilégier le bien de l’ensemble de la zone métropolitaine.

Le rapport publié en mai dernier par le groupe de travail Namur-De la Savane fournit un bon exemple de ce qu’il faut changer. On lit à la page 9 de ce rapport ce qui suit : « Actuellement, 360 000 véhicules circulent sur le réseau supérieur (A40 / A15) et ses voies de service, ce qui les congestionne de 6 h à 19 h. Le secteur Namur-De la Savane, lui aussi congestionné, génère 95 000 déplacements quotidiens, dont 17 % en transport collectif. S’y ajoutent 100 000 déplacements potentiels associés aux nouveaux projets et 94 000 pour le projet Royalmount… Pour maintenir ce même degré de congestion avec les développements prévus, il faut trouver à travers les mesures de transport proposées l’équivalent de 194 000 déplacements de plus à assumer autrement qu’en auto, soit un total d’environ 262 000 déplacements, ce qui est considérable. »

Quiconque lit cela conclut rapidement qu’il faut absolument arrêter les projets de densification du secteur Namur-De la Savane. La même analyse de ces projets de développement transplantés à Mirabel conclurait que la « densification » de Mirabel ne pose aucun problème. Conclusion : étalons gaiement !

Cela n’a aucun sens pour la simple raison qu’à l’échelle métropolitaine, il ne faut jamais penser en termes de nombre de déplacements. Il faut toujours raisonner en termes de kilomètres parcourus. Densifier le centre sert à réduire les distances parcourues. Densifier la périphérie les augmente radicalement.

Un banlieusard parcourant 100 kilomètres par jour pour aller au travail et en revenir pollue, congestionne et use dix fois plus nos réseaux de transport que le résident du centre qui ne parcourt que 10 kilomètres par jour. Investir massivement dans le centre de la métropole réduit la longueur des déplacements et, par conséquent, les gaz à effet de serre, la pollution et le temps passé dans les différents modes de transport.

Continuons à raisonner comme nous le faisons depuis cinquante ans, et nous courrons tout droit vers la catastrophe.

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11 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 13 juin 2019 06 h 32

    Mieux

    aurait valu ne pas le perdre, le contrôle... Mais ça...

  • François Beaulé - Abonné 13 juin 2019 08 h 22

    Surdensifier le centre n'est pas la meilleure solution

    Le grand étalement de la région de Montréal a d'abord été causé par le type de bâtiment qu'on a privilégié depuis plus de 50 ans. C'est-à-dire des maisons unifamiliales sur des terrains de 400 à 800 mètres carrés. On a donc construit un habitat de très faible densité pour répondre au souhait des familles de jouir de beaucoup d'espace dans leur maison et sur leur terrain. Cet urbanisme à l'américaine est responsable des problèmes de transport actuels: bouchons, ralentissements, pertes de temps et d'argent, pollution de l'air.

    Pour répondre à ces problèmes de transport, M. Tellier propose de surdensifier le centre. Donc de ne plus construire que des tours d'habitation constituées de petits logements sans espaces verts. En opposition extrême aux bungalows de banlieue. Alors que le marché impose pour de petits appartements au centre des prix nettement supérieurs aux spacieuses maisons de banlieue. Et qu'un problème d'accès à la propriété s'accentue présentement à cause des prix qui augmentent plus vite que le revenu des ménages.

    La très faible densité des banlieues et la très forte densité du centre-ville sont le résultat des forces du marché combinées à un mauvais urbanisme. Et M. Tellier propose de construire toujours plus de tours d'habitation au centre-ville et dans les quartiers centraux... Au diable la qualité de vie et les espaces verts !

    Le bon urbanisme privilégierait la moyenne densité, le modus vivendi entre la très faible et la très forte densité. Le bon urbanisme aurait planifié le développement de quelques villes de taille moyenne, comme en Scandinavie, plutôt que la concentration de plus de la moitié de la population du Québec dans la région de Montréal.

    Le problème fondamental de l'urbanisme au Québec est qu'il est soumis aux forces du marché.

  • Cyril Dionne - Abonné 13 juin 2019 08 h 35

    Les méchants banlieusards et Montréal la bonne

    Les ménages quittent Montréal pour la banlieue pour trois raisons principales. La première, c’est le coût exorbitant de vivre dans une ville. Deuxièmement, disons que ce n’est pas l’endroit privilégié pour élever ses enfants. Enfin, avec toutes ces âneries de religion qui refont surface et ce communautarisme débridé, disons poliment que cela n’exultent pas les gens à y demeurer.

