À la défense des Petits Chanteurs du Mont-Royal

«Si l’affaire des Petits Chanteurs du Mont-Royal doit réveiller notre pays, c’est parce qu’elle symbolise à la fois la fragilisation de notre exceptionnel îlot culturel francophone et le grand désintérêt de tous à l’égard de cette fragilisation», écrit l'auteure.
Photo: fournie par PCMR «Si l’affaire des Petits Chanteurs du Mont-Royal doit réveiller notre pays, c’est parce qu’elle symbolise à la fois la fragilisation de notre exceptionnel îlot culturel francophone et le grand désintérêt de tous à l’égard de cette fragilisation», écrit l'auteure.

« Une civilisation ne s’écroule pas comme un édifice, on dirait beaucoup plus exactement qu’elle se vide peu à peu de sa substance jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’écorce. »

Georges Bernanos (1888-1948)

L’une de nos principales institutions de formation des jeunes par le chant choral, la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal, est aujourd’hui vivement menacée par des choix administratifs aux conséquences lourdes.

Or, les découvertes neuroscientifiques des dix dernières années ont permis d’en apprendre beaucoup sur les nombreux impacts positifs de l’apprentissage musical ; il est en effet avéré que la musique forme et sculpte le cerveau, contribue fortement à la réussite scolaire et développe des êtres humains ouverts, curieux et équilibrés. Parmi ces découvertes scientifiques, le chant choral obtient les résultats les plus probants. S’appuyant sur l’écoute, sur la confiance en autrui ou encore sur le travail d’équipe, sa pratique permet de façonner des jeunes et des adultes impliqués, intelligents, sensibles au grand art et capables d’apprendre et de se perfectionner.

Au Québec, les mots « élite » et « élitisme » dérangent. Mais que construisons-nous sans élite ? Qui sont aujourd’hui les interprètes, compositeurs, poètes, écrivains, peintres dont nous sommes si fiers, sinon les fines fleurs d’hier ? Seule l’élite peut marquer une époque. Et seul le meilleur d’une époque peut s’inscrire dans l’Histoire.

Alors, pourquoi mettre en péril une institution qui, depuis plus de 60 ans, lutte avec acharnement contre vents et marées pour permettre à nos jeunes d’atteindre l’excellence ?

Ces Petits Chanteurs, par leur apprentissage intensif, leur sérieux et leur persévérance, offrent un outil culturel de haut calibre à notre société. Ils nous permettent de briller sur les scènes nationale et internationale. Qu’on en bénéficie ou qu’on n’en bénéficie pas, qu’on soit sensible au chant choral ou pas, la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal est d’une importance capitale pour le monde culturel d’ici.

Car de leurs rangs seront issus les meilleurs musiciens et les meilleurs professeurs de musique.

De leurs rangs seront issus des professionnels et des dirigeants ouverts, inclusifs et sensibles.

De leurs rangs seront issus des Québécois cultivés, au fait de leur histoire et portés vers leur avenir.

De leurs rangs seront issus d’autres Émile Proulx-Cloutier, Gregory Charles, Benoit Le Blanc ou Simon Leclerc.

Ces Petits Chanteurs transforment notre société en communauté et notre culture en patrimoine. Alors, souhaitons-nous réellement prendre le risque de les voir disparaître ?

Québécoises et Québécois : sommes-nous réellement voués à n’être que les témoins d’une civilisation qui se vide d’elle-même, perd de sa substance et devient de plus en plus superficielle ? Notre civilisation doit-elle être régie par des règles et des décisions dont les impacts ne sont pas évalués sur le terrain et qui nuisent grandement à son épanouissement ?

Si l’affaire des Petits Chanteurs du Mont-Royal doit réveiller notre pays, c’est parce qu’elle symbolise à la fois la fragilisation de notre exceptionnel îlot culturel francophone et le grand désintérêt de tous à l’égard de cette fragilisation. Car notre culture existe, certes, mais elle n’est pas acquise. Pour la préserver et l’enrichir, nous devons impérativement nous appuyer sur les arts, sur l’enseignement de la pratique artistique, sur le développement de notre sens critique et, par-dessus tout, de notre intelligence collective.

Ces jeunes chanteurs sont donc un de nos remparts contre l’ignorance qui nous guette tous et de toutes parts. Ils incarnent la fierté d’être qui nous sommes et la foi en notre avenir. Ne laissons pas s’écrouler ce bâtiment qui fut si long à construire.

Le Collège des chefs de choeur de l’Alliance chorale du Québec appuie fortement la pérennisation de nos institutions musicales, dont la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal, et soutient vivement la poursuite de l’excellence sous toutes ses formes.

* Membres du Collège des chefs de choeur de l’Alliance chorale du Québec signataires : Xavier Brossard-Ménard, chef de choeur; Robert Filion, chef de choeur et enseignant en musique; Dimitris Ilias, chef de choeur et pédagogue; Tiphaine Legrand, cheffe de choeur et enseignante en musique; Chantal Masson-Bourque, cheffe de choeur et professeure d’université; Johanne Ross, cheffe de choeur et pédagogue; Lucie Roy, chanteuse lyrique, cheffe de choeur et pédagogue; Jean-François Trudel, chef de choeur; Dmitri Zrajevski, chef de choeur et chef d’orchestre

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3 commentaires
  • Malorie Nault-Cousineau - Abonnée 13 juin 2019 09 h 05

    Merci infiniment pour cet appui!

  • Marie-Claude Laframboise - Abonnée 13 juin 2019 11 h 59

    Sérieusement?

    "vivement menacée", "mettre en péril", "risque de disparition", "Ne laissons pas s’écrouler ce bâtiment", ...

    L'institution qu'est Les Petis chanteurs du Mt-R va demeurer... On parle d'un changement d'école non?
    Votre lettre émotive n'aborde même pas les enjeux potentiels liés à ce changement.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 13 juin 2019 21 h 43

    Les petits Chanteurs

    Madame Laframboise, que défendez-vous au juste ? La lettre de madame Ross est très pertinente et bienvenue. Nous sommes tous étouffés par la médiocrité dans le domaine culturel qui règne au Québec. La vie culturelle, la vraie, est en train de mourir sous les artifices de communications sans valeur que charrient les postes de télévision, les réseaux sociaux, la radio, tous ces moyens modernes qui piètinent et tuent la culture, l'instruction, l'art sous toutes ses formes. Et des dirigents d'une Commission Scolaire (sans aucun doute assez ignares merci !) décident de mettre la hache dans le peu qu'il nous reste. Quand finira l'oeuvre de ces bulldozers sur notre Québec ? Une oeuvre de destruction à laquelle il faut s'opposer de toutes nos forces.