    Ceci dit, l’étalement est une conséquence directe de l’augmentation de la population surtout via l’immigration. Si la population n’avait pas augmenté, la congestion, le gaspillage des terres agricoles, l’invasion des terres inondables, la pollution, les coûts astronomiques de construction et d’entretien des infrastructures de transport, de santé, d’éducation, les pertes incommensurables de temps dans le trafic routier et dans les transports en commun n’existeraient presque pas. SVP, ne pas vanter la ville de Toronto. Elle s’étend maintenant de Barrie à Niagara Falls en passant par Oshawa et Kitchener. C’est le pire exemple qu’on peut évoquer en fait d’étalement.

    1. Instaurer un péage urbain appréciable sur tous les ponts entourant Montréal et c’est la fin de tous les commerces sur l’île de Montréal et du tourisme.

    2. Va pour la ceinture verte mais cela ne fera pas beaucoup de différence dans l’équation climatique et augmentera l’étalement urbain.

    3. Concentrer les investissements immobiliers dans le centre et non dans la périphérie les mettront hors de prix.

    4. Imposer une mégafusion municipale de l’ampleur de celle qui a été imposée à Toronto est une autre fausse de bonne idée. Personne ne veut être associé avec la ville de Montréal qui est dysfonctionnelle tout en demeurant poli.

    Nous courrons tout droit vers la catastrophe parce que la population mondiale est passée de 3 milliards en 1960, à 7,8 milliards aujourd’hui. En 2050, ce sera 10 milliards et plus. Arrêtons de se concentrer sur la feuille de l’arbre en occultant la forêt.

    Misère.

    • Jean Richard - Abonné 13 juin 2019 12 h 06

      Beaucoup de clichés dans vos commentaires. J'ai vécu quelques années en banlieue (à cause de mon travail) et ça, à Montréal et à Québec. J'avais plus ou moins le choix. Et quand j'ai eu le choix, j'ai opté pour Montréal (dans RPP).
      Vos clichés...
      « le coût exorbitant de vivre dans une ville » – C'est loin de la réalité. Ça paraît vrai quand on ne fait pas vraiment tous les calculs, y compris les calculs sur nos taxes et impôts. Certes, il y a une distorsion dans la répartition des coûts, les politiques pro-banlieue de Québec et même d'Ottawa faisant en sorte que certains coûts en banlieue soient refilés aux citadins des villes (on peut encore, en 2019, stationner sa bagnole gratuitement dans les rues de Montréal sans la moindre contribution).
      « ce n’est pas l’endroit privilégié pour élever ses enfants » – En fin de journée hier, je suis allé me promener au parc Jarry, où il y avait des tonnes d'enfants qui faisaient du sport, l'espace et les amis ne manquant pas. Qu'avaient-ils à envier aux petites chèvres de M. Séguin, enfermées dans leur enclos de banlieue où elles risquaient de mourir d'ennui ? Les enfants en banlieue, quand ils veulent faire du sport ou des activités artistiques, c'est papa-taxi ou maman-taxi et papa-maman-taxi n'ont pas toujours le temps (et Uber n'est pas une solution pour enfants). La banlieue n'est vraiment pas un endroit pour éduquer des enfants, à moins de vouloir à tout prix les intégrer parfaitement à la culture de l'individualisme hors société et en les privant d'amis.
      « avec toutes ces âneries de religion qui refont surface » – Allons ! Allons ! J'habite dans un quartier où la grande diversité culturelle est la norme. Je ne me suis jamais senti menacé par ces différences, bien au contraire. S'il y a encore des Pineault-Caron que ça fait fuir vers la banlieue, c'est, soyons honnêtes, un bon débarras.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 juin 2019 17 h 38

      Bon M. Richard, vous ne vivez pas sur la même planète que nous.

      « …que certains coûts en banlieue soient refilés aux citadins des villes ».

      Vraiment ! Qui pensez-vous paient pour vos transports en commun et vos métros alors que nous n’avons d’autre choix que d’avoir une voiture? Qui pensez-vous nourrissent les villes comme Montréal ? Qu’est-ce que vous produisez ou faites pour le bien de tous à part de polluer sur une échelle de Richter à la chinoise?

      « En fin de journée hier, je suis allé me promener au parc Jarry, où il y avait des tonnes d'enfants qui faisaient du sport, l'espace et les amis ne manquant pas. »

      Wow ! On est impressionné. Curieux tout de même que les parents me disent toujours qu’ils sont si contents d’avoir quittés la ville de Montréal pour avoir un environnement propice pour élever leurs enfants. Montréal est une des villes les plus surpeuplées en Amérique du Nord. Le 50 000 d’immigrants par année qui arrivent au Québec élisent presque tous domicile à Montréal. Curieux tout de même, aucun enseignant ne veut aller exercer sa profession dans cette ville. La pénurie d’enseignants est un mythe montréalais. Bien oui, il n’y a pas d’enfants dans les banlieues. C’est le meilleur endroit pour leur développement émotionnel, social et cognitif. Lol. Misère.

      On aurait pu tous se passer de votre remarque inappropriée, personnalisée et désobligeante sur les Pineault-Caron. Pas très intelligent pour une personne éduquée comme vous. Vous me décevez. Bien oui, les gens sont tellement contents de vivre à Montréal avec les Adil Charkaoui, les Eve Torres, les Luc Ferrandez et toute cette panoplie d’illuminés qui portent un costume d’Halloween à l’année longue.

      Franchement.

  • Jean Richard - Abonné 13 juin 2019 11 h 38

    Un Québec pro-banlieue

    « d’instaurer un péage urbain appréciable sur tous les ponts entourant Montréal ; » – Vous oubliez ici deux choses : le Québec est pro-banlieue et même urbanophobe, et certains de ses choix politiques sont dictés par l'industrie automobile.

    Le rêve de Québec, c'est de voir chaque Québécois posséder une voiture individuelle à batteries. Pour que son rêve soit possible, il verse de généreux cadeaux aux acheteurs de ces véhicules. En y ajoutant le bonbon venu d'Ottawa, c'est presque le tiers du coût d'achat de tels véhicules qui est assumé par des subventions.

    Comme si une telle aide ne suffisait pas, et Québec, et le fédéral accordent une exemption des diverses taxes de transport sur la source d'énergie utilisée ce qui fait qu'on accorde la gratuité d'utilisation totale aux acheteurs de ces véhicules. Il y a déjà un pont à péage reliant Montréal à sa banlieue. Il est gratuit pour les voitures à batteries et Québec rembourse à l'exploitant privé la somme qui aurait dû être perçue par l'utilisateur.

    Autre effet pervers des politiques du Québec : exemptée des diverses taxes appliquées aux autres carburants routiers, les très faibles coûts de l'électricité finissent après quelques années seulement à compenser le coût plus élevé de ces voitures. La combinaison des frais fixes élevés et des frais variables faibles font en sorte que la distance n'a plus d'importance. Les faibles coûts par kilomètre sont une incitation à s'établir de plus en plus loin pour y trouver un terrain d'un kilomètre carré. La distance est d'autant moins importante que c'est en proche banlieue que la congestion se crée. Pourquoi s'établir à Laval quand Sainte-Agathe est à peine plus loin, et moins cher ?

    Enfin, en attendant qu'il y ait 2 millions de bornes de recharge à Montréal, la banlieue est l'habitat naturel de la voiture à batterie. Donc, on ne peut à la fois réduire l'empreinte territoriale des gens et faire rouler des millions de voitures individuelles à batteries.

  • Marcel Vachon - Abonné 13 juin 2019 11 h 44

    Montréal, Montréal, Montréal......

    Un tas de petites villes et villages offrent un tas d'avantages trop nombreux à décrire ici. Les 1,000 et plus de moyens de communications, pour tous les besoins, exigences et nécessités (nous sommes en 2019) permettent de travailler très efficacement sans devoir être entre des cloisons au 22ième étage d'un immeuble au centre ville.
    À ce que je sache, il n'y a pas beaucoup d'industries manufacturières à des 22ième étage.
    Montréal est une ville dont le taux de travailleurs à pitons (internet, web, cel, etc.) est très élevé. Ce sont ces travailleurs qui pourraient aller ailleurs pour peser sur leurs piton..... à moins que le bar du coin soit leur tétine indispensable à leur hygiène mentale.
    Bonne journée.